Graham Coxon, guitariste de Blur, revient dans l’actualité musicale en juin 2026 avec Castle Park, album solo désormais sorti. Le musicien anglais, associé à la Britpop, à Blur, à The Waeve et aux bandes originales de The End of the Fing World*, reste un cas à part : visible dans un groupe immense, mais souvent plus intéressant en solo.
Graham Coxon, l’angle vif de Blur
Graham Coxon est d’abord connu comme le guitariste de Blur. C’est pratique, c’est vrai, et c’est aussi un peu réducteur. Dans Blur, il n’a jamais été seulement l’homme chargé de mettre des accords derrière Damon Albarn. Sa guitare coupe, dérape, se crispe, puis disparaît juste assez pour laisser la chanson respirer. Sur Leisure, premier album de Blur sorti en 1991, le groupe avance encore dans le brouillard shoegaze et indie anglais. Sur Modern Life Is Rubbish, sorti en 1993, le décor change : Angleterre de banlieue, refrains plus secs, guitares plus nerveuses. Coxon y tient une place étrange, entre moteur et grain de sable.
Avec Blur, Coxon traverse ensuite les années Britpop sans vraiment se fondre dans leur carte postale. Le groupe devient immense, les chansons deviennent des repères, les clips tournent, les stades arrivent, les vestes Adidas aussi, hélas. Lui garde une façon de jouer qui semble toujours chercher la sortie de secours. Sur 13, album de 1999, le son se fissure davantage, avec une matière plus sale, plus flottante, plus inquiète. Sur Think Tank, en 2003, sa présence est limitée par son départ temporaire du groupe pendant l’enregistrement, ce qui dit assez bien la tension de l’époque sans qu’il soit utile d’en rajouter. Blur se reforme plus tard, joue Wembley en 2023, sort The Ballad of Darren la même année, et Coxon est toujours là, silhouette fine dans une machine plus grande que lui.
Des disques solo, un studio, peu de confort
La carrière solo de Graham Coxon commence à la fin des années 1990, loin de l’éclat public de Blur. Il publie The Sky Is Too High en 1998, puis enchaîne des disques où il joue souvent comme s’il n’avait pas envie d’arrondir les angles. Le son peut être lo-fi, punk, folk, sec, parfois fragile. Il chante sans installer une grande voix. Il préfère la ligne bancale, la guitare qui râpe, le morceau qui semble enregistré avant que qu’un producteur vienne demander s’il faut le polir. C’est une manière de reprendre la main. Chez Coxon, le charme vient souvent de là : on entend encore les coutures.
Castle Park, sorti en juin 2026, remet cette trajectoire solo au premier plan. Les chansons auraient été enregistrées en 2011, dans la période des sessions de A+E, puis gardées de côté. The Times présente l’album comme un retour plus intime vers ses racines musicales, loin des excès attachés à l’image publique de Blur. Le titre renvoie à Colchester, ville associée à son enfance. Le disque arrive donc comme une archive neuve, drôle de catégorie, mais la pop anglaise adore les placards quand ils finissent par s’ouvrir.
The Waeve, séries et chemins de côté
Graham Coxon ne s’est pas contenté d’être le guitariste solo d’un grand groupe. Avec Rose Elinor Dougall, ancienne membre des Pipettes, il forme The Waeve. Le premier album du duo sort en 2023, puis City Lights arrive le 20 septembre 2024 chez Transgressive Records. Le label présente ce deuxième disque comme une collection de dix chansons écrites par Coxon et Dougall, produites par James Ford. Tous deux y chantent et jouent claviers, guitare, basse, batterie et saxophone. Le détail compte, parce qu’il résume assez bien Coxon : il ne s’installe pas seulement derrière une guitare. Il passe d’un instrument à l’autre, comme s’il cherchait une lumière moins directe. The Waeve lui permet aussi d’ouvrir un espace moins britpop, plus oblique, entre folk anglais, post-punk, chanson sombre et textures de studio.
Il y a aussi ses musiques pour l’image, notamment The End of the F**ing World. En 2018, Pitchfork signalait la sortie de sa bande originale pour la série Channel 4 et Netflix, avec seize morceaux et le titre “Walking All Day”. Dans une interview accordée à NME à l’époque, Coxon expliquait que le projet était arrivé par le superviseur musical Matt Biffa et le réalisateur Jonathan Entwistle. Là encore, le choix paraît logique. Cette série avait besoin d’une musique sèche, adolescente, inquiète, avec de l’air entre deux gestes maladroits. Coxon sait faire ça.
Graham Coxon : Castle Park (Graham Coxon / Transgressive records) – Sorti le 19 juin 2026






















