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Boards of Canada, les fantômes calmes de l’électronique écossaise

Boards of Canada revient dans l’actualité musicale avec Inferno, annoncé pour le 29 mai 2026 sur Warp Records. Le duo écossais formé par les frères Mike Sandison et Marcus Eoin n’a jamais eu besoin de beaucoup parler pour occuper une place à part dans la musique électronique. Depuis Music Has the Right to Children en 1998, Boards of Canada travaille la mémoire comme une bande magnétique : ça tremble, ça chauffe, ça se déforme. Le résultat tient autant du souvenir d’enfance que du signal radio. C’est joli, souvent. C’est inquiétant, très vite.

Boards of Canada, une enfance passée dans la machine

Boards of Canada est un duo électronique écossais composé de Mike Sandison et Marcus Eoin, deux frères associés à Warp Records, label qui réunit aussi Aphex Twin, Autechre ou Squarepusher. Les infos donnés de Warp reste courtes, presque maigres : deux noms, une origine, une fonction. Cela leur va bien. Chez Boards of Canada, le vide fait partie du décor. Pas de roman public à rallonge. Pas de confession servie chaude. Le groupe avance par pochettes, titres, silences, sons déformés. À une époque où beaucoup d’artistes expliquent tout avant même qu’on écoute, eux ont longtemps laissé les machines parler, ce qui reste une idée assez reposante.

Le nom du groupe renvoie au National Film Board of Canada, source d’imaginaire souvent associée à leurs textures documentaires, éducatives et légèrement hantées. Dans leur musique, on entend des synthétiseurs ronds, des voix d’enfants, des nappes instables, des fragments qui semblent sortis d’un programme scolaire oublié. Rien n’est vraiment vintage au sens décoratif. Ce n’est pas une brocante avec une boîte à rythmes. C’est plutôt une mémoire reconstituée. Le son paraît familier, puis il devient suspect. Une mélodie douce arrive, un battement la rattrape, une voix passe dans le fond. On croit reconnaître quelque chose, mais personne ne dira quoi, évidemment.

L’album qui abîme la nostalgie

Music Has the Right to Children, sorti le 20 avril 1998, installe Boards of Canada dans une zone que beaucoup de groupes électroniques visiteront ensuite avec moins de finesse. L’album paraît chez Warp et Skam, puis devient rapidement un point de repère pour l’électronique ambient, downtempo et IDM. Les morceaux ne cherchent pas la démonstration technique. Ils préfèrent l’angle mort. Roygbiv, An Eagle in Your Mind, Telephasic Workshop ou Olson avancent avec des boucles usées, des rythmes souples, des synthés qui semblent avoir pris la poussière dans un laboratoire municipal. La pochette, avec ses visages effacés, dit déjà beaucoup. La famille est là, mais elle ne regarde plus. La nostalgie n’est pas vendue comme un refuge, ce qui change un peu des cartes postales.

Avec Geogaddi, sorti le 19 février 2002, Boards of Canada durcit l’image. L’album garde les couleurs fanées, mais il retire une partie de la chaleur. Les titres parlent d’eux-mêmes, sans trop en faire : Music Is Math, Gyroscope, The Devil Is in the Details, 1969, You Could Feel the Sky. La musique devient plus circulaire, plus nerveuse, parfois presque rituelle. Les voix surgissent comme des annonces de prévention, des consignes radio, des présences mal identifiées. Le disque contient aussi Magic Window, piste silencieuse en fin de parcours, joli gag conceptuel ou porte fermée, selon l’humeur. Chez Boards of Canada, même le silence a l’air d’avoir été masterisé.

Une discrétion devenue méthode

Boards of Canada n’a jamais construit sa singularité sur la vitesse. Après Geogaddi, le groupe publie The Campfire Headphase en 2005, puis Trans Canada Highway en 2006. Le son s’ouvre davantage aux guitares, à des paysages plus larges, à une forme de douceur moins toxique. Rien ne devient vraiment lumineux pour autant. L’album divise parfois ceux qui préfèrent les angles plus sombres du duo. Mais il montre une chose : Boards of Canada n’est pas seulement une esthétique de bande VHS malade. Le groupe sait déplacer son centre de gravité sans faire de grands gestes, ce qui est une qualité rare chez les artistes cultes.

En 2013, Tomorrow’s Harvest arrive après plusieurs années d’attente. Le disque sort le 10 juin 2013 chez Warp Records, avec Reach for the Dead comme point d’entrée visible. Cette fois, la couleur vire au film post-catastrophe. Les titres : Cold Earth, Sick Times, Collapse, Come to Dust, ne promettent pas exactement une soirée mousse. Les rythmes sont plus secs, les nappes plus minérales, l’air moins respirable. Pitchfork parle alors d’un disque plus sombre et plus intériorisé, moins joueur que les précédents, davantage tourné vers les textures et les climats. On peut discuter le dosage. On discute toujours le dosage avec Boards of Canada, parce que le moindre bruit de fond finit par ressembler à une décision esthétique.

Inferno, retour dans le brouillard

Le retour de Boards of Canada avec Inferno, prévu le 29 mai 2026, donne à ce portrait un point d’actualité très net. Warp liste désormais Inferno et Inferno (Continuous Mix) dans les sorties du groupe, tandis que Bandcamp annonce dix-huit titres, dont Introit, Prophecy At 1420 MHz, Hydrogen Helium Lithium Leviathan, Naraka et I Saw Through Platonia. Deux titres sont disponibles en amont sur Bandcamp. Le disque est présenté en précommande, avec formats vinyle, CD et numérique. Ce n’est donc plus seulement une rumeur de forum, ce sport extrême très pratiqué dès qu’un logo Boards of Canada bouge d’un pixel. C’est une sortie annoncée. À la veille du 29 mai 2026, le groupe revient après Tomorrow’s Harvest. Treize ans, pour une industrie qui panique après trois semaines de silence, c’est presque une provocation administrative.

Ce retour rappelle surtout pourquoi Boards of Canada compte encore. Le duo n’a pas seulement produit de beaux disques électroniques. Il a fabriqué une manière d’écouter le passé sans le nettoyer. Chez eux, l’enfance n’est pas pure, la nature n’est pas décorative, la science n’est pas rassurante, l’image analogique n’est pas un filtre Instagram avec trois grains. Tout semble proche, mais légèrement faux. Tout semble doux, mais le sol bouge. Boards of Canada a compris avant beaucoup de monde que la nostalgie pouvait être un poison lent, pas seulement une couverture en laine. Et il faut reconnaître que, dans le genre, ils ont dosé le poison avec une patience presque polie.

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