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Versace, la marque qui aime le flash

Versace est une maison de luxe italienne fondée à Milan en 1978, devenue en décembre 2025 une marque du groupe Prada après son rachat à Capri Holdings. Une maison longtemps familiale, ensuite américaine, revient dans un grand groupe italien. Versace reste associée à une image très lisible : Medusa, imprimés baroques, noir tendu, or visible, robes coupées pour être photographiées. Une marque qui a souvent mieux compris le flash que la discrétion. Et qui a parfois payé cher ce goût du bruit.

Versace, une marque née dans la lumière milanaise

Versace naît en 1978 à Milan, avec une première boutique ouverte via della Spiga. La maison se construit vite sur une opposition simple : elle refuse le luxe feutré, elle choisit l’éclat. Le logo Medusa fixe ce programme visuel. La tête mythologique n’est pas un ornement neutre. Elle regarde, elle fige, elle attire. Le Metropolitan Museum of Art note que l’amour des thèmes classiques chez Versace apparaît clairement dans cette Medusa devenue signe d’identité de l’atelier. Dans les vêtements, cela donne des drapés, des ouvertures, des effets métalliques, une Antiquité moins musée que boîte de nuit. Milan a trouvé son théâtre. La maison aussi.

La marque avance ensuite par images fortes. Elle ne cherche pas seulement à faire reconnaître une coupe, mais une température. Chaînes, cuir, imprimés, noir, doré, corps très exposé : Versace impose un vocabulaire qui passe bien en photo. La publicité devient vite un organe central. Les campagnes avec Richard Avedon, puis l’usage régulier des mannequins stars et des célébrités, placent la maison au croisement de la mode, du magazine et du spectacle. Ce n’est pas une maison qui chuchote dans un salon. Elle parle depuis la couverture, le podium, le tapis rouge. Son vêtement ne promet pas la neutralité. Il promet l’entrée en scène. Et parfois, l’entrée suffit presque au récit.

Le business Versace : famille, vente et retour italien

Versace a longtemps gardé une structure familiale, avec la marque, la création et l’image serrées dans le même nom. Après l’assassinat de Gianni Versace en 1997, la maison, reprise par Donatella Versace, doit survivre à un événement qui dépasse la mode. La marque devient alors un cas rare : une entreprise de luxe dont la continuité est observée comme un feuilleton mondial. Le drame nourrit la légende, mais il complique aussi la gestion. Dans les années suivantes, Versace doit préserver son langage tout en devenant une société plus disciplinée. La maison vend du prêt-à-porter, des accessoires, des parfums, de la maison, de l’hôtellerie sous licence. L’univers s’élargit. Le risque aussi : plus une marque multiplie les portes, plus elle doit surveiller les serrures.

En 2018, Michael Kors Holdings rachète Versace pour une valeur d’entreprise annoncée à 1,83 milliard d’euros, environ 2,12 milliards de dollars au moment de l’annonce, puis devient Capri Holdings. L’objectif affiché est clair : faire croître Versace, augmenter les accessoires et les chaussures, étendre la distribution. Le luxe, ici, quitte le roman familial pour entrer dans une mécanique de groupe. En avril 2025, Prada annonce un accord pour acquérir 100 % de Versace auprès de Capri Holdings, sur la base d’une valeur d’entreprise de 1,25 milliard d’euros. Le 2 décembre 2025, Prada annonce la finalisation de l’acquisition après les autorisations réglementaires. Le chiffre est parlant : Versace se revend moins cher qu’elle n’avait été achetée. La Medusa a encore du pouvoir, mais le marché lui a rappelé qu’un mythe se valorise aussi en marge opérationnelle.

Scandales Versace : quand l’image mord

Versace a bâti sa célébrité sur des vêtements qui savaient provoquer en se foutant gentiment du bon goût dominant. Le cas le plus célèbre reste la robe noire à épingles de sûreté portée par Elizabeth Hurley en 1994 lors de la première de Four Weddings and a Funeral. Le vêtement tient par de grandes épingles dorées. Il montre autant qu’il ferme. Il transforme une apparition de cinéma en événement de mode. Là encore, Versace ne vend pas seulement une robe : la marque vend le risque calculé d’une image. En 2000, la robe verte jungle portée par Jennifer Lopez aux Grammy Awards pousse cette logique encore plus loin. Google a ensuite rappelé que cette robe avait contribué à la naissance de Google Images, tant la recherche d’images autour de ce vêtement avait explosé. Voilà Versace dans sa forme la plus pure : un imprimé tropical, un corps, un moteur de recherche qui change de forme.

Mais l’image mord parfois la main qui l’a fabriquée. En août 2019, Versace présente des excuses après la polémique provoquée par un T-shirt qui associait Hong Kong et Macao à des pays, ce qui déclenche une vive réaction en Chine. Reuters rapporte que la controverse a ensuite pesé sur les ventes de Capri Holdings en Chine, selon le groupe. Même année, autre terrain : la copie. Versace poursuit Fashion Nova en Californie, accusant l’enseigne de fast fashion d’avoir repris plusieurs motifs et modèles, dont la robe jungle rendue célèbre par Jennifer Lopez. L’affaire se règle en 2021 par un accord avant procès. Ces épisodes disent quelque chose de moins brillant que l’or des campagnes. Quand une marque vit par ses signes, chaque signe devient explosif, commercialement et politiquement.

De la pop culture au groupe Prada

Versace a toujours eu une relation directe avec la pop culture. La maison n’attend pas que le musée l’adoube. Elle circule dans les clips, les paroles de rap, les tapis rouges, les couvertures, les comptes Instagram, les reprises. C’est une force : le nom se retient vite, le logo s’identifie vite, l’excès se partage vite. C’est aussi un piège. À force d’être immédiatement reconnaissable, Versace doit constamment éviter la caricature d’elle-même. Le baroque devient facilement décor. La sensualité devient facilement costume. Le vêtement, chez Versace, marche toujours sur cette ligne étroite : icône ou pastiche, parfois dans la même minute.

Le passage sous Prada ouvre donc une nouvelle séquence. En mars 2025, Capri Holdings annonce que Donatella Versace devient Chief Brand Ambassador à compter du 1er avril 2025, tandis que Dario Vitale est nommé Chief Creative Officer. Reuters rapporte aussi que Versace sort alors d’une période difficile, avec des ventes en baisse de 6,6 % à 1,03 milliard de dollars sur l’exercice clos en mars 2024. Prada récupère donc une maison puissante, mais pas une machine tranquille. C’est presque logique. Versace n’a jamais été une marque tranquille. Elle fonctionne quand elle met de la tension dans le vêtement, dans l’image, dans le marché. Reste à savoir si Prada saura discipliner la Medusa sans l’endormir. Ce serait dommage : une Medusa trop sage ne pétrifie plus personne.


Versace : Site officiel

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