Le sextuor londonien Man/Woman/Chainsaw publie Cannonball, son premier album, le 7 août 2026 chez Fiction Records. Formé à l’adolescence et façonné par plus d’une centaine de concerts, le groupe mêle guitares abrasives, violon, synthétiseurs et trois voix. Il jouera à Rock en Seine, à Saint-Cloud, le 29 août 2026.
Man/Woman/Chainsaw, des salles de classe aux pubs
Man/Woman/Chainsaw naît dans le sud de Londres autour de Billy Ward et Vera Leppänen. Tous deux commencent à jouer ensemble en 2019, bien avant la sortie de Cannonball. The Guardian les disait âgés de 14 ans au démarrage, tandis que le groupe situe ses premiers concerts autour de 16 ans. Enfin bref : l’histoire commence en pleine adolescence. Les salles de musique de l’école servent de point de rencontre. La formation bouge, les instruments circulent, les camarades entrent et sortent. Elle se fixe avec Emmie-Mae Avery aux claviers, Lola Cherry à la batterie, Clio Starwood au violon et Billy Doyle à la guitare. Avec Ward et Leppänen, le groupe compte désormais six membres et trois voix principales.
Cette jeunesse pose vite un problème très britannique : certains pubs les programment alors qu’ils n’ont pas l’âge d’y rester. Ils entrent pour jouer, puis repartent, avec peu de temps pour étudier le folklore du bar. Le groupe se forme surtout sur scène, notamment au Windmill de Brixton. Avant sa première signature, il dépasse déjà la centaine de concerts. Les morceaux sont écrits pour tenir devant un public, avec des ruptures nettes et des fins capables de couvrir les conversations. Les répétitions se déroulent aussi dans un ancien presbytère du nord de Londres, presque vide. Un atelier de poterie occupe les lieux et l’artiste Tom Hodges-Gilbert installe une étrange créature de toile de jute dans le grenier. D’accord.
Le bruit, les cordes et les voix
Eazy Peazy, paru en novembre 2024 chez Fat Possum, donne la première image nette du groupe. Les six titres sont enregistrés avec Daniel Fox, membre de Gilla Band, au studio Echo Zoo d’Eastbourne. The Boss et Sports Day avancent avec des guitares frontales, une batterie sèche et des claviers qui poussent dans les angles. Maegan sert d’interlude abrasif, presque comme une porte métallique claquée au milieu du couloir. Ode to Clio commence plus doucement avant de basculer dans une poussée punk menée par le violon. Grow a Tongue in Time ralentit encore le geste et laisse les voix occuper l’espace. Cette tension entre mélodie et vacarme empêche déjà Man/Woman/Chainsaw de devenir un énième groupe post-punk londonien.
La parenté avec la scène expérimentale du sud de Londres existe pourtant. The Guardian citait Black Country, New Road et Black Midi parmi les repères utiles. La comparaison décrit surtout un quartier musical : goût des ruptures, petites salles et méfiance envers le format couplet-refrain bien repassé. Chez Man/Woman/Chainsaw, la différence vient de la circulation permanente des rôles. Billy Ward, Vera Leppänen et Emmie-Mae Avery échangent le chant au lieu de laisser un seul visage conduire. Le violon de Clio Starwood peut tenir une ligne claire, grincer contre les guitares ou reprendre une mélodie aux synthétiseurs. Lola Cherry maintient une pulsation capable de changer de direction sans trop prévenir, tandis que Billy Doyle épaissit le front des guitares. Tout le monde joue beaucoup, mais finalement, le groupe apprend peu à peu que six musiciens n’ont pas besoin de parler en même temps. Pas con!
Cannonball, le chaos mieux cadré
Cannonball n’est pas simplement un Eazy Peazy plus long. Une partie des morceaux a été éprouvée sur la route, tandis qu’une autre a été écrite rapidement après le « soutien » de Fiction Records. Le groupe travaille entre l’ancien presbytère londonien et une retraite nettement moins romanesque dans le Kent. L’enregistrement se déroule ensuite aux RAK Studios, avec Margo Broom et Seth Evans à la production. L’idée initiale consiste à remplir le disque de morceaux immédiatement percutants, avec Rage Against the Machine comme image de travail. Mais bon. Le groupe comprend assez vite qu’il n’est pas Rage Against the Machine, découverte plutôt saine pour tout le monde. Les passages plus doux restent donc en place, avec une production plus ample et plus propre que sur l’EP. Le bruit n’est plus un objectif en soi, mais un outil que l’on sort au bon moment.
Only Girl transforme un départ sombre en chanson pop nerveuse, sans ranger les guitares au vestiaire. Goddamn, Lizard Man! choisit la théâtralité et une colère presque caricaturale, mais le morceau garde les dents serrées. Lighter ouvre au contraire une zone claire, portée par le piano et des empilements de voix. Nosedive résume le mieux la nouvelle méthode. Avery, Ward et Leppänen travaillent le texte et la mélodie dans une pièce, pendant que Starwood, Cherry et Doyle construisent le rythme dans une autre. Starwood bloque deux notes sur un synthétiseur pour créer un arpège, puis ajoute la ligne de violon. La version enregistrée dure d’abord sept ou huit minutes avant d’être ramenée à un peu moins de six. Le montage coupe la graisse sans enlever l’élan, exercice rarement associé aux groupes qui adorent leurs propres crescendos.
Cannonball compte onze titres et se termine par Something Else to Give, morceau sur l’effort amoureux qui ne trouve pas de réponse. Ouais, une autre chanson sur ce thème trop rarement évoquée dans la musique. Maintenant, à force de changer de forme, l’album frôle parfois la démonstration. Chaque porte doit s’ouvrir sur une nouvelle pièce, comme si rester immobile trente secondes risquait déjà de sentir la naphtaline. Le disque tient pourtant grâce à des constantes très concrètes : trois voix, une batterie mobile, des guitares épaisses et un violon qui se tamponne de la décoration. La presse britannique a largement salué ce passage d’un chaos de scène à une écriture plus lisible. La sortie est suivie de concerts en magasin, puis d’une tournée britannique et irlandaise à l’automne. En France, Man/Woman/Chainsaw jouera à Rock en Seine le 29 août 2026 à 18 h 50, sur la scène Roc-On Volkswagen du Domaine national de Saint-Cloud. Cannonball y retrouvera son véritable banc d’essai : des corps debout, un volume trop fort et très peu de place pour tricher. On est chaud patate !
Man/Woman/Chainsaw : Cannonball ( Fiction records / Universal music) – Sorti le 7 août 2026
Sources
- The Guardian – One to watch: Man/Woman/Chainsaw – 2024
- The Line of Best Fit – Man/Woman/Chainsaw: “Friends first, bandmates second” – 2024
- Clunk Magazine – Man/Woman/Chainsaw On Debut Album And The Adrenaline And Awkwardness Of Live Shows – 2026
- The Forty-Five – South London indie outfit Man/Woman/Chainsaw are making pop music weirder – 2026
- Ticketmaster UK – Man/Woman/Chainsaw: “We don’t write songs that sound the same. We wanted to go to different places, so we did” – 2026
- The Mancunion – Man/Woman/Chainsaw interview: “Friendship is an art form” – 2026
- NME – Man/Woman/Chainsaw – “Cannonball” review: a galley-smashing direct hit of a debut – 2026
- Still Listening – Man/Woman/Chainsaw – Cannonball Review – 2026
- Bandcamp – Cannonball | Man/Woman/Chainsaw – 2026
- Rock en Seine – Man/Woman/Chainsaw – 2026






















