En 2026, Anthony Vaccarello fête dix ans à la direction artistique de Saint Laurent. Le créateur belge est arrivé à Paris avec une coupe précise, des robes courtes et un goût marqué pour le noir. Depuis, sa silhouette s’est allongée et son travail s’est étendu au cinéma. Son parcours raconte aussi comment on prend sa place dans une maison dont les archives occupent beaucoup de terrain.
Anthony Vaccarello, de La Cambre à Saint Laurent
À Bruxelles, Anthony Vaccarello étudie à La Cambre. Sa collection de fin d’études remporte le Grand Prix mode du Festival de Hyères en 2006. Karl Lagerfeld le recrute ensuite chez Fendi, où il travaille sur la fourrure. Deux ans plus tard, Vaccarello revient à Paris. Il lance sa marque en 2009 avec cinq silhouettes présentées dans la vitrine de la boutique Maria Luisa. Le cadre est modeste, les vêtements le sont moins : robes près du corps, découpes franches, jambes découvertes. En 2011, il reçoit le prix de l’ANDAM. Sa manière de couper le vêtement commence à être aussi reconnaissable que les corps qui le portent.
Chez Versus Versace, il travaille d’abord comme consultant, puis devient directeur artistique en 2015. La collaboration avec Donatella Versace lui donne une autre échelle. Elle le prépare aussi à dessiner pour une maison chargée d’images et de références. En avril 2016, Saint Laurent le nomme directeur artistique après le départ d’Hedi Slimane. Vaccarello ferme sa propre marque pour se consacrer à ce poste. Il hérite d’une maison que son prédécesseur a fortement marquée. La question n’est pas seulement de dessiner une nouvelle robe noire. Il faut trouver ce qu’il peut déplacer sans perdre Saint Laurent de vue.

Dix ans chez Saint Laurent : la coupe change d’échelle
Son premier défilé Saint Laurent a lieu à Paris en septembre 2016, dans un bâtiment en travaux, rue de Bellechasse. Un grand monogramme YSL lumineux domine la cour. Le premier look est une courte robe de cuir noir aux épaules gonflées, inspirée d’une pièce de 1982. Suivent bustiers, jupes courtes, smoking et talons formés par les lettres du logo. Vaccarello ne cache ni les archives ni son propre goût pour les lignes près du corps. La critique de Vogue réserve alors son jugement : un premier défilé ne suffit pas à mesurer la direction d’une maison. La remarque est juste. Chez Saint Laurent, une silhouette doit tenir sur plusieurs saisons, pas seulement sous les projecteurs d’un soir.
Le défilé automne-hiver 2022 marque un déplacement plus net. Une robe longue argentée apparaît sous un manteau noir, les mains dans les poches. Les épaules restent présentes, mais les lignes s’étirent et les couleurs se resserrent. Les smokings ferment le défilé. La peau découverte, si visible dans ses premiers travaux, cesse d’être le principal ressort de la silhouette. En 2024, Vaccarello pousse plus loin le tailleur : vestes croisées, pantalons larges, chemises et cravates rappellent aussi la garde-robe personnelle d’Yves Saint Laurent. Ce retour aux archives produit parfois un effet de répétition. Il donne également à Vaccarello un vocabulaire assez stable pour changer un volume ou une matière sans devoir tout recommencer.

Le smoking, l’image et le cinéma
En mars 2026, Vaccarello ouvre son défilé féminin avec une série de costumes sombres. Le smoking, créé par Yves Saint Laurent pour les femmes soixante ans plus tôt, occupe à nouveau le centre de la scène. Cette fois, les vestes sont souples, sans doublure, avec une épaule empruntée au travail récent sur le vestiaire masculin. Les passages répétés obligent à regarder les petites différences de coupe. Ils peuvent aussi mettre la patience du spectateur à l’épreuve. Vaccarello tient ce pari depuis dix ans : revenir à quelques formes, puis modifier leur tenue sur le corps. La continuité est devenue sa signature chez Saint Laurent. Elle expose chaque collection à une question simple : qu’apporte ce nouveau passage ?
Le vêtement n’est plus son seul terrain. En 2023, Saint Laurent Productions participe à la production de Strange Way of Life, le court métrage de Pedro Almodóvar présenté à Cannes. Vaccarello signe les costumes des films de cette branche de la maison. L’extension paraît cohérente avec ses défilés, où la lumière, le décor et l’allure comptent autant que la pièce isolée. Elle ne règle pourtant rien à la place des vêtements. C’est encore sur un manteau, une épaule ou un pantalon que se mesure son travail. Dix ans après sa nomination, Anthony Vaccarello n’a pas effacé les signes de Saint Laurent. Il les coupe à sa façon, parfois avec une précision qui laisse peu de place à la surprise.
Sources
- Kering – Yves Saint Laurent nomme Anthony Vaccarello Directeur Artistique
- ANDAM – Anthony Vaccarello
- Vogue – A Primer on Anthony Vaccarello, Saint Laurent’s New Designer
- Vogue – Saint Laurent Spring 2017 Ready-to-Wear Collection
- Vogue – Saint Laurent Fall 2022 Ready-to-Wear Collection
- Vogue – Saint Laurent Spring 2025 Ready-to-Wear Collection
- Vogue – Saint Laurent Fall 2026 Ready-to-Wear Collection
- Saint Laurent Productions – Strange Way of Life




















