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Moscot Lemtosh Sun : la monture new-yorkaise qui tient la lumière à distance

La Moscot Lemtosh Sun transpose en lunettes de soleil une monture née dans le New York de l’après-guerre. Son design en acétate, son histoire familiale et son pont en trou de serrure ont imposé un style immédiatement lisible. Un objet d’optique devenu signe culturel, sans avoir besoin de réciter toute sa légende.

Moscot Lemtosh Sun, des années 1940 au catalogue de 2026

En juillet 2026, la Moscot Lemtosh Sun reste l’un des modèles centraux du catalogue de la maison new-yorkaise. La monture solaire reprend le dessin de la Lemtosh, née à la fin des années 1940 selon Zack Moscot et les archives de l’entreprise. Moscot parle aussi d’une introduction au milieu du XXe siècle. Aucune date précise de lancement de la version Sun n’apparaît dans les sources officielles consultées. La monture optique a précédé ses déclinaisons solaires. La Lemtosh Sun prolonge donc une forme ancienne et sa présence actuelle, dans de nombreux coloris et plusieurs tailles, montre que l’histoire continue.

Cette histoire commence bien avant la Lemtosh. Arrivé à New York en 1899, Hyman Moscot vend d’abord des lunettes prêtes à porter depuis une charrette sur Orchard Street. Il ouvre en 1915 la première boutique familiale au 94 Rivington Street, dans le Lower East Side. La maison reste depuis dirigée par la famille Moscot, désormais représentée par une cinquième génération. Aucun créateur unique n’est nommé pour la Lemtosh d’origine. La fiche du modèle actuel attribue en revanche la conception et le prototypage de la Lemtosh Sun à Zack Moscot, designer industriel entré dans l’entreprise en 2013. Cette continuité familiale compte, mais elle ne remplace pas le dessin. Une paire de lunettes ne devient pas intéressante simplement parce qu’un arrière-grand-père possédait une charrette.

Un carré qui refuse les angles droits

De face, la Moscot Lemtosh Sun paraît d’abord ronde. Un second regard révèle une base plus carrée, des angles adoucis et une ligne supérieure presque droite. Ce léger désaccord fait sa force. La monture ne bascule ni dans le cercle parfait ni dans le rectangle sévère. Son pont en trou de serrure creuse une petite ouverture au-dessus du nez. Deux rivets en losange marquent chaque extrémité de la face. Les branches épaisses prolongent la masse de l’acétate jusqu’aux tempes. L’ensemble encadre le visage sans l’enfermer complètement.

La version actuelle est réalisée en acétate italien, avec des motifs qui varient légèrement selon les plaques utilisées. Le noir absorbe la lumière et durcit le contour. Les finitions écaille, blondes ou transparentes laissent passer davantage de reflets. Sur les versions claires, la matière semble presque se retirer alors que la forme reste présente. Les charnières à sept tenons donnent une articulation large entre la face et les branches. Les appuis de nez sont intégrés à l’acétate, même si Moscot propose aussi une variante munie de plaquettes métalliques. La Lemtosh Sun reçoit notamment des verres minéraux verts, bleus ou bruns selon les configurations. Une fois teintés, ces verres réduisent la présence des yeux et déplacent l’attention vers la monture.

Des lunettes de soleil entre visage et personnage

La Lemtosh doit une partie de sa diffusion à Johnny Depp, qui la porte dans Fenêtre secrète en 2004. Cette apparition n’a pas créé le modèle, déjà vieux de plusieurs décennies, mais elle a fixé une image. Plus tard, Matthew Macfadyen apparaît avec une Lemtosh Sun gris clair dans la troisième saison de Succession. Sur Tom Wambsgans, la monture accompagne un luxe discret, tendu et très surveillé. Charles III a également été photographié avec une version claire dite « Flesh ». Le comédien, le cadre arriviste et le souverain composent un assez beau grand écart pour quelques grammes d’acétate. La Lemtosh Sun ne reste donc pas attachée à une seule tribu culturelle. Elle fournit une distance, puis laisse celui qui la porte décider quoi en faire.

Dans le catalogue Moscot, la Lemtosh n’est ni la plus ronde ni la plus massive. La Miltzen, lancée dans les années 1930, assume un cercle plus franc. La Dahven travaille au contraire un acétate plus épais et une géométrie carrée plus lourde. La Lemtosh se place entre ces deux extrêmes. Elle conserve assez de courbe pour ne pas raidir le visage et assez de structure pour ne pas disparaître. Dans sa version optique, elle souligne le regard et rappelle son origine fonctionnelle. Dans sa version solaire, elle le masque partiellement et transforme la correction supposée en mise à distance. La mythologie peut rester dans l’étui : les proportions suffisent à expliquer pourquoi la Moscot Lemtosh Sun tient encore.


Moscot : Lemtosh Sun – Site officiel

Sources

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