Féminité du Bois, parfum Serge Lutens lancé chez Shiseido en 1992, reste un cas à part dans l’histoire du parfum féminin. Bois de cèdre, prune, épices : cette eau de parfum a déplacé le bois hors du vestiaire masculin. Aujourd’hui encore, Féminité du Bois garde cette allure sèche et sensuelle, loin du féminin poli, fleuri, bien élevé. Tant mieux.
Féminité du Bois, un parfum charnière chez Serge Lutens
Féminité du Bois apparaît en 1992 sous la marque Shiseido, avec Serge Lutens à la direction artistique. Le parfum est associé à Christopher Sheldrake et Pierre Bourdon, selon les sources spécialisées et la presse de l’époque. Il rejoint ensuite la ligne Serge Lutens en 2009. Féminité du Bois n’est pas seulement un parfum repris dans un catalogue. C’est une matrice. Il annonce une façon Lutens de travailler les matières sombres, les fruits mûrs, les bois secs, les épices chaudes.
Le nom peut tromper. Féminité du Bois sonne presque comme une thèse. En réalité, le parfum travaille moins une idée qu’une tension. Le bois de cèdre prend la place que l’on réservait souvent aux fleurs dans les parfums dits féminins. Il ne caresse pas tout de suite. Il coupe. Il sèche. Il donne une colonne vertébrale à la prune, aux épices, aux fleurs plus discrètes. Le site officiel Serge Lutens insiste sur le cèdre et présente Féminité du Bois comme une eau de parfum masculine/féminine, avec une composition fortement boisée.
Bois, prune, épices : le féminin sans politesse
Féminité du Bois commence… dense. Le cèdre arrive vite, sec, presque râpeux. La prune ne transforme pas le parfum en dessert. Elle donne du jus, de l’ombre. La cannelle et le clou de girofle chauffent le tout sans tomber dans le marché de Noël, ce piège collant où tant de parfums épicés vont mourir dignement. Ou pas. Le gingembre ajoute une pointe plus nerveuse. Les fleurs existent, mais elles ne prennent pas le pouvoir. Elles passent derrière le bois, un peu comme une doublure sous une veste. La vanille et le benjoin arrondissent la fin, sans effacer l’angle.
Sur la peau, Féminité du Bois ne joue pas la séduction simple. Il s’installe avec une présence subtile. Il ne hurle pas. Il occupe. La prune devient plus mate. Le cèdre gagne en chaleur. Les épices restent en surface. Il y a quelque chose de textile dans ce parfum. Un velours sombre, mais frotté. Une veste noire portée trop longtemps. Une chemise blanche qui a traversé une pièce enfumée. Ce n’est pas propre au sens lessive. C’est propre au sens précis.
Le parfum mérite qu’on s’y arrête aujourd’hui parce qu’il a vieilli en gardant sa place. Beaucoup de parfums genrés de son époque portent encore les signes de leur décennie. Féminité du Bois, lui, semble moins daté que situé. Il vient du début des années 1990, mais ne se résume pas à une nostalgie. Son intérêt tient à cette décision simple : mettre le bois au centre d’un parfum nommé Féminité. Pas en accessoire. Pas en fond discret. Au centre. La maison Serge Lutens parle d’un travail autour du cèdre inspiré par les échoppes de menuiserie marocaines, avec leurs odeurs chaudes et miellées.
Porter Féminité du Bois aujourd’hui
Porter Féminité du Bois, ce n’est pas chercher à sentir “bon” au sens automatique. C’est choisir une présence. Le parfum convient à ceux qui aiment les matières qui gardent une part de rugosité. Il va bien avec des vêtements nets. Un manteau droit. Une chemise sombre. Un col roulé. Un cuir pas trop bavard. Une robe sans minauderie. Il accompagne mieux une attitude qu’une occasion. Il peut être intime, mais il ne se rend pas docile.
Féminité du Bois fonctionne particulièrement bien quand l’air se refroidit. Automne, hiver, soirée sèche, pièce calme. Mais il peut aussi surprendre au printemps, porté léger, presque à contretemps. Il n’a pas besoin d’un décor luxueux. Il préfère une lumière basse, un intérieur en bois évidemment, un tissu qui garde l’odeur. Sur certaines peaux, la prune domine davantage. Sur d’autres, le cèdre reste plus strict. Il ne donne pas la même réponse à tout le monde.
Ce parfum raconte une féminité sans vernis rose. Une féminité qui peut être anguleuse, boisée, épicée, presque austère. Le mot “féminité” y perd son sourire obligatoire. Il gagne une ombre. C’est peut-être cela, le vrai sujet. Féminité du Bois ne cherche pas à abolir les codes. Il les déplace de quelques centimètres. Parfois, c’est suffisant pour changer toute la pièce.
Serge Lutens : Féminité du Bois – Site oficiel






















