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Défilé Courrèges : Drew Henry change les codes à la Paris Fashion Week

Silhouette Courrèges en manteau orange ceinturé, col montant blanc et lunettes rouges lors du défilé à Paris

Le défilé Courrèges printemps-été 2027, présenté le 30 septembre 2026 au Palais de Tokyo pendant la Paris Fashion Week, marque les débuts de Drew Henry comme directeur artistique de la maison. Après cinq années durant lesquelles Nicolas Di Felice avait imposé un Courrèges tendu, sensuel et immédiatement identifiable, son successeur déplace le regard vers le début des années 1960. Couleurs acides, maille, vinyle recomposé, volumes moins disciplinés : le changement est net. Plus que la rupture elle-même, ce premier défilé pose une question simple : jusqu’où peut-on desserrer Courrèges sans en perdre la précision ?

Un premier Courrèges construit contre l’évidence

Drew Henry n’arrive pas dans une maison en attente d’identité. C’est précisément ce qui rend son premier geste délicat. Nicolas Di Felice avait replacé Courrèges dans le calendrier parisien en réactivant peu à peu un vocabulaire très clair : vinyle, lignes courtes, pantalons près du corps, sensualité nocturne, blanc optique, noir, surfaces lisses et scénographies capables de prolonger les vêtements. Son départ en mars 2026 laisse donc moins un vide qu’un système déjà constitué. Nommé dans la foulée, Drew Henry choisit de ne pas tenter d’en produire une version légèrement corrigée. Il remonte dans les archives, mais déplace la période de référence. Là où Di Felice avait beaucoup regardé le Courrèges spatial et minimal de la fin des années 1960, Henry s’intéresse davantage au début de la décennie, plus coloré, parfois plus étrange et moins verrouillé. Le changement ne consiste donc pas à abandonner l’histoire de Courrèges, mais à décider quelle partie de cette histoire mérite désormais d’être montrée.

Le premier signe est chromatique. Le blanc reste présent, mais il ne commande plus seul la lecture. Le bleu marine apparaît très tôt, puis arrivent l’orange, le vert acide, le jaune, le rouge, le cobalt et des tons plus pâles. Avant le défilé, Drew Henry expliquait à Vogue avoir été frappé par la quantité de couleur présente dans les archives de la maison. Ce constat devient ici un outil de séparation avec la période précédente. Il ne cherche pas à gommer la géométrie Courrèges, mais à la rendre moins froide et moins immédiatement futuriste. La collection gagne alors quelque chose de plus domestique, de plus quotidien, parfois presque naïf. Cette nouvelle palette est le geste le plus lisible du show parce qu’elle agit avant même que l’on s’arrête sur la construction des vêtements. Elle annonce que le Courrèges de Drew Henry ne veut pas vivre uniquement dans le blanc, le noir et la lumière artificielle.

Trois silhouettes du défilé Courrèges printemps-été 2027 à la Paris Fashion Week, avec des looks orange, noir et blanc.
Trois mannequins du défilé Courrèges printemps-été 2027 présenté à Paris, entre orange vif, noir et blanc cassé.

Défilé Courrèges : le corps sort de la ligne droite

Le défilé s’ouvre avec un manteau crème sans manches, sa ceinture laissée libre plutôt que fermement nouée. Une version plus courte apparaît ensuite en bleu marine. Le geste semble modeste, mais il installe immédiatement une différence : le vêtement n’est plus complètement soumis à la netteté de son contour. Drew Henry remet également en circulation le logo Courrèges de 1967, après avoir retrouvé dans les archives différents emblèmes associés à André et Coqueline Courrèges. Ce retour n’est pas traité comme un grand manifeste patrimonial. Il se glisse dans les vêtements et accompagne leur transformation. Le vinyle et le PVC restent là, donc le changement ne passe pas par l’effacement des matières attendues. Mais les pantalons en vinyle sont désormais construits par empiècements et les surfaces paraissent moins monolithiques. Courrèges garde son matériau, mais lui retire une partie de son autorité.

Cette idée devient plus intéressante lorsque les vêtements commencent à bouger. Des bandes de tissu composent des tops et des jupes puis se détachent visuellement du corps pendant la marche. La maille assouplit les lignes là où le vinyle les rigidifie. Les pantalons à pinces orange sont associés à des hauts blancs, tandis qu’une robe trapèze vert amande passe sur un mannequin masculin. La référence aux années 1960 est identifiable, mais elle n’est pas rejouée. Drew Henry préfère déplacer les proportions, retourner certains réflexes et laisser des vêtements traditionnellement très dessinés devenir moins autoritaires. Même la forme trapèze, l’un des signes les plus immédiatement associés au Courrèges historique, perd ici une partie de son statut d’icône intouchable. Des coiffes aux volumes volontairement étranges introduisent encore une autre irrégularité dans ce système. L’ensemble propose moins un nouveau corps Courrèges qu’une manière de permettre à plusieurs corps et plusieurs attitudes d’occuper la même collection.

Deux silhouettes du défilé Courrèges printemps-été 2027 à la Paris Fashion Week, en noir, jaune pâle et blanc.
Deux looks du défilé Courrèges printemps-été 2027, entre pantalon noir brillant et silhouette utilitaire blanche.

Trop d’idées pour une seule ligne ?

C’est aussi là que ce premier défilé devient moins confortable à lire. The Impression voit dans la collection plusieurs propositions fortes, mais considère l’ensemble davantage comme une esquisse d’ouverture que comme une déclaration complètement résolue. La critique est pertinente parce qu’elle touche exactement au risque pris par Drew Henry. En supprimant une partie de la discipline formelle qui structurait récemment Courrèges, il gagne de la liberté mais perd aussi un outil de hiérarchie. Le blanc, le marine, le noir, le cobalt, le rouge, l’orange, le jaune, le vert et les pastels cohabitent. La maille rencontre le vinyle, les silhouettes sportives le tailoring, les volumes nets les éléments plus relâchés. Pris séparément, plusieurs looks fonctionnent par leur immédiateté. Mis bout à bout, ils composent un vocabulaire plus dispersé, comme si le créateur préférait ouvrir plusieurs portes dès le premier show plutôt que choisir celle qu’il utilisera ensuite. Ce n’est pas nécessairement une faiblesse durable, mais c’est bien la principale tension de la collection.

Les réactions recueillies après le défilé par Vogue Business vont dans le même sens sans parvenir au même verdict. Plusieurs observateurs saluent le retour de la couleur, une plus grande portabilité et le mélange entre tailoring et silhouettes sportives. D’autres remarquent que succéder à Nicolas Di Felice est particulièrement complexe parce que Courrèges ne sortait pas d’une période de déclin créatif. Il faut donc distinguer deux choses. Drew Henry n’a pas besoin de démontrer que Courrèges possède encore un potentiel. Il doit démontrer pourquoi son Courrèges doit exister après celui de son prédécesseur. La réponse donnée le 30 septembre passe par la couleur, la légèreté, l’éclectisme et un rapport moins sévère à la silhouette. Mais la collection ne produit pas encore un signe unique capable de condenser cette nouvelle période comme la minijupe en vinyle, le pantalon bootcut ou certaines robes découpées avaient pu le faire sous Di Felice.

Trois looks colorés du défilé Courrèges printemps-été 2027 à la Paris Fashion Week, en jaune, vert et vert anis.
Jaune acide, vert vif et vert anis rythment trois silhouettes du défilé Courrèges printemps-été 2027 à Paris.

Au Palais de Tokyo, le spectacle recule

Le lieu participe directement à cette prise de distance. Drew Henry installe son premier Courrèges au Palais de Tokyo, loin des dispositifs conceptuels construits ces dernières saisons au Carreau du Temple. À la place d’un décor spectaculaire, des rangées de chaises dépareillées occupent l’espace. Elles viennent de périodes et de styles différents et refusent volontairement l’uniformité. Avant le show, le créateur disait vouloir que l’attention reste sur les vêtements et le casting. La bande-son est réalisée avec le producteur londonien Vegyn, mais l’espace ne cherche pas à fabriquer un événement concurrent du vêtement. Le principe répond assez directement à la collection : plusieurs objets, plusieurs formes, plusieurs époques peuvent partager le même cadre sans devoir se ressembler. C’est cohérent. C’est aussi moins immédiatement puissant que les environnements qui avaient participé à faire des défilés Courrèges de Di Felice des rendez-vous très reconnaissables du calendrier.

Cette retenue révèle finalement le vrai enjeu du show. Sous Nicolas Di Felice, le décor, la silhouette et l’image de Courrèges travaillaient souvent dans la même direction. Drew Henry commence au contraire par séparer les éléments. Il simplifie l’espace, multiplie les couleurs, relâche le vêtement et va chercher dans les archives ce qui avait été moins exploité récemment. Il refuse ainsi la copie de son prédécesseur, ce qui était probablement indispensable. Mais cette liberté oblige désormais à inventer une nouvelle discipline. Un patrimoine aussi lisible que celui de Courrèges peut rapidement devenir un catalogue si chaque fragment d’archive reçoit la même importance. Ce premier défilé évite largement la nostalgie parce qu’il manipule les références au lieu de les sanctuariser. Il reste pourtant entre plusieurs états : assez différent pour ouvrir une période, pas encore assez concentré pour la définir. Pour Drew Henry, la prochaine étape sera moins de trouver de nouvelles idées que de décider lesquelles doivent réellement rester.


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