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Cyndi Lauper : True Colors retrouve ses zones d’ombre

Cassette audio, bijoux colorés et citron sur une table après une soirée en 1986

Sorti le 15 septembre 1986, True Colors de Cyndi Lauper fête ses quarante ans avec une édition numérique augmentée publiée le 15 septembre 2026 et un double vinyle annoncé pour le 4 décembre. Le deuxième album de la chanteuse remplace une partie du carnaval de ses débuts par une pop plus nue, encore couverte de synthétiseurs, mais traversée par le doute. Cette tension devient un cocktail original, After the Neon, où le violet, l’acide et l’amertume restent au fond du verre.

True Colors de Cyndi Lauper : la voix passe devant

Le 15 septembre 2026, True Colors a eu quarante ans. Cyndi Lauper et Legacy Recordings ont marqué la date par une édition numérique augmentée de vingt-neuf pistes. Elle contient deux enregistrements jusque-là inédits, « The River Cried » et une reprise de « Across the Universe » des Beatles. Des titres captés en public complètent cette plongée dans la période 1986-1987. Un double vinyle coloré doit suivre le 4 décembre, avec « The River Cried » et des extraits du concert donné au Zénith de Paris le 12 mars 1987. La mécanique commémorative est donc bien en place, jusqu’aux photographies inédites issues de la séance réalisée par Annie Leibovitz.

En 1986, Lauper arrive après le succès massif de She’s So Unusual et son personnage impossible à ignorer. Les cheveux, les bijoux, les couleurs et les clips ont parfois caché ce qui tenait tout le reste : une voix singulière. True Colors la replace au centre, même lorsque la production empile les signes de son époque. « Change of Heart » ouvre avec une batterie très présente, des claviers scintillants et la guitare magique de Nile Rodgers. Les Bangles renforcent les chœurs, mais Lauper traverse l’ensemble avec une attaque presque rauque. Sur « Maybe He’ll Know », Billy Joel apparaît aux chœurs, détail luxueux qui ne transforme pas la chanson en démonstration de prestige. « Boy Blue » ralentit ensuite l’atmosphère et laisse entendre une fatigue que les arrangements ne maquillent plus tout à fait.

Les machines de 1986, la fragilité au premier plan

Cyndi Lauper coproduit True Colors avec Lennie Petze et signe les arrangements vocaux. Autour d’eux, la liste des invités ressemble à un répertoire de la pop américaine. Rick Derringer joue sur « Calm Inside the Storm » et « The Faraway Nearby ». Adrian Belew intervient à la guitare et aux arrangements sur la reprise de « What’s Going On ». Aimee Mann chante dans les chœurs de « The Faraway Nearby », tandis qu’Ellie Greenwich apparaît sur « Calm Inside the Storm ». Le disque porte donc beaucoup de noms, mais il ne devient jamais un salon professionnel avec badge autour du cou. Ses meilleures séquences utilisent ces présences comme des ombres, pas comme des pancartes. Quarante ans plus tard, certaines caisses claires datent immédiatement l’enregistrement, alors que la tension de la voix reste intacte.

Cette tension trouve son point fixe dans « True Colors », écrite par Billy Steinberg et Tom Kelly. Leur démo prenait la forme d’une ballade au piano d’inspiration gospel. Lauper en retire le confort et installe une interprétation lente, suspendue, presque murmurée. La chanson atteint la première place du Billboard Hot 100, tandis que l’album monte jusqu’à la quatrième place du Billboard 200. Aux États-Unis, True Colors est ensuite certifié double platine. Le titre reçoit aussi une nomination aux Grammy Awards pour la performance vocale pop féminine, quand « 911 » concourt dans la catégorie rock féminine. Les trophées racontent cependant moins que l’usage collectif de la chanson, progressivement adoptée comme hymne par une partie des communautés LGBTQ+.

After the Neon, un cocktail pour True Colors

Le cocktail tiré de l’album s’appelle After the Neon, parce que le disque commence quand la fête cesse d’éblouir. Sa couleur n’est pas le bleu électrique attendu, mais un mauve pâle qui change selon la lumière. Dans un shaker rempli de glaçons, il faut verser 40 ml de gin, 20 ml de vermouth sec, 15 ml de jus de citron frais et 10 ml de crème de violette. Deux traits d’amer à l’orange ajoutent une pointe plus sombre. Le gin porte la franchise de la voix, nette et légèrement coupante. Le vermouth garde le goût des arrangements de 1986, précis, datés par endroits, mais encore debout. La violette apporte une douceur presque poudrée, celle d’une loge après le spectacle. Le citron arrive enfin comme « True Colors » au milieu de l’album : il retire le vernis et remet les contours au point.

Le mélange se secoue brièvement, assez pour le refroidir sans le rendre inoffensif. Il se filtre dans une petite coupe glacée, sans glace pilée ni décor arc-en-ciel. Un zeste de citron est pressé au-dessus du verre, puis retiré. Le parfum reste, l’accessoire disparaît. After the Neon se boit pendant la première face du disque, de « Change of Heart » à « Calm Inside the Storm ». La première gorgée accompagne les batteries larges et les claviers brillants. L’acidité devient plus nette à l’arrivée de « Boy Blue », puis la violette remonte lorsque commence « True Colors ». À la fin, le verre conserve une couleur tendre et une sécheresse persistante : exactement le genre de contradiction que quarante années n’ont pas réussi à ranger.


Cindy Lauper : True colors (Epics records / Sony music) – Sorti le 15 septembre 1986