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Pierre de Maere : derrière les costumes, le parcours d’un chanteur devenu figure de la pop

Pierre de Maere en costume noir et cravate à pois blancs, photographié devant un fond bleu turquoise.

Pierre de Maere publie Ave de Maere le 25 septembre 2026, trois ans après Regarde-moi. Le disque sert ici de porte d’entrée vers un parcours construit entre chanson, photographie, mode et scène. À 25 ans, le Belge a déjà connu un tube certifié diamant, une Victoire de la musique, une longue tournée et un duo avec Dua Lipa. Derrière les costumes impeccables et le goût du cadre, son histoire raconte surtout comment un garçon longtemps placé derrière l’objectif a fini par occuper toute l’image.

Pierre de Maere, avant le costume

Avant la pop, il y a d’abord une campagne belge assez calme pour que l’ennui devienne une occupation à plein temps. Pierre de Maere raconte une enfance sans télévision et avec une connexion Internet peu fiable, détail presque exotique pour quelqu’un qui allait bâtir une partie de sa carrière sur l’image. Sa mère l’inscrit à la batterie lorsqu’il est enfant. Lui, touche aussi au piano et découvre la composition sur GarageBand, installé sur un iPod Touch. La méthode restera largement la même : apprendre en faisant, puis recommencer jusqu’à ce que quelque chose tienne debout. À l’adolescence, pourtant, la musique recule. La photographie prend la place, puis la photographie de mode, avec ses vêtements, ses corps, ses lumières et cette petite science du cadre qui ne le quittera plus. Il étudie un temps aux Beaux-Arts d’Anvers, en pensant encore pouvoir travailler derrière l’appareil plutôt que devant.

Ce détour n’en est finalement pas vraiment un. Pierre de Maere apprend à habiller une personne, à construire une séance photo et à penser une image avant même d’avoir un public pour la regarder. Quand la musique revient, en 2020, elle arrive donc avec tout ce bagage sous le bras. Le confinement le ramène chez lui alors qu’il étudie à Anvers et il travaille avec son frère Xavier, ingénieur du son. Potins absurdes apparaît cette année-là et attire l’attention du label Cinq7. Suivent Regrets et Menteur, puis l’EP Un jour, je en janvier 2022. Xavier de Maere reste au centre du dispositif : Pierre apporte les chansons et les maquettes, son frère travaille avec lui sur la production et le son. Ce fonctionnement familial évite au projet de devenir trop vite une petite entreprise bien rangée ; les deux frères peuvent aussi se dire qu’un morceau ne fonctionne pas sans convoquer une réunion.

Puis une chanson commence à prendre beaucoup de place. Un jour je marierai un ange avait été écrite dans la chambre de son enfance, à partir d’un amour fantasmé pour un personnage de la série Skam, expliquera plus tard Pierre de Maere. Le morceau transforme rapidement un jeune chanteur encore en construction en nom connu du grand public. Il sera certifié diamant en France. En janvier 2023 arrive Regarde-moi, premier album nourri de récits romantiques, de personnages et d’excès suffisamment assumés pour ne pas avoir besoin de faire semblant d’être raisonnables. Quelques semaines plus tard, Pierre de Maere reçoit la Victoire de la musique de la Révélation masculine. Il avait auparavant affiché un très explicite « Make me famous » dans son univers visuel. La plaisanterie a simplement eu le mauvais goût de fonctionner.

Le vêtement comme seconde voix

La silhouette est devenue immédiatement identifiable, mais elle ne sort pas d’un moodboard élaboré par une équipe arrivée après le succès. À 15 ans, Pierre de Maere reçoit de sa mère un long manteau noir Hugo Boss et raconte avoir trouvé dans ce vêtement une manière de se sentir mieux dans son corps alors très longiligne. Depuis, le costume est resté. Pantalons droits, manteaux longs, mocassins, épaules dessinées : il aime une ligne suffisamment précise pour devenir presque graphique. Il cite notamment Dries Van Noten, Martin Margiela et Anthony Vaccarello parmi ses créateurs favoris. Sur scène, cette précision a une fonction très concrète. Pierre de Maere explique qu’une taille marquée et des épaules plus larges modifient sa manière de bouger et lui donnent davantage d’assurance. Chez lui, le vêtement ne vient donc pas finir le personnage : il aide à le produire.

Son passé de photographe explique aussi pourquoi l’image ne ressemble jamais à un supplément posé autour des chansons. Pierre de Maere dit participer directement à la conception de ses visuels et avoir dessiné lui-même certaines pochettes avant de travailler avec photographes, stylistes, maquilleurs et réalisateurs. Il sait ce qu’une couleur fait à un visage, ce qu’un col trop haut change à une silhouette et ce qu’un fond vide permet de faire ressortir. Les premières photographies promotionnelles le montrent souvent frontal, très composé, presque immobile. Les vêtements peuvent être stricts, brillants ou volontairement disproportionnés, mais le cadre reste tenu. Même son appartement parisien décrit par Vogue ressemble à cette méthode : objets chinés, meubles vintage, tableaux, piano et très peu d’intérêt accordé à la cuisine. Le contrôle n’empêche donc pas l’humour.

Cette attention pourrait fabriquer un chanteur essentiellement photogénique. La scène a rapidement empêché cette lecture confortable. Après Regarde-moi, Pierre de Maere enchaîne salles, festivals et tournées, jusqu’à jouer à l’Olympia puis au Zénith de Paris. Selon Le Parisien, sa première tournée aura compté environ 160 dates. À mesure que les concerts s’accumulent, le costume cesse d’être uniquement une image : il doit permettre de marcher, danser, transpirer, tenir une salle et recommencer le lendemain. Le succès lui ouvre aussi d’autres espaces. En novembre 2024, Dua Lipa l’invite sur une nouvelle version de These Walls ; Pierre de Maere réécrit et compose sa partie française, puis enregistre avec elle. Pour un artiste qui disait admirer les projets capables de réunir musique, mode et image, le passage de la chambre belge à un studio avec Dua Lipa possède une certaine efficacité narrative.

Quand le personnage rejoint la personne

Le détail le plus intéressant de Pierre de Maere se trouve peut-être dans le décalage entre sa carrière et sa vie. Le succès arrive vite, alors qu’il explique avoir longtemps vécu une adolescence plutôt calme dans la campagne belge. Paris change le rythme. Dans une interview accordée en 2025 à Numéro Netherlands, il disait avoir connu en trois années dans la capitale davantage de « premières fois » que pendant les vingt années précédentes. Entre-temps, il est devenu parisien tout en continuant à travailler à Bruxelles avec Xavier. Il enregistre également à Erquy, en Bretagne, où un studio a été installé dans le grenier de la maison familiale. Ce mouvement entre Paris, Bruxelles et la Bretagne décrit assez bien son fonctionnement actuel : l’exposition d’un côté, le travail en petit comité de l’autre. La célébrité est arrivée, mais la fabrication des chansons reste étonnamment domestique.

C’est là que Ave de Maere devient utile pour comprendre le portrait sans avoir besoin de transformer le portrait en critique du disque. Sur Regarde-moi, Pierre de Maere pouvait encore emprunter des rôles et grossir des histoires imaginées. Il a lui-même expliqué qu’il dramatisait des récits qui n’étaient pas toujours les siens. Ave de Maere déplace le point de vue vers des expériences vécues, des premières relations, des maladresses et des déceptions. Le changement compte moins pour ce qu’il dit de la production musicale que pour ce qu’il révèle de l’homme qui écrit. Celui qui contrôlait très tôt la photographie, le costume et le décor accepte désormais de laisser entrer des éléments qu’un bon directeur artistique aurait peut-être préféré ranger hors champ. Le titre lui-même conserve pourtant le goût du grand geste : Ave de Maere, comme un salut impérial adressé à soi-même. Derrière la formule, l’album raconte plutôt un jeune homme qui reconnaît qu’il n’a pas toujours su quoi faire une fois le costume enfilé.

À 25 ans, Pierre de Maere reste donc difficile à séparer de Pierre de Maere personnage public. C’est probablement volontaire. Il écrit, compose, pense ses images, choisit ses vêtements et travaille encore avec son frère, comme si la cohérence devait commencer avant l’arrivée du label, du photographe ou de la scène. Mais le projet a changé d’échelle : le premier album a dépassé les 100 000 ventes, les concerts se sont multipliés et Dua Lipa est passée par le studio. L’assurance affichée dès les débuts n’était donc pas seulement une pose, même si elle savait très bien prendre la lumière. Ce qui devient plus visible aujourd’hui est ce qu’elle recouvrait. Un garçon qui s’est d’abord caché derrière un appareil photo, puis protégé dans un long manteau, avant d’apprendre à occuper le centre du cadre. Ave de Maere n’ouvre pas une nouvelle histoire : il permet simplement de voir un peu mieux celle qui était déjà là.


Pierre de Maere : Ave de Maere (5/7) – Sorti le 25 septembre 2026

Sources