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George Michael : tous ses albums, de Faith à Patience

Caricature 3D de George Michael portant des lunettes de soleil et une veste en cuir noir, inspirée de son look de l'époque Faith.

Avant de vouloir disparaître des clips, George Michael avait appris à occuper tout l’écran. Avec Wham!, puis en solo, le chanteur britannique a traversé la pop, la soul, le funk et le jazz en changeant de son, d’image et parfois de convictions. De Faith à Older, sa discographie raconte un musicien perfectionniste, capable de fabriquer des tubes planétaires tout en entretenant une relation de plus en plus compliquée avec sa propre célébrité.

Wham!, les tubes et l’envie d’ailleurs

En 1984, deux garçons bronzés, des tee shirts trop grands et une énergie débordante suffisent à faire de Wham! l’un des groupes les plus visibles de la pop britannique. George Michael et Andrew Ridgeley ont compris l’efficacité d’une chanson qui démarre vite, d’un refrain immédiatement identifiable et d’une image que la télévision peut diffuser sans problème. Leur premier album, Fantastic, publié en 1983, ressemble pourtant assez peu à la carte postale estivale qui finira par leur coller à la peau. Derrière les chorégraphies et les sourires, Wham Rap! (Enjoy What You Do) et Young Guns (Go for It!) empruntent au funk américain, au disco et à une certaine agitation sociale de l’Angleterre du début des années Thatcher. Les cuivres, les lignes de basse et les rythmes synthétiques occupent davantage de place que les grandes déclarations sentimentales. Club Tropicana annonce déjà une autre direction, plus légère, dans laquelle la musique devient un décor de vacances permanent. Andrew Ridgeley participe à la construction du groupe, mais George Michael s’impose rapidement comme sa principale force d’écriture et de production. À vingt ans, il possède déjà ce mélange particulier de précision mélodique et de sens commercial qui caractérisera une bonne partie de sa carrière.

Avec Make It Big, sorti en 1984, Wham! trouve la formule qui lui permet de conquérir les États-Unis et une grande partie du marché international. Wake Me Up Before You Go-Go propulse le groupe dans une pop exubérante, nourrie par la Motown et les rythmes américains des années 1960. Freedom retrouve cette mécanique de fête permanente, tandis qu’Everything She Wants laisse apparaître un George Michael plus mordant, intéressé par les frustrations conjugales, l’argent et les rapports de pouvoir dans le couple. La sophistication des arrangements contraste avec une image publique qui continue de vendre une jeunesse insouciante. Puis arrive Careless Whisper, ballade construite autour d’un saxophone immédiatement identifiable, dont la culpabilité amoureuse semble appartenir à un chanteur bien plus âgé. Le morceau figure sur Make It Big, mais sa commercialisation sous le nom de George Michael dans plusieurs pays annonce déjà la séparation. En 1986, Wham! organise son concert d’adieu au stade de Wembley, tandis que The Final au Royaume-Uni et Music from the Edge of Heaven aux États-Unis accompagnent la fin de l’aventure discographique. Michael a déjà publié A Different Corner, une ballade solitaire et dépouillée, assez éloignée des couleurs vives de ses premières années.

La transformation devient spectaculaire avec Faith, premier album solo publié en 1987. Sur la pochette, George Michael porte une veste en cuir noir, des lunettes sombres, une barbe naissante et une boucle d’oreille ornée d’une croix : les tee-shirts de Wham! semblent avoir été rangés définitivement. La chanson-titre emprunte au rock’n’roll des années 1950, tandis que I Want Your Sex installe une tension funk beaucoup plus explicite, suffisamment provocatrice pour susciter des réticences sur certaines radios. Father Figure avance sur une pulsation synthétique retenue, One More Try déploie une ferveur proche du gospel et Kissing a Fool révèle son goût pour les atmosphères de jazz et de cabaret. George Michael écrit, arrange et produit presque entièrement l’album, démontrant que sa réussite ne repose pas uniquement sur son photogénisme. Le disque devient un immense succès, notamment aux États-Unis, où quatre de ses singles atteignent la première place du Billboard Hot 100. Son duo avec Aretha Franklin, I Knew You Were Waiting (For Me), publié la même année mais absent de l’album, renforce encore sa crédibilité auprès d’un public attaché à la soul. La tournée mondiale de 1988 consacre cette nouvelle position, mais le chanteur commence déjà à se méfier du personnage qu’il a fabriqué avec tant d’application.

Le succès, puis le refus de l’image

En septembre 1990, Listen Without Prejudice Vol. 1 arrive avec une décision qui paraît presque absurde dans l’industrie musicale de l’époque : George Michael ne veut plus apparaître dans les clips destinés à promouvoir son album. La pochette abandonne elle aussi son visage au profit d’une photographie de foule en noir et blanc. Musicalement, le changement est profond, avec davantage de guitares acoustiques, de piano, de soul contemplative et de compositions qui prennent leur temps. Praying for Time ouvre le disque sur une réflexion sombre concernant les inégalités et l’indifférence sociale, sans chercher à retrouver l’efficacité immédiate de Faith. Cowboys and Angels s’étire sur près de sept minutes, avec des influences jazz et une écriture qui préfère les détours aux refrains faciles. Waiting for That Day et Heal the Pain montrent son intérêt pour une pop plus organique, parfois proche des traditions mélodiques des années 1970. Reste Freedom! ’90, morceau dansant dont les paroles interrogent directement la célébrité, l’image et la nécessité de reprendre possession de sa propre vie. Le clip réalisé par David Fincher, avec Naomi Campbell, Linda Evangelista, Cindy Crawford, Christy Turlington et Tatjana Patitz, devient l’un des exemples les plus célèbres de rencontre entre musique et mode, alors même que le chanteur refuse d’y apparaître.

Ce choix artistique entraîne aussi des conséquences commerciales et nourrit des tensions avec sa maison de disques, Sony Music. Listen Without Prejudice Vol. 1 rencontre un succès important, mais ses ventes restent inférieures à celles de Faith, ce que George Michael interprète notamment comme le résultat d’un accompagnement promotionnel insuffisant. Le conflit débouche sur une procédure judiciaire engagée en 1992, durant laquelle le chanteur conteste les conditions de son contrat et le contrôle exercé par la compagnie sur sa carrière. En juin 1994, la Haute Cour de Londres lui donne tort. Il faudra ensuite un accord pour lui permettre de quitter Sony et de poursuivre ses enregistrements sous d’autres labels. Entre-temps, il multiplie les performances remarquées sans publier de nouvel album studio, notamment lors du concert hommage à Freddie Mercury en 1992, où son interprétation de Somebody to Love avec Queen rappelle l’étendue de ses capacités vocales. Le disque Five Live, paru en 1993, conserve une partie de ces prestations ainsi que des enregistrements de sa tournée Cover to Cover. George Michael chante alors souvent les chansons des autres, une manière de rappeler qu’il possède aussi les qualités d’un interprète capable de s’éloigner de ses propres compositions.

Lorsque Older paraît en mai 1996, six années se sont écoulées depuis son précédent album studio, mais cette durée ne s’explique pas uniquement par ses batailles contractuelles. En 1993, George Michael a perdu son compagnon brésilien Anselmo Feleppa, mort de complications liées au sida, et cette disparition a profondément perturbé sa vie et son travail. Jesus to a Child, qui ouvre l’album, constitue un hommage intime, porté par une mélodie lente et des arrangements qui évoquent notamment la bossa-nova. Le disque, également dédié au compositeur brésilien Antônio Carlos Jobim, privilégie la soul nocturne, les harmonies jazz, les claviers enveloppants et une production électronique discrète. Fastlove introduit pourtant une pulsation destinée aux clubs, avec un sample de Forget Me Nots de Patrice Rushen, tandis que Spinning the Wheel associe sensualité et inquiétude. L’image change encore : cheveux courts, barbe soigneusement dessinée, vêtements sombres, regard moins soucieux de séduire immédiatement. Older contient plusieurs des chansons les plus personnelles de George Michael, tout en conservant une attention presque obsessionnelle à la qualité des arrangements. Pour comprendre plus précisément les liens entre le deuil, le désir et cette musique du milieu des années 1990, notre lecture d’Older prolonge cette période à travers un autre regard.

Les reprises, les derniers albums et ce qui reste

À la fin des années 1990, George Michael semble avoir renoncé à suivre le rythme auquel les grandes maisons de disques attendent habituellement leurs vedettes. Son arrestation en 1998 à Beverly Hills, suivie de la révélation publique de son homosexualité, provoque une nouvelle confrontation avec la presse et la fabrication de son image. Il répond notamment avec Outside, une chanson dance accompagnée d’un clip qui détourne l’affaire avec humour, transformant l’univers des toilettes publiques et de la surveillance policière en décor de fête. L’année suivante, Songs from the Last Century surprend par son contenu : aucune nouvelle composition personnelle, mais une sélection de reprises produites avec Phil Ramone. George Michael y revisite Roxanne de The Police, Miss Sarajevo de U2 et Brian Eno, The First Time Ever I Saw Your Face ou encore Brother, Can You Spare a Dime?. Les arrangements accordent une place importante au piano, aux cordes, aux cuivres et aux couleurs des orchestres de jazz. Sa voix se révèle suffisamment souple pour passer d’une ballade populaire à une chanson de cabaret, même si cette élégance finit parfois par étouffer le relief des interprétations. Le disque ressemble à une respiration après les tensions précédentes, plus agréable pour découvrir ses influences que pour mesurer son talent de compositeur.

Il faut attendre 2004 pour découvrir Patience, cinquième et dernier album studio de George Michael. Le disque paraît après plusieurs années durant lesquelles le chanteur a connu d’autres difficultés personnelles, notamment la mort de sa mère, et revient avec une production qui associe soul, électro, pop et rythmes dance. Amazing, l’un de ses singles les plus accessibles, retrouve la légèreté mélodique qui avait fait sa réputation, mais l’album explore également des territoires plus sombres. John and Elvis Are Dead et My Mother Had a Brother témoignent d’une écriture préoccupée par la disparition, la mémoire et les blessures familiales. À l’autre extrémité, Freeek! joue sur une électronique agressive et une sexualité volontairement démonstrative, tandis que Shoot the Dog attaque les relations politiques entre Tony Blair et George W. Bush avec une subtilité discutable. Flawless (Go to the City) réutilise le morceau Flawless du groupe The Ones pour retrouver la dynamique des clubs. À plus de soixante-dix minutes dans son édition britannique, Patience souffre de sa longueur et d’une accumulation de propositions qui ne fonctionnent pas toutes avec la même efficacité. Mais derrière ses excès et ses maladresses se trouve encore un auteur capable de passer d’une chanson de danse à une confession personnelle sans changer complètement de langage musical.

Après Patience, George Michael continue de publier des chansons et de monter sur scène, mais sa discographie se construit davantage autour de compilations, de reprises et d’enregistrements de concerts. Twenty Five, paru en 2006, réunit ses grands titres solos et ceux de Wham!, dessinant une rétrospective pratique, même si elle privilégie nécessairement les morceaux les plus connus. En 2014, Symphonica reprend plusieurs compositions et reprises dans des arrangements orchestraux enregistrés au cours de sa tournée de 2011 et 2012, avec Phil Ramone à la production. Sa voix y conserve sa précision, mais le confort des orchestrations tend parfois à neutraliser les aspérités qui rendaient ses meilleurs albums plus intéressants. George Michael meurt le 25 décembre 2016, à 53 ans, laissant une œuvre relativement courte en nombre d’albums studio, mais particulièrement dense en changements de direction. Le 6 novembre 2026, la publication de The Faith Tour, enregistré à Paris-Bercy en 1988, permet de retrouver sur disque cette période où le chanteur dominait encore la pop internationale avec une assurance presque provocante. Ce document live rappelle aussi que sa discographie ne se résume pas aux productions impeccablement contrôlées des studios : sur scène, la souplesse de sa voix et sa culture soul prennent parfois le dessus sur les arrangements. Pour entrer dans cette œuvre, les albums restent le meilleur fil conducteur, car chacun révèle une manière différente de négocier avec la célébrité, le désir, la perte et le plaisir de chanter.

Par quels albums commencer pour découvrir George Michael ?

Cinq albums permettent de parcourir l’essentiel de sa carrière sans se perdre dans les compilations ni dans les nombreuses rééditions. Cette sélection privilégie les disques qui possèdent une véritable identité musicale, plutôt qu’une simple accumulation de succès.

1. Faith (1987) — La meilleure porte d’entrée

C’est le point de départ le plus évident. Faith rassemble presque toutes les qualités de George Michael : le sens du rythme, l’écriture mélodique, l’influence de la soul américaine et une capacité à faire cohabiter plusieurs styles sur un même disque. Les chansons sont suffisamment immédiates pour séduire à la première écoute, mais les arrangements révèlent une construction plus complexe qu’il n’y paraît. Il suffit de comparer Faith, Father Figure et Kissing a Fool pour mesurer la diversité de son écriture. L’album permet également de comprendre pourquoi il est devenu une superstar à la fin des années 1980.

2. Older (1996) — Le disque le plus personnel

Après Faith, Older constitue probablement la découverte la plus révélatrice. La musique ralentit, les harmonies s’enrichissent et l’ensemble possède une unité rarement atteinte dans sa discographie. Le jazz, la soul, la bossa-nova et les rythmes électroniques y cohabitent sans donner l’impression d’un catalogue de styles. Jesus to a Child, Fastlove, Spinning the Wheel et You Have Been Loved représentent des expressions très différentes d’une même période. C’est aussi un disque qui résiste particulièrement bien à une écoute complète, dans l’ordre imaginé par son auteur.

3. Listen Without Prejudice Vol. 1 (1990) — Le tournant artistique

Cet album arrive naturellement après les deux précédents, lorsque l’on commence à s’intéresser davantage au compositeur qu’au fabricant de tubes. Praying for Time, Cowboys and Angels ou Heal the Pain demandent parfois plus d’attention, mais révèlent une écriture sensible aux nuances et aux silences. Freedom! ’90 conserve l’énergie de ses grands succès, tout en formulant un rejet explicite du système qui les a rendus possibles. L’album marque le moment où George Michael commence à choisir ce qu’il refuse de faire. Ce qui, dans l’industrie musicale, reste une activité plutôt coûteuse.

4. Make It Big — Wham! (1984) — Comprendre les origines

Revenir à Wham! après avoir découvert les albums solos permet d’entendre autrement les premières chansons de George Michael. Wake Me Up Before You Go-Go et Freedom possèdent une exubérance qui peut sembler très datée, mais leur efficacité mélodique reste frappante. Everything She Wants annonce déjà ses préoccupations plus adultes, tandis que Careless Whisper prépare directement la carrière solo. L’album montre également combien sa musique doit aux traditions de la soul, du funk et de la pop américaine. Sous les couleurs criardes, le travail était déjà sérieux.

5. Patience (2004) — Le dernier grand chapitre studio

Patience n’est pas le disque le plus homogène de George Michael, et ce n’est précisément pas pour cette raison qu’il mérite de figurer dans cette sélection. Il permet de comprendre ce que devient son écriture au début des années 2000, lorsqu’il tente de concilier les productions électroniques contemporaines, les ballades soul et des textes de plus en plus personnels. Amazing, Flawless (Go to the City), John and Elvis Are Dead ou Round Here donnent plusieurs indications sur ses différentes ambitions. Certaines chansons auraient gagné à être raccourcies, d’autres à ne pas figurer sur l’album. Mais cet ensemble parfois désordonné raconte aussi un artiste qui refuse de se contenter de reproduire ses anciens succès.

Pour poursuivre la découverte, Songs from the Last Century permet d’explorer son goût pour les reprises et le jazz, tandis que Symphonica donne accès à une facette plus orchestrale de son répertoire. Les amateurs de concerts pourront également se tourner vers The Faith Tour (2026), qui restitue le George Michael de 1988 sur scène, avant les ruptures des années suivantes.


Sources :

  • Wham! — Site officiel — History — Date de publication non indiquée. The official home of WHAM!
  • Pitchfork — Faith — 5 août 2018. Pitchfork
  • Pitchfork — Listen Without Prejudice Vol. 1 — 26 octobre 2017. Pitchfork
  • Le Monde — DISQUE Le chanteur George Michael perd son procès contre Sony Music — 23 juin 1994. Le Monde.fr
  • Classic Pop — Remembering George Michael’s Older — 13 avril 2025. Classic Pop Magazine
  • Classic Pop — George Michael albums – the complete guide — 10 décembre 2025. Classic Pop Magazine
  • AllMusic — Songs from the Last Century — Date de publication non indiquée. AllMusic
  • The Guardian — George Michael, Patience — 11 mars 2004. The Guardian
  • The Guardian — George Michael to release new album, Symphonica — 20 janvier 2014. The Guardian
  • The Guardian — George Michael obituary — 26 décembre 2016. The Guardian
  • Sony Music Canada — GEORGE MICHAEL: THE FAITH TOUR — 2 septembre 2026.