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Euphoria de HBO : paillettes, strass et malaise adolescent

Dans Euphoria, série HBO créée par Sam Levinson, Rue Bennett, Jules Vaughn, Maddy Perez, Cassie Howard et Kat Hernandez avancent dans un monde d’addiction, de sexe, de trauma, d’identité et de réseaux sociaux. Le maquillage, les mini-robes, les strass, les crop tops et les silhouettes moulantes ne décorent pas seulement l’image. Ils fabriquent une armure adolescente. Depuis son lancement sur HBO, la série portée par Zendaya a imposé une esthétique immédiatement reconnaissable, entre lycée californien, club imaginaire et chambre trop éclairée. Derrière cette image, le travail de la cheffe maquilleuse Doniella Davy et de la costumière Heidi Bivens transforme chaque personnage en surface de projection. Et parfois en champ de ruines.

Euphoria maquillage : le visage comme bouclier

Dans Euphoria, le maquillage arrive souvent avant les mots. Il précède l’aveu. Il remplace l’explication. Rue Bennett, jouée par Zendaya, porte moins une esthétique qu’un état de fatigue. Son visage se défait. Ses paillettes sous les yeux ressemblent à des larmes qui auraient choisi le mauvais moment pour briller. Le geste est simple, presque cruel. La série prend un signe de fête et le colle sur un corps en manque. Même le glitter finit par avoir mauvaise mine.

Chez Jules Vaughn, jouée par Hunter Schafer, le maquillage devient plus abstrait. Les couleurs glissent autour des yeux. Les traits ne cherchent pas toujours à séduire. Ils déplacent le visage. Jules se construit dans une série où l’identité n’est jamais stable, jamais donnée, jamais tranquille. Ses paupières deviennent une zone d’essai. Un endroit où l’on peut tenter une forme avant de la porter dans la vie. C’est beau, oui. C’est aussi fragile qu’un dessin sur peau humide. Pas exactement le confort bourgeois d’un smoky eye du samedi soir.

Maddy Perez, jouée par Alexa Demie, utilise le maquillage autrement. Chez elle, l’eye-liner coupe. Les contours sont nets. Les bijoux brillent. Les cheveux sont tirés, les regards verrouillés, les poses calculées. Maddy sait que l’image peut servir de défense. Elle entre dans une pièce comme on entre dans un ring. Ce n’est pas une coquetterie. C’est une stratégie de survie. Dans Euphoria, être regardée peut être un piège. Maddy essaie donc de le contrôler.

Mini-robes, corps exposés et violence douce

Les vêtements de Euphoria ne cherchent pas le réalisme pur. Heidi Bivens l’a expliqué dans plusieurs entretiens : les costumes doivent donner une lecture rapide des personnages, tout en créant une capsule visuelle très stylisée. Les mini-robes, les jupes courtes, les hauts minuscules et les pantalons taille basse ne prétendent pas reproduire la garde-robe moyenne d’un lycée. Tant mieux. La série ne filme pas un vestiaire scolaire. Elle filme une guerre de signes. Chaque tenue indique qui veut disparaître, qui veut être désirée, qui veut reprendre la main. Le couloir du lycée devient presque un podium. Mais un podium sans sécurité à la sortie.

Cassie Howard, jouée par Sydney Sweeney, incarne cette tension de façon brutale. Ses robes pastel, ses tops ajustés et ses silhouettes hyperféminines racontent moins une confiance qu’une demande. Être vue. Être choisie. Être validée. Cassie habite ses vêtements comme une supplique bien repassée. La série la filme souvent dans une lumière douce, mais cette douceur ne protège rien. Plus l’image est lisse, plus le personnage semble fissuré. Le vêtement promet une version idéale d’elle-même. Il ne tient jamais très longtemps.

Kat Hernandez, jouée par Barbie Ferreira, déplace encore le problème. Chez elle, le costume passe par l’appropriation. Cuir, harnais, noir, rouge à lèvres plus dur, posture plus frontale. Kat comprend que l’image peut devenir un outil de pouvoir. Elle s’en sert. Puis l’outil se retourne. Euphoria montre bien ce mécanisme : le style donne une armure, mais l’armure pèse. À force de jouer un personnage plus fort que soi, on finit par lui devoir quelque chose. L’adolescence, décidément, facture vite.

Une esthétique qui protège mal

La force de Euphoria tient à cette contradiction. La série a produit une esthétique largement reprise, commentée, imitée. Strass au coin des yeux, fards métalliques, mini-jupes, tops transparents, silhouettes de fête permanente. Le maquillage de Doniella Davy a même été récompensé aux Emmy Awards, signe que l’industrie a bien vu le travail. Mais dans la série, cette beauté n’est jamais seulement décorative. Elle accompagne la honte, le désir, la dépendance, la jalousie, la peur. Elle rend les personnages plus visibles. Elle ne les rend pas plus libres.

Le style, dans Euphoria, fonctionne comme une promesse impossible. Il dit : regarde-moi, mais pas trop. Il dit : je contrôle mon corps, alors que tout déborde. Il dit : je vais bien, avec des cristaux collés sous les yeux. La série comprend très bien ce mensonge adolescent. Elle ne se moque pas de ses personnages. Elle les regarde se fabriquer une peau supplémentaire. Une peau plus brillante, plus courte, plus chère parfois, plus dure aussi. Puis elle montre les coutures. Et elles craquent souvent au pire moment.


Euphoria : Disponible su HBO – Site officiel

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