Accueil / Musique / Zed Yun Pavarotti : du rap au rock, une étonnante évolution

Zed Yun Pavarotti : du rap au rock, une étonnante évolution

Zed Yun Pavarotti, cigarette à la bouche, entouré de deux personnages équipés d'outils médicaux dans une scène en noir et blanc.

Rappeur mélancolique devenu chanteur de pop-rock, Zed Yun Pavarotti suit depuis ses débuts une trajectoire peu conventionnelle. Né à Saint-Étienne, fasciné par la musique britannique et les grandes mélodies populaires, il a progressivement remplacé les productions trap par les guitares et les arrangements de groupe. Derrière ses tatouages et son goût pour les personnages singuliers se dessine un musicien qui préfère apprendre un nouveau métier plutôt que répéter celui qu’il maîtrise déjà.

Zed Yun Pavarotti : de Saint-Étienne aux premières mixtapes

Avant de devenir Zed Yun Pavarotti, il y a Charlan Zouaoui-Peyrot, né le 7 mars 1997 à Saint-Étienne. Une ville industrielle dont il conserve un attachement profond, bien après son départ. Son adolescence se nourrit de rock, de metal, de musique classique et, plus tard, de rap. Après le lycée, il part étudier à Strasbourg, d’abord la théologie, puis la musicologie, avant de choisir définitivement la musique. Un itinéraire peu ordinaire pour un futur rappeur français. Ses premières influences expliquent pourtant une bonne partie de son parcours : il s’intéresse autant aux mélodies qu’aux mots, aux arrangements qu’aux rythmes. Quant à son nom de scène, qui emprunte celui du célèbre ténor italien, il annonce déjà une certaine liberté dans le mélange des références.

Ses premièrs essais passent relativement inaperçues, jusqu’à Grand Zéro, mixtape sortie en 2018. Le disque attire l’attention sur un rappeur dont la voix semble parfois flotter au-dessus des productions d’Osha, son collaborateur depuis 2017. L’Auto-Tune accompagne une diction singulière, entre chant hésitant, débit parlé et mélodies mélancoliques. Les textes privilégient les images et les associations de mots, parfois au détriment de leur compréhension immédiate. Avec French Cash, publié en 2019, cette écriture trouve un public plus large. Le morceau « Papillon » devient l’un des premiers titres marquants de sa carrière. Zed Yun Pavarotti partage alors des affiches avec des artistes comme Orelsan, Columbine ou Georgio, avant de se produire notamment à Rock en Seine.

À cette époque, son rapport au rap est déjà ambigu. Dans plusieurs entretiens, il explique ne pas avoir grandi dans une culture exclusivement hip-hop. Oasis, les Beatles et la pop anglaise occupent une place importante dans sa discothèque. Il admire les chansons capables de toucher immédiatement un public, sans sacrifier leur construction musicale. Cette recherche apparaît progressivement dans ses compositions, où les refrains deviennent aussi importants que les couplets. « Papillon » révèle son potentiel mélodique, mais le succès du titre l’incite également à éviter de reproduire indéfiniment la même formule. Il commence à penser ses projets comme des albums cohérents, plutôt que comme des collections de morceaux indépendants.

De Beauseigne à Encore : comment le rappeur est devenu chanteur

En octobre 2020, Beauseigne marque une étape décisive. Le titre emprunte un mot du parler stéphanois, une expression affectueuse proche de « mon pauvre ». Pour Zed Yun Pavarotti, il évoque autant ses origines que les liens qui l’unissent à ses proches. Musicalement, le changement est considérable. Les instruments enregistrés prennent davantage de place, les structures s’éloignent du rap traditionnel et les compositions intègrent des éléments folk, pop et rock. Sur « Rien », un piano accompagne une chanson construite sur une mesure à trois temps. « Merveille » et « Lalaland » témoignent également de son intérêt grandissant pour les mélodies. L’album possède une direction musicale plus précise que ses mixtapes précédentes. Avec Osha, il cherche désormais à organiser des morceaux différents autour d’un même univers.

Cette évolution doit toujours beaucoup à son admiration pour la musique britannique mais aussi son goût pour les arrangements symphoniques. Il s’intéresse particulièrement à cette capacité de la pop anglaise à faire cohabiter mélancolie et mélodies immédiatement mémorisables. L’influence dépasse le son. Pour la pochette de Beauseigne, il évoque notamment les collages et les images retravaillées des disques de rock des années 1990. Les clips participent à cette construction visuelle, souvent réalisés avec des collaborateurs issus de son entourage stéphanois. Mais son ambition musicale comporte aussi une difficulté : comment conserver une écriture dense et personnelle lorsque la chanson impose davantage de simplicité ? Cette question va prendre une place centrale dans la suite de sa carrière.

Avec Encore, paru en avril 2023, la transformation devient beaucoup plus nette. Après un différend contractuel qui, selon ses déclarations, a retardé son travail, Zed Yun Pavarotti profite de cette période pour apprendre à mieux jouer de la guitare et à maîtriser sa voix. La batterie, la basse et les guitares prennent désormais une place essentielle. Osha, autrefois principalement beatmaker, participe à cette évolution comme guitariste, compositeur et réalisateur musical. La guitariste Juliet Notzisway, le bassiste Del Rosso et le batteur Lucas Terrier contribuent également à cette dynamique collective. Des morceaux comme « House », « Ma colère interminable » ou « In amour » affirment une esthétique plus franchement pop-rock. Les refrains gagnent en importance, tandis que l’interprétation vocale devient le centre des chansons. Zed Yun Pavarotti se présente désormais comme un chanteur, à la tête d’un projet qui fonctionne de plus en plus comme un groupe.

Entre rock britannique, cinéma et mélancolie : une identité toujours mouvante

Cette évolution musicale s’accompagne d’une identité visuelle reconnaissable. Cheveux désordonnés, tatouages sur le visage et le cou, vêtements empruntant aussi bien au streetwear qu’à l’imaginaire rock : Zed Yun Pavarotti possède une apparence que l’on pourrait facilement réduire à une posture de rappeur alternatif. Le mot « Maison », tatoué sous son œil droit, renvoie pourtant à un souvenir personnel de Saint-Étienne. Sa fascination pour Liam Gallagher et la culture britannique des années 1990 apparaît dans certaines attitudes scéniques et références esthétiques. Il revendique également des influences japonaises et coréennes. Son intérêt pour l’image s’étend au cinéma, notamment aux comédies romantiques anglaises. En 2023, il cite Notting Hill, Love Actually et About Time parmi les films qu’il regarde régulièrement. Un goût pour les histoires sentimentales qui correspond à l’orientation d’Encore, album consacré en grande partie à l’amour, au désir et à la fête.

Son rapport à l’écriture a lui aussi profondément changé. Lorsqu’il faisait du rap, les couplets réclamaient une accumulation de phrases et d’images. Avec la chanson, il apprend à sélectionner davantage ses mots. Il explique composer généralement la musique et les lignes mélodiques avant d’écrire les paroles. Une méthode qui l’oblige à travailler les sonorités du français, langue dont les consonnes et les ruptures rythmiques ne facilitent pas toujours les longues mélodies qu’il affectionne dans le rock anglais. Ce travail sur la forme n’efface pas ses préoccupations anciennes. Les questions de solitude, d’appartenance, de foi et de condition humaine traversent régulièrement ses textes. Ses études de théologie prennent ici un relief particulier, sans pour autant transformer chaque chanson en dissertation philosophique. Sa musique conserve aussi une place pour l’humour et l’absurde, deux dimensions qui empêchent son univers de se figer dans une mélancolie permanente.

En 2026, Unmiracle, son troisième album, marque un nouvel ajustement. Après la dimension plus ouvertement mélodique d’Encore, l’écriture retrouve une densité importante. « Si Dieu fume » associe des guitares saturées à une composition pop-rock, tandis que « La Nouvelle » privilégie une diction presque parlée. « Sous ma veste » explore un autre versant, plus immédiatement pop. Le duo « Quand est-ce qu’on oublie qu’on aime », enregistré avec Marguerite Thiam, prolonge son intérêt pour les sentiments et les mélodies mélancoliques. L’ensemble aborde plus directement des interrogations personnelles sur l’existence, la mort et l’amour. Son titre repose sur un jeu entre le français « un miracle » et l’anglais unmiracle, qui suggère son contraire. Zed Yun Pavarotti poursuit ainsi une recherche qui traverse toute sa discographie : trouver la forme musicale capable d’accueillir ses préoccupations du moment, quitte à modifier une nouvelle fois son rapport au chant, aux instruments et aux mots.


Zed Yun Pavarotti : Unmiracle (Entreprise music / Saulore) – Sorti le 6 octobre 2026

Sources :

  • – Universal Music France — « Zed Yun Pavarotti »
  • – Radio Nova — « Zed Yun Pavarotti : le remède par l’autotune » — 25 mai 2019.
  • – Interlude — « On a parlé “Beauseigne”, “La La Land” et Lestin avec Zed Yun Pavarotti » — 8 octobre 2020.
  • – Première Pluie — « Zed Yun Pavarotti : “C’est un album de fête” / Interview » — 10 mai 2023.
  • – 1863 — « Zed Yun Pavarotti : “La fête c’est cette tentation amoureuse vis-à-vis de tout” » — 4 mai 2023.
  • – Le Type — « Zed Yun Pavarotti : “Un miracle, c’est un coup de foudre” » — 8 octobre 2026.
  • – La Face B — « Zed Yun Pavarotti : “C’était une manière de me convaincre que j’existais encore” » — 6 novembre 2026.
  • – Apple Music — « Unmiracle — Zed Yun Pavarotti » — Album sorti le 6 novembre 2026