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Celine à la Paris Fashion Week : Michael Rider préfère les vêtements aux effets

Mannequin du défilé Celine à Paris en robe noire texturée, collants noirs et grand sac bordeaux.

Celine a présenté sa collection été 2027 le 3 octobre 2026 à Paris, pendant la Paris Fashion Week. Michael Rider a installé son défilé dans le jardin des Archives nationales, sous une vaste structure au toit de chaume. Soixante et onze silhouettes y composent moins un récit qu’un vestiaire : robes noires, tailoring, satin froissé, cuir, pantalons amples, couleurs franches et accessoires volontairement décalés. Après un peu plus d’un an à la direction artistique de Celine, Rider précise surtout sa méthode. La maison reste rigoureuse, mais ses vêtements commencent à vivre moins sagement.

Défilé Celine Paris Fashion Week : sous le chaume, pas de grand spectacle

Le décor commence par un déplacement assez simple. Celine ne construit pas cette fois une salle noire, un club ou un espace frontal destiné à dramatiser chaque passage. Le défilé se tient aux Archives nationales, dans le Marais, au milieu d’un jardin vert, sous une imposante toiture de chaume bordée de murs blancs. Vogue décrit une sorte de palapa Celine ; W Magazine insiste plutôt sur le calme et l’ouverture du lieu. La structure évoque vaguement un abri d’été, mais sans produire la carte postale balnéaire attendue. Cette architecture provisoire met les spectateurs au plus près des mannequins et laisse entrer la lumière du jour. La collection n’a donc pas besoin d’être extraite de la réalité pour être regardée. C’est déjà une indication sur ce que Michael Rider cherche à faire de Celine : remettre le vêtement dans un espace où il peut paraître utilisable.

Avant les vêtements, une voix donne pourtant au dispositif une profondeur moins anodine. Le show s’ouvre sur Dorian Corey dans Paris Is Burning, le documentaire de Jennie Livingston sorti en 1990. Corey y parle de désir de reconnaissance, d’ambition et de la trace que chacun espère laisser derrière lui. Rider reprend également cette parole sur un badge déposé sur les sièges des invités. Le geste pourrait passer pour un manifeste, mais il fonctionne plutôt comme une manière de réduire la pression entourant le défilé de luxe. Pas de déclaration héroïque sur la révolution du vêtement. Pas davantage de théorie plaquée sur une collection qui n’en réclame pas. Rider préfère l’idée du risque personnel, du vêtement choisi parce qu’il semble juste à cet instant. Dans une Fashion Week où chaque maison doit produire son événement, Celine travaille au contraire sur une forme de dégonflement volontaire du spectacle.

Trois silhouettes du défilé Celine à la Paris Fashion Week, entre robe noire, manteau brodé et ensemble bleu nuit.
Trois looks du défilé Celine printemps-été 2027 présenté pendant la Paris Fashion Week.

Le vêtement réel, mais légèrement déplacé

La première silhouette pourrait presque résumer le piège. Une robe noire mi-longue, décolleté en V, taille légèrement marquée, escarpins pointus : rien qui réclame immédiatement une explication. Pourtant, les proportions empêchent le vêtement de devenir simplement classique. C’est le principe qui organise une bonne partie des 71 passages. Le tailoring noir et bleu nuit reste précis, mais les pantalons peuvent devenir amples, se resserrer à la cheville ou prendre le volume des modèles ballon déjà apparus chez Celine. Des manteaux très construits sont serrés par des ceintures étonnamment fines. Un pantalon peut sembler coincé dans une chaussette ; une veste parfaitement coupée accompagne une chaussure marquée ou un accessoire qui dérange légèrement l’équilibre. Le vêtement reste identifiable, mais la manière de le porter évite qu’il soit complètement discipliné.

Les matières rendent ce décalage plus visible. Le satin est tantôt net, tantôt froissé ; le cuir devient manteau ou cape sans col ; le plissé argenté s’allonge sur un pantalon ; les mailles fines et les épaules dégagées introduisent une fragilité que le tailoring contient sans l’écraser. W Magazine relève notamment un ensemble rouge tomate presque sculptural, une longue robe imprimée et une robe courte entièrement travaillée de perles. Ailleurs, des chemises de satin pour homme apportent une souplesse presque domestique au vestiaire. Les couleurs passent du noir, du crème, du blanc et des tons de paille à des rouges, roses et verts beaucoup plus directs. Cette variété pourrait produire un catalogue incohérent. Rider l’utilise plutôt pour éviter qu’une silhouette unique ne devienne la nouvelle femme Celine officielle. Chaque look conserve suffisamment d’autonomie pour pouvoir être séparé du podium et recomposé ailleurs.

Trois silhouettes Celine printemps-été 2027 en blanc, satin ivoire et beige lors du défilé à Paris.
Trois looks aux tons clairs du défilé Celine printemps-été 2027 présenté à la Paris Fashion Week.

Michael Rider desserre Celine sans la déconstruire

Il ne semble pas vouloir remplacer un uniforme Celine par un autre. L’histoire récente de la maison rend d’ailleurs l’exercice délicat : les périodes Phoebe Philo et Hedi Slimane restent des références particulièrement identifiables, et Rider n’essaie pas vraiment de les effacer. On retrouve ici une conception pragmatique du vêtement, un goût de la coupe nette, une certaine sécheresse parisienne et, par endroits, une facilité empruntée au sportswear américain. Mais ces références cessent progressivement d’apparaître comme des citations séparées. Une grande veste, un pantalon fluide, une robe noire et un sac disproportionné peuvent désormais appartenir au même vocabulaire. Le travail se fait moins sur l’invention d’une forme radicalement nouvelle que sur les rapports de taille, de matière et d’usage entre des formes déjà connues. Celine devient ainsi moins facile à résumer, ce qui est peut-être précisément le projet.

Cette absence de résumé fait cependant apparaître une limite. Vogue voit dans les 71 silhouettes une série de propositions suffisamment fortes pour exister individuellement et considère Rider comme déjà très influent sur la manière de s’habiller. Savoir Flair formule une réserve plus intéressante : les pièces composent une liste d’envies convaincante, mais le personnage qui les achète reste plus difficile à définir. Les deux lectures ne sont pas réellement contradictoires. Elles désignent le même choix depuis deux endroits différents. Rider construit une maison où l’identité ne dépend plus d’une silhouette immédiatement reconnaissable, mais d’une façon d’associer les objets. C’est plus souple et probablement plus proche de la manière dont les gens s’habillent réellement. C’est aussi plus risqué pour une marque de luxe, parce qu’une veste excellente est parfois moins immédiatement identifiable qu’un uniforme visuel.

Trois silhouettes Celine printemps-été 2027 en noir et blanc, avec robe graphique, robe plissée et ensemble noir.
Trois silhouettes du défilé Celine printemps-été 2027, entre motifs graphiques, plissés blancs et volumes noirs.

Une élégance organisée pour avoir l’air accidentelle

Les accessoires deviennent alors essentiels. De très fines ceintures croisent des volumes importants, des bracelets argentés prennent une taille presque excessive, de petits sacs se glissent au creux du bras tandis que d’autres modèles deviennent massifs. Des lunettes transparentes colorées côtoient des escarpins effilés, des chaussures souples en daim et des baskets volontairement moins impeccables. Les sacs ne sont pas toujours portés comme des objets précieux : ils sont coincés sous un bras ou saisis par une lanière. Les vestes sont parfois transportées plutôt que portées. Vogue note cette impression de personnages légèrement pressés, comme s’ils avaient quitté leur appartement sans corriger leur tenue une dernière fois. C’est évidemment très construit. Toute la subtilité du show tient précisément dans cette fabrication minutieuse de la spontanéité.

Rider parle de « vrais vêtements » portés spontanément, mais le terme ne signifie pas ici vêtements ordinaires. Il s’agit plutôt de luxe débarrassé de l’obligation de paraître intouchable. Le costume blanc final, avec son pantalon fluide à taille haute et ses bottines lacées en satin, reste parfaitement spectaculaire ; il refuse simplement d’en faire tout un théâtre. L’avenir proposé par cette collection n’est donc ni technologique ni particulièrement futuriste. Il tient dans une autre hypothèse : le vêtement de luxe peut conserver sa précision tout en acceptant la mauvaise association, le pli, le geste rapide et la personnalité de celui qui le porte. C’est une politique assez différente de celle qui consiste à imposer chaque saison une nouvelle silhouette dominante. Celine vend toujours du contrôle, mais Rider commence à organiser les conditions de son relâchement. La collection été 2027 trouve là sa tension la plus juste : être assez précise pour rester Celine et assez ouverte pour ne pas ressembler à un uniforme Celine.

Trois silhouettes Celine printemps-été 2027, avec ensemble rose vif, robe noire et tenue bleu nuit.
Trois looks du défilé Celine printemps-été 2027, entre rose vif, noir texturé et bleu nuit.

Sources

  • Vogue Runway — Celine Spring 2027 Ready-to-Wear Fashion Show — 3 octobre 2026.
  • W Magazine — Celine Spring 2027 Finds Joy in Clothes that Don’t Try Too Hard — 3 octobre 2026.
  • Savoir Flair — Michael Rider Gives Celine Plenty to Wear, But Its Identity Remains a Work in Progress — 3 octobre 2026.
  • The Impression — Celine Spring 2027 Fashion Show Review: Risk, Worn Lightly — octobre 2026.
  • Celine — Été 2027 Show — 3 octobre 2026. La page officielle confirme notamment la date, l’horaire parisien et l’utilisation de Dorian Corey dans Paris Is Burning.

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