Damon Albarn, Blur, Gorillaz, opéras, Britpop, Londres, pop britannique : à 58 ans, le musicien anglais reste au centre d’une actualité dense, entre le neuvième album de Gorillaz sorti en 2026, l’après-retour de Blur et ses projets hors format. L’ancien visage de la Britpop continue de brouiller les pistes. Parfois avec grâce. Parfois avec cette obstination anglaise qui ressemble à une forme de politesse mal réveillée.
Damon Albarn, l’homme qui a survécu à Blur
Damon Albarn est né le 23 mars 1968 à Whitechapel, à Londres. Il devient célèbre comme chanteur et principal auteur de Blur, groupe associé à la Britpop des années 1990. La formule est connue, presque trop propre. Blur, Oasis, les journaux britanniques, les classements, les guitares, les vestes mal fermées, les rivalités vendues comme un match de boxe. Albarn en sort avec un statut étrange. Il est à la fois le garçon qui a incarné une époque et celui qui a passé sa carrière à s’en échapper. C’est peut-être cela, son vrai sujet. Ne pas rester coincé, même quand la potion continue de se vendre très bien.
Le retour de Blur avec The Ballad of Darren, publié en 2023, a rappelé que le groupe n’était pas seulement une affaire de slogans et de rivalités de tabloïd. L’album est arrivé huit ans après The Magic Whip. Il a ramené une forme plus grave, plus sobre, moins soucieuse de jouer les anciens combattants du Cool Britannia. Albarn y apparaît moins en meneur de bande qu’en homme qui regarde les dégâts, les amitiés, les amours, les années. Les chansons ne cherchent pas à courir après les années 1990. Elles les laissent dans le rétroviseur, ce qui est déjà une petite victoire. Le danger, avec Blur, serait toujours de rejouer la jeunesse. Albarn semble le savoir.
Gorillaz, la machine pop qui avale son créateur
Gorillaz naît à la fin des années 1990 avec Jamie Hewlett. L’idée est simple et assez tordue : créer un groupe virtuel, peuplé de personnages dessinés, pour attaquer la pop par le côté. Albarn se cache derrière 2D, Murdoc, Noodle et Russel. Mauvaise cachette, évidemment. Sa voix revient toujours, traînante, nasale, reconnaissable, comme une lumière de studio qu’on aurait oublié d’éteindre. Mais Gorillaz lui offre autre chose que Blur. Un espace plus large, plus poreux, où le hip-hop, l’électronique, le dub, la soul, le rock et les musiques du monde peuvent se croiser sans demander la permission.
En 2026, Gorillaz a encore remis la machine en route avec The Mountain. L’album est sorti le 27 février 2026, avec 15 titres et une durée d’environ 66 minutes. Il arrive après Cracker Island et confirme la logique du projet : Albarn ne construit pas un groupe, il organise une circulation. Les voix passent, les fantômes aussi. Plusieurs critiques ont lié ce disque au deuil, à l’Inde et à une idée plus spirituelle de la collaboration. Pitchfork évoque notamment les pertes familiales vécues par Damon Albarn et Jamie Hewlett pendant la période du disque. Ce n’est pas une petite affaire pour un groupe censé être “virtuel”. Même les avatars finissent par avoir des morts à porter.
Albarn contre la nostalgie, encore
Ce qui rend Damon Albarn utile aujourd’hui, ce n’est pas seulement son catalogue. C’est son refus assez constant de se laisser administrer par son propre passé. Il peut revenir à Blur, puis repartir vers Gorillaz. Il peut composer pour la scène, travailler avec des musiciens d’Afrique, d’Inde ou d’ailleurs, puis revenir dans une forme pop plus directe. En 2025, il a aussi signé la musique de The Magic Flute II: La Malédiction, suite électro-opératique inspirée de La Flûte enchantée, présentée au Lido 2 Paris du 27 au 30 mars. Le projet prolonge ses anciennes collaborations scéniques avec Jean-Luc Choplin, après Monkey: Journey to the West et wonder.land. On peut trouver cela dispersé. On peut aussi appeler cela une méthode.
Albarn garde pourtant quelque chose d’inconfortable. Il n’est jamais totalement dans le rôle attendu. Trop expérimental pour les nostalgiques de Blur. Trop pop pour les gardiens du laboratoire. Trop connu pour disparaître. Trop mobile pour être résumé. C’est là que son parcours reste intéressant. Il a compris tôt que la célébrité pouvait devenir une pièce fermée, avec moquette sale et miroirs partout. Depuis, il ouvre des portes. Certaines donnent sur de grands disques, d’autres sur des objets plus discutables. Mais chez Damon Albarn, l’échec lui-même paraît préférable à l’immobilité. Et l’immobilité, pour lui, semble être le vrai mauvais goût.






















