Arca publie XXXXX le 31 juillet 2026 chez XL Recordings, son premier album depuis le cycle Kick. De Caracas à Barcelone, en passant par New York et Londres, Alejandra Ghersi a déplacé les lignes entre musique électronique, pop, reggaeton et performance. Ses métamorphoses, ses disques charnières et les collaborations font d’elle bien davantage qu’une productrice pour vedettes.
Arca, artiste électro née entre plusieurs mondes
Arca publie XXXXX depuis Barcelone, où elle vit, avec seize nouveaux morceaux et cinq années depuis la fin du cycle Kick. Le retour est dense, souvent brutal, parfois presque nu, ce qui ressemble assez bien à sa manière de ne jamais choisir une seule voie. Alejandra Ghersi est née à Caracas en 1989. À trois ans, sa famille s’installe à Darien, dans le Connecticut, avant de revenir au Venezuela lorsqu’elle en a neuf. Son enfance se partage ainsi entre anglais et espagnol, banlieue américaine et capitale vénézuélienne. Adolescente, elle compose sur Fruity Loops sous le nom de Nuuro. Ses morceaux circulent en ligne, attirent un petit public et lui ouvrent quelques scènes. Cette reconnaissance précoce cohabite pourtant avec une vie intime tenue sous contrôle dans un environnement où elle disait ne pas pouvoir parler librement de son homosexualité.
À dix-sept ans, elle part étudier à New York, au Clive Davis Institute of Recorded Music de la New York University. Elle cesse alors de publier de la musique pendant deux ou trois ans, comme si le premier personnage avait épuisé son costume. Lorsqu’apparaît le nom d’Arca, le son devient plus sombre, plus charnel et nettement moins poli. Les EP Stretch 1 et Stretch 2, parus en 2012, tordent le hip-hop avec des voix accélérées, des basses molles et des rythmes indociles. La mixtape &&&&&, en 2013, enchaîne les chocs, les silences et les mélodies déformées en vingt-cinq minutes. Jesse Kanda, rencontré en ligne pendant l’adolescence, donne à cette musique ses corps numériques, souples et franchement peu rassurants. La même année, Arca participe à plusieurs titres de Yeezus de Kanye West comme consultante et productrice additionnelle. Elle produit aussi l’intégralité de l’EP EP2 de FKA twigs, puis contribue à LP1 : le grand public ne connaît pas encore son visage, mais il entend déjà ses angles.
La voix sort de la machine
Avec Xen en 2014, Arca signe un premier album largement instrumental, construit sur des percussions instables, des cordes synthétiques et des pianos soudain très tendres. Xen est aussi une figure imaginée avec Jesse Kanda, une présence ni masculine ni féminine qui rend visible une part plus libre de sa personnalité. Le disque ne raconte pas cette figure de manière sage. Il la fait bouger, se contracter, tomber puis repartir. Mutant, publié en 2015, durcit encore les textures et agrandit les vides entre les coups. Dans le même temps, Arca devient une partenaire centrale de Björk sur Vulnicura, avant de retrouver la musicienne islandaise sur Utopia. Ces collaborations ne ressemblent pas à une collection de noms célèbres posés sur une pochette. Elles montrent surtout la capacité d’Arca à entrer dans l’univers d’une autre artiste sans y laisser de simples traces de pas.
Le vrai déplacement arrive avec l’album Arca en 2017. Pour la première fois, sa voix en espagnol occupe le centre du disque, souvent sans protection, dans un registre dramatique et largement improvisé. Le bruit ne disparaît pas, mais il recule assez pour laisser passer une respiration, une plainte ou une ligne mélodique. L’artiste qui travaillait surtout le corps par l’image et la déformation sonore place désormais sa gorge dans la pièce. Elle se décrira ensuite comme une femme trans latina et non binaire, deux termes qu’elle refuse de présenter comme incompatibles. Sa musique ne vient pas illustrer cette identité proprement. Elle en adopte plutôt le mouvement, avec des formes qui changent avant que l’auditeur ait fini de les nommer. Chez Arca, la transition n’est donc pas un thème ajouté au travail : elle modifie la voix, la scène et la façon même d’organiser un morceau.
Le cycle Kick donne à cette méthode une ampleur presque déraisonnable. KiCk i, sorti en 2020, commence par « Nonbinary » et mêle reggaeton, pop électronique, chant, rap et matière industrielle. Björk, Rosalía, Shygirl et SOPHIE y interviennent, chacune dans un espace sonore qui garde sa forme propre. La nomination de l’album aux Grammy Awards, en 2021, place cette musique expérimentale dans une cérémonie peu connue pour adorer les objets difficiles à classer. Arca publie ensuite quatre autres volumes pendant quatre jours consécutifs, entre le 30 novembre et le 3 décembre 2021. KICK ii pousse vers le reggaeton, KicK iii vers le club abrasif, kick iiii vers la chanson et kiCK iiiii vers des atmosphères plus calmes. L’ensemble ne cherche pas à fabriquer une autobiographie cohérente. Il laisse au contraire plusieurs Arca parler en même temps, parfois au risque de se couper la parole.
La scène comme zone de friction
Arca travaille sur scène comme elle produit ses morceaux : elle introduit un dispositif, puis attend qu’il se dérègle. En septembre 2019, la série immersive Mutant;Faith occupe le Griffin Theater du Shed, à New York, pendant quatre jours. Les performances sont organisées autour de trois titres, Gestation, Aftercare et Ripples, sans se figer en spectacle parfaitement reproductible. On y voit un taureau mécanique, une barre équipée de capteurs, de la terre, des costumes qui entravent autant qu’ils prolongent le corps. Björk apparaît comme invitée, mais la scène ne se transforme pas pour autant en gala de collaborations. Arca traverse le public, improvise et traite sa silhouette comme un instrument supplémentaire. En mars 2024, elle revient jouer à Caracas, à la Concha acústica de Bello Monte, après près de dix ans sans concert dans sa ville natale. Ce retour ne referme aucune boucle ; il place simplement une œuvre devenue mondiale devant la ville qui l’a vue commencer.
Après le cycle Kick, la machine s’est pourtant grippée. Arca a raconté avoir traversé un épuisement qui lui avait fait perdre l’envie de produire un nouveau disque. Dans la cour commune de son immeuble à Barcelone, elle s’est mise à peindre avec de l’huile, de l’acrylique, des marqueurs, des paillettes et du plastique fondu. Elle peut être recouverte, griffée ou trouée, mais elle garde l’accident. Ces peintures ont formé la série Angels, présentée à l’Institute of Contemporary Arts de Londres du 4 au 19 avril 2026. Les corps y apparaissent puis se dissolvent dans les couches de matière, comme dans ses vidéos, mais sans écran pour faire le ménage. Ce détour par la peinture n’est pas une reconversion : il lui a permis de retrouver une pratique physique avant de revenir au son.
XXXXX arrive le 31 juillet 2026 avec seize titres et aucune envie visible de remettre les compteurs à zéro. Une cloche ouvre l’espace sévère de « Willow », tandis que « Heart » fabrique un battement presque biomécanique. « Raver » démonte les réflexes de l’EDM grand public, puis « Taconeando » fait passer des gestes de flamenco et de tango dans un décor électronique instable. « Everything » accélère encore, avec des rythmes qui semblent se poursuivre eux-mêmes dans un couloir trop étroit. Le disque superpose parfois plusieurs couleurs du cycle Kick au lieu de leur attribuer des volumes séparés. The Guardian y voit une œuvre dense et très physique, tandis que Financial Times souligne son caractère moins accessible et que The Quietus trouve son milieu plus inégal. C’est pas faux, car l’accumulation chez Arca peut produire autant d’ivresse que de fatigue.
Arca : XXXXX (XL recordings) – Sorti le 31 juillet 2026
Sources
- XL Recordings – XXXXX – 2026
- The Fader – Cover Story: Arca Finds Xen – 2014
- The Guardian – How cruising, graveyards and swan songs inspired Arca’s new album – 2017
- i-D – Arca: “We’re all transitioning: from birth to death, it’s inevitable” – 2020
- Pitchfork – KiCk i – 2020
- The Shed – Arca: Mutant;Faith – 2019
- Paper – Backstage at Arca’s Venezuelan Homecoming Show – 2024
- Institute of Contemporary Arts – Arca – 2026
- The Guardian – “It was a way of processing violences I’ve survived”: how iconoclastic musician Arca beat burnout with frenzied painting – 2026
- The Guardian – Arca: XXXXX review – a wild, brilliant album that taps into our bodies’ most feral frequencies – 2026
- Financial Times – Arca’s XXXXX review — the exhilarating, unsettling sound of the future – 2026
- The Quietus – Scream of the Crop: XXXXX by Arca – 2026






















