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The Cure : ce que raconte Pictures of You

« Pictures of You » de The Cure paraît sur Disintegration, le 2 mai 1989, avant sa sortie en single le 19 mars 1990. Robert Smith y fixe une personne aimée dans des photographies jusqu’à confondre l’image et la présence. La chanson ne formule pourtant aucune déclaration rassurante : elle parle de mots manqués, de mémoire et d’un cœur déjà hors d’atteinte. Deux récits d’origine, l’incendie et un essai probablement fictif, ajoutent encore du trouble à ces images.

« Pictures of You » de The Cure : regarder jusqu’à perdre le réel

« Pictures of You » de The Cure ouvre presque Disintegration, album publié en 1989, et installe aussitôt son sujet : une présence remplacée par ses photographies. Robert Smith les regarde assez longtemps pour presque les croire réelles. Aucun décor précis n’est posé. Tout tient dans le geste de regarder, puis dans ce que ce regard réveille. La pluie, un baiser, une course nocturne et le froid remontent par éclats. Ces scènes ont la netteté brutale des souvenirs souvent repassés. Pourtant, le présent reste vide. La photographie n’ouvre pas un passage vers l’autre ; elle confirme seulement sa disparition.

On appelle souvent le morceau une chanson d’amour. C’est juste, à condition de retirer à l’expression son petit ruban cadeau. Smith ne promet rien. Il ne demande pas que l’autre revienne. Il répète qu’il aurait fallu trouver les bons mots pour retenir son cœur. Le conditionnel devient ainsi le véritable moteur du texte. La personne aimée existe moins comme un être présent que comme une possibilité perdue. L’amour demeure, mais sous forme de preuve inutilisable.

L’incendie, les photographies et le faux auteur

Un premier récit rattache la chanson à un incendie. Robert Smith a raconté qu’un radiateur défectueux avait brûlé une grande partie de ses affaires. En fouillant les débris, il a dit avoir retrouvé son portefeuille. Deux des premières photographies de lui et Mary Poole se trouvaient encore à l’intérieur. Les bords étaient noircis, mais les images avaient résisté. Smith a dit avoir éprouvé du soulagement en les retrouvant. L’épisode explique pourquoi le feu est devenu la genèse la plus souvent reprise. Il n’offre toutefois pas le mode d’emploi définitif de la chanson.

Un autre récit apparaît dans le livret de la compilation Galore, publiée en 1997. Smith y affirme que le morceau s’inspire librement d’un essai intitulé The Dark Power of Ritual Pictures. Après cette lecture, il aurait détruit ses photographies personnelles et presque tous ses films familiaux pour effacer son passé. Le regret serait arrivé quelques jours plus tard. Problème : aucune trace vérifiable de ce texte ou de son autrice n’est établie. « Myra Poleo », le nom avancé, est l’anagramme exacte de Mary Poole. Les deux versions ne s’excluent pas entièrement, mais la seconde porte assez nettement la marque d’un jeu. Robert Smith laisse donc deux portes ouvertes, puis garde la clé.

Ce que Disintegration laisse durer

La version album de « Pictures of You » dure 7 minutes et 24 secondes. Robert Smith attend près de deux minutes avant de chanter. Ce délai compte : la batterie, la basse, les claviers et les guitares installent d’abord le souvenir. Boris Williams maintient un mouvement régulier, tandis que la basse de Simon Gallup pousse la chanson en avant. Les claviers de Roger O’Donnell élargissent l’espace. Les guitares superposées tracent des lignes qui reviennent sans se refermer. Robert Smith signe les paroles ; la composition est créditée aux six membres présents sur Disintegration. La musique avance davantage que le texte, ce qui évite au chagrin de s’asseoir trop confortablement.

Placée juste après « Plainsong », la chanson prolonge l’entrée brumeuse de Disintegration sans en répéter l’immobilité. Elle devient le quatrième et dernier single de l’album le 19 mars 1990. Pour le 45-tours, ses 7 minutes et 24 secondes sont ramenées à 4 minutes et 46 secondes. La radio gagne du temps ; le souvenir, lui, perd quelques couloirs. Le morceau conserve pourtant les obsessions centrales de l’album : la perte, le temps et ce qui se défait sans bruit. Il ne propose ni rupture nette ni guérison. Ses derniers mouvements reviennent aux photographies qui restent quand les mots ont échoué. Sa persistance tient à cette contradiction simple : l’image demeure, mais elle ne rend personne.


The Cure : Disintegration (Fiction records) – Sorti le 2 mai 1989

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