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Sous la cape de Superman

Dans Superman de James Gunn, sorti en 2025, David Corenswet remet le costume bleu, la cape et le slip rouge dessinés par la créatrice de costumes Judianna Makovsky. Alors que Man of Tomorrow est annoncé au cinéma pour le 9 juillet 2027, le vestiaire de Superman retrouve une fonction claire : rendre une puissance presque divine visible, lisible et surtout moins inquiétante.

Clark Kent porte des vêtements pour prendre moins de place

Superman possède un corps impossible à cacher. Clark Kent passe pourtant son temps à essayer. Ses costumes de journaliste sont amples, ordinaires et légèrement trop sages. Les épaules restent là, mais les volumes cherchent à les calmer. La chemise, la cravate et la veste composent une tenue de bureau sans éclat particulier. Les lunettes épaississent le visage et coupent le regard. La coiffure devient moins nette, comme si quelques mèches pouvaient réduire une carrure kryptonienne. Clark ne se déguise pas seulement en humain : il organise sa propre disparition.

Cette maladresse vestimentaire n’est donc pas une simple plaisanterie. Clark choisit des vêtements qui excusent presque sa présence. Il baisse les épaules, courbe le dos et laisse le tissu tomber sans autorité. La veste fonctionne comme un rideau fermé devant son corps. Les couleurs restent proches de celles du bureau, de la rue et des couloirs du Daily Planet. Rien ne doit arrêter le regard. Face aux tenues plus dessinées de Lois Lane ou de ses collègues, Clark semble toujours un peu en retrait. Sa garde-robe raconte un homme qui sait exactement comment être vu et qui préfère faire croire qu’il l’ignore.

Le passage à Superman inverse evidemment chaque geste. La silhouette se redresse et les épaules reprennent toute leur largeur. Le bleu ne cherche plus à fondre le corps dans le décor. Il le découpe. La cape rouge agrandit encore sa présence et prolonge ses mouvements dans les airs. Le symbole posé sur la poitrine interdit toute discrétion. Les bottes ferment la silhouette avec la simplicité d’un uniforme. Clark Kent portait ses vêtements pour être oublié ; Superman porte son costume pour être reconnu avant même d’avoir parlé.

Le costume de Superman transforme la force en spectacle

Dans le film de James Gunn, le costume conçu par Judianna Makovsky conserve une surface travaillée, un col montant et des coutures visibles. Il ne ressemble pas à une seconde peau parfaitement lisse. Il paraît fabriqué, porté et parfois malmené. Cette différence compte. Superman n’arrive pas devant les humains dans une armure métallique ou dans une combinaison noire de soldat spatial. Le bleu reste franc, la cape reste rouge et l’écusson jaune demeure parfaitement lisible. La palette reprend presque celle d’un jouet, d’un drapeau ou d’une affiche ancienne. Ce héros veut être compris rapidement, y compris par un enfant regardant le ciel.

Le vêtement accepte aussi les traces de l’action. Le tissu se plisse aux articulations et accompagne un corps qui tombe autant qu’il vole. La cape traîne, se soulève, se salit et refuse parfois de rester majestueuse. Ce Superman peut être blessé sans que son costume perde immédiatement sa couleur. L’image évite ainsi le dieu froid enfermé dans une coque impeccable. Le personnage semble fort, mais accessible. Sa tenue ne nie pas le spectacle ; elle l’utilise pour rassurer. Elle dit qu’un homme capable de traverser un mur a au moins fait l’effort de porter des couleurs aimables.

Le contraste avec certaines versions précédentes est net. Quand le bleu devient sombre, que les matières imitent le métal et que le slip rouge disparaît, Superman se rapproche visuellement d’un guerrier. Sa silhouette gagne en gravité, mais perd une part de sa simplicité graphique. Le costume ressemble alors davantage à une technologie extraterrestre qu’à une tenue choisie pour rencontrer des humains. Le retour aux trois couleurs primaires change le rapport de force. Superman ne cherche plus à impressionner par la sophistication. Il accepte une image presque naïve. Ce choix peut sembler rétro. C’est justement ce qui le rend moins menaçant.

Pourquoi Superman met-il son slip au-dessus de ses collants ?

Le slip rouge vient d’abord du vocabulaire visuel des hommes forts, acrobates et lutteurs de cirque du début du XXe siècle. Ces artistes portaient des culottes courtes sur leurs collants, notamment pour souligner la taille et rendre les mouvements du corps plus lisibles depuis les gradins. Lorsque Jerry Siegel et Joe Shuster créent Superman à la fin des années 1930, ils reprennent cette silhouette immédiatement associée à la force physique. Le slip n’est donc pas un sous-vêtement oublié à l’extérieur. C’est une pièce graphique qui coupe la grande masse bleue entre le torse et les jambes. Sans elle, la combinaison peut donner l’impression d’un long collant monochrome un peu embarrassé par sa propre anatomie. Avec elle, le rouge équilibre la cape et les bottes. La logique est ancienne, un peu étrange, mais parfaitement construite.

Dans le film de James Gunn, son retour sert aussi le personnage. David Corenswet a défendu l’idée d’un Superman qui ne cherche pas à effrayer les enfants. Le slip rouge rapproche sa silhouette de celle d’un catcheur ou d’un artiste de spectacle plutôt que d’un militaire. Il introduit une dose volontaire de naïveté dans un costume porté par un homme invulnérable. Superman accepte donc d’avoir l’air légèrement ridicule pour paraître moins dangereux. Peu de héros contemporains prendraient ce risque vestimentaire. Ils préfèrent généralement le noir, les plaques tactiques et les mines fermées. Lui arrive en bleu vif avec une cape et un slip rouge. C’est peut-être cela, au fond, sa véritable preuve de confiance.

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