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Le caftan, du patrimoine marocain au vestiaire contemporain

Inscrit par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité le 10 décembre 2025, le caftan marocain bénéficie d’une nouvelle visibilité en 2026. Derrière cette longue tunique se croisent des savoir-faire marocains, une histoire plus vaste et quelques fantasmes occidentaux. Reste une question concrète : comment porter le caftan aujourd’hui sans le réduire au vêtement de cérémonie ou au souvenir de plage ?

Le caftan, une ligne qui voyage

Depuis décembre 2025, le caftan marocain figure sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. L’inscription concerne ses traditions, ses usages et les métiers nécessaires à sa fabrication. Elle ne résume pas pour autant toute l’histoire du caftan au seul Maroc. Le Metropolitan Museum of Art situe cette forme vestimentaire en Perse et dans l’Empire ottoman avant son arrivée probable au Maroc au XVIe siècle. Là, le vêtement acquiert des caractères propres et un langage décoratif très précis. Sa longue coupe présente généralement une ouverture centrale, des boutons et parfois une ceinture. Il accompagne les fêtes, les mariages, les cérémonies et certains passages importants de la vie. Le réduire à une tunique d’été serait donc pratique, mais légèrement paresseux.

Le caftan marocain est moins une pièce isolée qu’une succession de mains. Le dossier présenté à l’UNESCO souligne des apports issus des cultures arabe, amazighe et juive du Maroc. Tisserands, coupeurs, couturiers, brodeuses et passementiers interviennent sur le même vêtement. Certains façonnent les boutons âakad, les boutonnières et la sfifa, cette bordure tressée qui suit l’ouverture. Le brocart, le velours ou la soie donnent du poids, de la lumière et parfois un léger bruit au mouvement. La ceinture décorative, appelée mdamma, peut resserrer la silhouette sans effacer sa verticalité. Les techniques et les ornements changent selon les régions, les ateliers et l’usage prévu. L’UNESCO reconnaît ainsi un patrimoine vivant, pas un costume condamné à attendre poliment derrière une vitre.

Une pièce d’air et de gestes

Le caftan dessine un espace autour du corps au lieu de lui imposer une forme. Sa coupe laisse le tissu avancer, ralentir et reprendre sa place à chaque pas. Il couvre largement, mais ne cache jamais complètement la personne qui le porte. Une épaule apparaît dans le mouvement, une manche accompagne le bras, une jambe se devine sous l’étoffe. Sa sensualité tient moins à la peau montrée qu’à cette présence différée. Sans ceinture, le vêtement devient presque une colonne mobile. Resserré à la taille, il se rapproche de la robe tout en gardant son ampleur. En 1970, Rudi Gernreich choisissait justement le caftan pour sa collection unisexe, convaincu que le confort pouvait aussi devenir une position politique.

La mode occidentale avait pourtant abordé le caftan par une porte moins subtile. Dans les années 1960, le développement des voyages aériens nourrit le goût de la jet-set pour les vêtements dits exotiques. Des caftans très colorés apparaissent notamment chez Oscar de la Renta et Emilio Pucci. L’étoffe flotte alors entre piscines, fêtes privées et intérieurs chargés, avec le patchouli en supplément sonore. Cette circulation devient gênante lorsqu’elle efface les cultures et les métiers dont elle emprunte les formes. Au Maroc, Tamy Tazi mène un travail différent en affinant la silhouette et en réinterprétant les broderies traditionnelles. Son atelier, créé à Casablanca en 1974, nourrit un dialogue avec Fernando Sanchez et Yves Saint Laurent. Le caftan n’a donc jamais eu besoin d’être figé, mais sa modernité gagne à connaître son adresse de départ.

Le caftan après la plage

Pour porter le caftan aujourd’hui, il faut d’abord distinguer la pièce cérémonielle marocaine de ses interprétations contemporaines. Un caftan richement brodé possède ses usages, son contexte et parfois une histoire familiale. La version urbaine peut reprendre sa longueur et son aisance avec davantage de retenue. Ouvert sur un pantalon droit et un débardeur uni, il fonctionne comme un manteau très léger. Fermé, il se suffit souvent à lui-même et supporte assez mal la concurrence. Une ceinture fine structure la taille, tandis qu’un port libre conserve la ligne verticale. Des sandales de cuir, des mocassins ou des baskets simples évitent l’effet réception d’ambassade. Un sac net et peu décoré achève le travail sans convoquer tout un souk imaginaire.

La matière fixe ensuite le registre. Le lin et le coton donnent au caftan une allure quotidienne, sèche et facile à déplacer en ville. La soie, le velours et le brocart réclament davantage de lumière et une occasion moins désinvolte. Une couleur unie met la coupe en avant et calme immédiatement la silhouette. Un imprimé fort exige, lui, des accessoires silencieux. Lorsque le vêtement porte déjà des broderies, l’empilement de bijoux devient une négociation généralement perdue d’avance. Sur un homme comme sur une femme, l’équilibre reste identique : laisser le tissu bouger sans transformer le corps en portant. Le caftan ne demande finalement pas beaucoup d’audace, seulement un peu de mesure.


Sources

UNESCOMoroccan Caftan: art, traditions and skills – 2025
The Metropolitan Museum of ArtKaftan
Musée Yves Saint Laurent MarrakechUne amitié marocaine – 2021
Museum at the Fashion Institute of TechnologyTrend-ology
Fashion History Timeline1970 – Rudi Gernreich, Caftan – 2022