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Santal 33 de Le Labo : le parfum de niche devenu odeur collective

Santal 33, Le Labo, parfum boisé lancé en 2011 et signé Frank Voelkl, reste un cas à part dans la parfumerie contemporaine. Trop connu pour jouer les secrets bien gardés, il raconte surtout comment une maison de niche née à New York a fini par produire une odeur de ville, de café, d’open space et de veste en laine noire.

Santal 33, le bois qui a quitté la niche

Santal 33 de Le Labo n’arrive plus vraiment seul dans une pièce. Il arrive avec son dossier. Le parfum est lancé en 2011, après Santal 26, une bougie qui avait déjà installé ce bois fumé dans les intérieurs, les halls et les habitudes olfactives. Le nez derrière Santal 33 est Frank Voelkl. Le Labo, fondé en 2006 à New York par Fabrice Penot et Eddie Roschi, a bâti une partie de son image sur le parfum préparé en boutique, l’étiquette sobre, le geste un peu laboratoire. Puis Santal 33 a fait ce que les objets de niche font parfois quand ils réussissent trop bien. Il a quitté le murmure. Il est devenu reconnaissable. Dans une époque obsédée par la différence, il a produit une étrange forme d’uniforme.

C’est là que le sujet devient intéressant. Santal 33 n’est pas seulement un parfum très porté. C’est une odeur sociale. On l’a associé aux cafés, aux bars, aux métros, aux bureaux créatifs, aux silhouettes bien coupées qui veulent avoir l’air de ne pas y penser. The Kit rappelait en 2024 que son omniprésence avait fini par nourrir les blagues, les copies et les lassitudes. Le parfum de distinction s’est transformé en signe collectif. Cruel destin pour un flacon qui semblait promettre une singularité propre, boisée, légèrement sauvage. La ville a avalé le désert. Elle l’a remis dans un tote bag. Et l’ironie, contrairement au jus, ne s’évapore pas si vite.

Un parfum boisé, cuiré, propre sans être sage

Sur peau, Santal 33 ne sent pas seulement le santal. Le Labo décrit une formule où la cardamome rencontre l’iris, la violette, le bois de santal australien, le cèdre, les notes musquées et le cuir. Ce mélange explique son effet immédiat. Il y a d’abord une fraîcheur épicée, sèche, presque coupante. Puis le bois prend de la place. Il n’est pas crémeux au sens confortable du terme. Il est plus râpeux, plus texturé, avec une impression de planche chauffée, de papier sec, de cuir clair. La violette apporte une propreté poudrée, mais pas une propreté de savon. Plutôt celle d’une chemise blanche portée sous un manteau sombre.

Le parfum a aussi une présence assez frontale. Il ne reste pas timidement au col. Il se déplace. Il laisse un tracé dans l’air, parfois très beau, parfois trop sûr de lui. C’est ce qui a fait sa force, puis son problème. Santal 33 sait être élégant, mais il sait aussi occuper tout l’ascenseur. Sur certaines peaux, le cuir ressort davantage. Sur d’autres, la facette bois sec et violette domine. Dans tous les cas, il garde une présence certaine. Il n’est ni vraiment chaleureux, ni vraiment froid. Il fait semblant d’être simple, ce qui est souvent la forme la plus travaillée de la sophistication.

Porter Santal 33 aujourd’hui, malgré tout

Porter Santal 33 aujourd’hui demande un peu de lucidité. Il ne faut pas le choisir pour paraître rare. Cette bataille est perdue, et ce n’est pas grave. Il faut le porter comme on porte un vêtement dont on connaît déjà les références. Un caban noir, un jean droit, une chemise blanche, des bottines propres, un pull gris très bien choisi. Rien de spectaculaire. Rien de naïf non plus. Santal 33 fonctionne quand il accompagne une présence nette, sèche, urbaine. Il dit moins “regardez-moi” que “vous m’avez déjà croisé”. C’est parfois plus efficace.

Il convient aux gens qui aiment les parfums lisibles, mais pas sucrés. Aux personnes qui veulent du bois, du cuir, de la tenue, sans entrer dans la virilité caricaturale. Aux jours froids, il gagne en relief. En été, il peut devenir trop dense, surtout si la main se croit généreuse. Deux pulvérisations suffisent souvent. Le reste appartient aux voisins, et ils n’ont rien demandé. Santal 33 reste utile parce qu’il raconte quelque chose de précis : la niche devenue langage commun. Ce n’est plus un secret. C’est un code. Et parfois, un code bien porté vaut mieux qu’une originalité bruyante.


Le Labo : Santal 33 – Site officiel

Sources :

  • Le LaboSANTAL 33 eau de parfum
  • The KitThe Tragedy of Santal 33—Everyone’s Signature Scent – 2024
  • Estée Lauder CompaniesThe Estée Lauder Companies Inc. to Acquire Le Labo – 2014
  • FragranticaSantal 33 Le Labo pour homme et femme
  • Bois de JasminLe Labo Santal 33 : Perfume Review – 2011

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