Sorti le 30 octobre 2026 chez Fantasy Recordings, ZIRP! est le cinquième album de DIIV. Produit par A. G. Cook, collaborateur de Charli XCX, le disque déplace le shoegaze du groupe américain vers une pop plus directe, traversée de guitares saturées et d’électronique. Après Frog in Boiling Water, DIIV poursuit sa critique du capitalisme, mais modifie sensiblement sa manière de jouer. La presse musicale salue cette audace sans s’accorder sur son résultat. Derrière les mélodies plus accessibles, une question demeure : que reste-t-il de DIIV lorsque le brouillard se dissipe ?
ZIRP! de DIIV : l’avis de la presse musicale sur un virage qui divise
Avec ZIRP!, DIIV a provoqué une discussion assez inhabituelle pour un groupe longtemps associé à un son facilement reconnaissable. Dans NME, Joe Goggins accueille favorablement cette transformation. Le journaliste voit dans l’album une rencontre réussie entre une écriture plus pop et des préoccupations politiques devenues particulièrement explicites. Les mélodies gagnent en netteté, sans faire disparaître la puissance des guitares. Under the Radar partage cet enthousiasme. Jimi Arundell souligne l’efficacité des chansons et leur capacité à associer des arrangements séduisants à des textes beaucoup moins aimables. Le magazine considère même que ces compositions pourraient permettre à DIIV de jouer devant un public plus large. Exclaim! défend également le travail d’A. G. Cook, notamment sa façon de conserver la matière du shoegaze tout en donnant davantage de relief aux morceaux.
L’accueil devient plus réservé chez Pitchfork. Larry Fitzmaurice reconnaît l’intérêt de cette ouverture, mais observe que certaines chansons rappellent désormais d’autres groupes plutôt que DIIV lui-même. Cette évolution soulève une question d’identité musicale. Dans The Line of Best Fit, Dom Lepore se montre plus sévère. Selon lui, le groupe a voulu alléger son écriture au point de perdre une partie de sa profondeur. La production électronique apporte des détails, mais elle affaiblit parfois la tension des guitares. Slant Magazine formule une critique voisine, en s’attardant sur la voix de Zachary Cole Smith, désormais beaucoup plus exposée. Ce qui paraît libérateur aux uns devient presque embarrassant pour les autres. Le désaccord ne porte donc pas sur l’ambition du disque, mais sur ce que cette transformation fait disparaître, un peux comme pour le dernier album de Fontaine D.C.
Des guitares toujours saturées, mais des chansons plus accessibles
Dès The Fountain, DIIV rappelle pourtant qu’il n’a pas rangé ses pédales d’effets. Le morceau repose sur des guitares épaisses, traversées de parasites électroniques et soutenues par une batterie insistante. La voix de Zachary Cole Smith se distingue plus clairement que sur les albums précédents. Elle n’est plus simplement une présence lointaine dans la masse instrumentale. NME apprécie cette évolution, qui donne davantage de force aux mélodies. Pitchfork remarque cependant que les nouvelles textures numériques restent souvent des ornements autour du son habituel du groupe. Sur Dare Me, les guitares conservent leur caractère répétitif et abrasif, tandis que de petites interventions électroniques modifient leur mouvement. La chanson avance entre deux logiques : conserver la puissance du shoegaze et laisser davantage de place au refrain.
Le changement devient beaucoup plus évident sur Trillions. La batterie adopte une pulsation légère, la voix subit des traitements numériques et la mélodie se rapproche franchement de la pop. Les paroles tournent en dérision l’obsession de l’enrichissement et les ambitions démesurées des puissants. Pitchfork y voit l’un des moments les plus révélateurs de la nouvelle direction musicale. Northern Transmissions est moins convaincu par cette expérience, jugeant le procédé plus intéressant que son résultat. Ailleurs, Kid joue sur le contraste entre une douceur presque enfantine et des interventions de guitare beaucoup plus rugueuses. Us Against You retrouve une ampleur sombre, tandis que My Star laisse apparaître une forme de tendresse inhabituelle. Le disque fonctionne ainsi par variations de densité, entre morceaux relativement dégagés et retours soudains de la saturation. DIIV semble avoir découvert qu’une guitare peut aussi faire du bruit après quelques secondes de silence.
A. G. Cook, un producteur pop qui voulait retrouver le son du groupe
La présence d’A. G. Cook pouvait laisser imaginer un disque fortement transformé par les outils électroniques. Le producteur britannique est notamment connu pour son travail avec Charli XCX et Caroline Polachek. Pourtant, la fabrication de ZIRP! a suivi une direction moins prévisible. Selon le communiqué publié par Concord Records, DIIV envisageait initialement de faire déconstruire ses maquettes par Cook. Le modèle évoqué était Screamadelica, l’album de Primal Scream qui avait rapproché rock et musique électronique en 1991. Cook a préféré abandonner cette méthode. Il explique avoir été particulièrement impressionné par la manière dont DIIV jouait sur scène. Dans sa déclaration relayée par Pitchfork, il confie : « I became a bit obsessed with their live sound » — Je suis devenu un peu obsédé par leur son sur scène. Le producteur a donc cherché à préserver cette énergie plutôt qu’à remplacer entièrement les instruments par des machines.
La méthode de travail a accordé une place importante à la batterie enregistrée en conditions réelles. Cook a même insisté pour enregistrer certaines parties de batterie avant que les compositions soient entièrement terminées. Les guitares ont ensuite fait l’objet d’un travail minutieux sur les effets et les timbres. Le producteur raconte avoir voulu passer « as little time as possible doing anything on a computer » — le moins de temps possible à faire quoi que ce soit sur ordinateur. La précision est intéressante pour un musicien généralement associé aux productions numériques. Elle permet aussi de comprendre pourquoi ZIRP! conserve autant de rugosité. Les éléments électroniques ne remplacent pas systématiquement les guitares : ils les interrompent, les déforment ou les accompagnent. Le résultat est parfois très construit, presque minutieux, alors que les chansons cherchent à préserver une forme de désordre. C’est précisément sur cet équilibre que les critiques divergent.
De Frog in Boiling Water à ZIRP!, une autre manière de raconter le déclin
Le titre de l’album fournit une indication assez précise sur ses préoccupations. ZIRP est l’abréviation de Zero Interest Rate Policy, expression désignant une politique de taux d’intérêt proches de zéro. DIIV s’en sert pour évoquer un système économique favorable à la spéculation, aux entreprises technologiques et à l’accumulation de capitaux. La critique du capitalisme était déjà centrale sur Frog in Boiling Water, publié en 2024 et produit par Chris Coady. Mais ce précédent album enveloppait ses inquiétudes dans une musique lourde, lente et souvent étouffante. ZIRP! préfère parfois la légèreté apparente. Les chansons parlent toujours de crises sociales, d’argent, de technologie et d’effondrement, mais leurs mélodies deviennent plus immédiatement accessibles. Dans NME, Joe Goggins interprète cette évolution comme une ouverture vers des thèmes de solidarité et de vie collective. La colère demeure, mais elle n’occupe plus seule tout l’espace.
Cette inflexion intervient après une période personnelle difficile pour Zachary Cole Smith. Sa maison d’Altadena a été détruite lors des incendies de Los Angeles en janvier 2025. Pitchfork évoque cet événement pour éclairer certaines images de catastrophe présentes sur le disque, sans en faire l’unique explication. La place accordée à la famille et à la vie quotidienne, notamment sur My Star, donne également une autre couleur à l’écriture du groupe. Musicalement, le contraste avec Deceiver, paru en 2019, est frappant. DIIV ne cherche plus systématiquement à faire disparaître ses chansons derrière l’épaisseur des guitares. Après les mélodies flottantes d’Oshin, la tension de Deceiver et l’obscurité de Frog in Boiling Water, ZIRP! introduit une écriture plus frontale. Cette orientation accompagnera la prochaine tournée du groupe. Reste cette étrange sensation : DIIV chante désormais plus clairement un monde qui paraît de moins en moins compréhensible.
DIIV : ZIRP! (Fantasy records) – Sorti le 30 octobre 2026
Sources
NME – DIIV – ‘ZIRP!’ review: pop meets politics on their most adventurous record yet – 2026
Pitchfork – DIIV: ZIRP! Album Review – 2026
The Line of Best Fit – DIIV confront social turmoil with more simplicity on ZIRP! – 2026
Under the Radar – ZIRP! – 2026
Slant Magazine – DIIV ‘Zirp!’ Review: Distortion Without Dimension – 2026
Exclaim! – DIIV’s Corporate Merger with A. G. Cook Stimulates Bullish Growth on ‘ZIRP! – 2026
Northern Transmissions – Zirp! – 2026
Concord Records – DIIV Officially Announces New Album ZIRP! – 2026
Pitchfork – Diiv Detail A. G. Cook-Produced Album ZIRP!, Line Up Tour Dates – 2026
Stereogum – DIIV – “Dare Me” – 2026














