Fondée à Paris en 1945 par Céline Vipiana et son mari Richard, Celine commence par fabriquer des chaussures sur mesure pour enfants. La marque française élargit ensuite son territoire au prêt-à-porter féminin, à la maroquinerie et aux accessoires, avec une idée simple : le luxe doit aussi servir à marcher, travailler et vivre. Phoebe Philo puis Hedi Slimane ont transformé ce principe en deux visions presque opposées de la mode. Depuis 2025, Michael Rider doit réunir ces héritages sans réduire Celine à un catalogue de souvenirs bien coupés.
L’histoire de la marque Celine commence par une chaussure
En 1945, Céline et Richard Vipiana ouvrent à Paris une boutique consacrée aux chaussures sur mesure pour enfants. La guerre vient de finir et le projet reste modeste dans sa forme. Il faut mesurer les pieds, choisir le cuir et construire une chaussure capable de supporter la journée. Le geste fondateur de Celine tient déjà dans cette attention portée à l’usage. Il ne s’agit pas encore de produire une silhouette spectaculaire. Il s’agit de fabriquer un objet précis pour un enfant qui bouge. La chaussure donne ainsi à la marque une culture de la proportion, du confort et du détail. Ce pragmatisme survivra aux changements de direction, même lorsqu’il sera recouvert de cuir verni, de musique rock ou de grands discours sur Paris.
Dans les années 1960, Celine quitte progressivement le seul territoire de l’enfance. La maison développe des chaussures pour femmes, des accessoires, de la maroquinerie et un prêt-à-porter pensé pour la vie quotidienne. Le trench, le chemisier, la jupe et le pantalon prennent davantage de place. Les vêtements restent bourgeois, mais ils évitent le cérémonial pesant de la couture. Le cuir devient un élément central, du mocassin au sac en passant par la ceinture. En 1972, le motif Triomphe reprend la forme des maillons entourant l’Arc de Triomphe à Paris. Les deux « C » entrelacés transforment un élément du mobilier urbain en fermoir, en boucle et en toile imprimée. Celine dispose alors d’un langage identifiable sans avoir besoin de couvrir chaque surface de son nom, délicatesse qui connaîtra quelques éclipses.

De Céline Vipiana à Phoebe Philo, un luxe fait pour vivre
Celine rejoint LVMH en 1996 et change de dimension. Michael Kors prend la direction artistique du prêt-à-porter féminin en 1997. Il introduit un vestiaire plus solaire, plus américain et ouvertement jet-set. Les lignes sont simples, mais les manteaux de fourrure, les robes près du corps et les accessoires installent une aisance très visible. Après son départ, Roberto Menichetti puis Ivana Omazic occupent plus brièvement la direction artistique. Ces passages entretiennent la marque sans lui donner une identité aussi forte que celle de sa fondatrice. En 2008, LVMH nomme Phoebe Philo à la tête de Celine. Sa première collection, présentée pour le printemps-été 2010, déplace aussitôt le centre de gravité de la maison.
Phoebe Philo ne traite pas le minimalisme comme une pièce vide. Elle ajoute du volume, du poids et parfois une étrangeté sèche à des vêtements très lisibles. Le manteau tombe loin du corps, le pantalon s’élargit et la chemise blanche cesse de jouer les secrétaires dociles. Les couleurs neutres rencontrent un bleu franc, un rouge sombre, un imprimé graphique ou une fourrure volontairement excessive. Les sacs Luggage, Cabas et Trio deviennent des objets de reconnaissance presque immédiate. Le vêtement s’adresse à des femmes qui travaillent, conduisent, portent un ordinateur et n’ont pas toujours envie de souffrir pour honorer une photographie. Cette période acquiert après le départ de Phoebe Philo une valeur affective telle que l’expression « Old Céline » s’installe sur les réseaux sociaux et le marché de seconde main. Le succès crée cependant son propre piège : Celine se retrouve résumé à un minimalisme confortable qui fut, dans les faits, beaucoup moins sage.

Celine aujourd’hui, l’héritage sans le mode d’emploi
Hedi Slimane arrive chez Celine en 2018 et commence par retirer l’accent du nom. Le geste typographique annonce une rupture plus large. Sa première collection remplace les volumes de Phoebe Philo par des vestes étroites, des robes courtes, des jambes fines et beaucoup de noir. Le vestiaire masculin, la haute parfumerie puis le maquillage étendent le territoire commercial de la maison. Hedi Slimane contrôle aussi l’image, photographie les campagnes et préfère souvent les films aux défilés traditionnels. Le fermoir Triomphe revient au premier plan sur les sacs, pendant que les jeans, les blousons et les lunettes épaisses construisent une bourgeoisie adolescente nourrie de rock. Selon les estimations publiées par la presse spécialisée, les ventes passent d’environ un milliard d’euros en 2018 à 2,6 milliards en 2023. Celine gagne en puissance, mais son image se resserre autour d’un uniforme si cohérent qu’il finit parfois par donner l’impression que tout Paris mesure la même taille.
Nommé en octobre 2024 et entré en fonction au début de 2025, Michael Rider succède à Hedi Slimane. Il connaît déjà Celine puisqu’il a dirigé le prêt-à-porter sous Phoebe Philo avant de rejoindre Polo Ralph Lauren. Son premier défilé, présenté le 6 juillet 2025 rue Vivienne à Paris, refuse pourtant le retour pur et simple au Celine des années 2010. Les pantalons amples croisent des vestes ajustées, des jeans droits, des foulards de soie, des mocassins et des bijoux accumulés. Pour l’automne-hiver 2026-2027, présenté à l’Institut de France le 7 mars 2026, les épaules se précisent, les tailles se resserrent et un long trench de cuir violet dérange la politesse du noir. Michael Rider travaille l’histoire comme un vestiaire ouvert où Céline Vipiana, Phoebe Philo et Hedi Slimane peuvent laisser une trace sans reprendre entièrement la pièce. Toujours propriété de LVMH et dirigée par Séverine Merle, Celine doit préserver la croissance acquise sous Hedi Slimane tout en rendant ses vêtements moins prisonniers d’une seule image. La maison retrouve ainsi plusieurs voix, mais plus son histoire s’épaissit, moins elle peut bouger sans réveiller l’un de ses fantômes.

CELINE – Site officiel
Sources
- Vogue – Celine News, Collections, Fashion Shows, Fashion Week Reviews, and More – date non disponible
- Le Monde – De Céline à Celine, quatre-vingts ans de création – 2025
- Vogue – Phoebe Philo Is Leaving Céline – 2017
- Vogue Business – Hedi Slimane exits Celine – 2024
- British Vogue – Michael Rider Is The New Creative Director At Celine – 2024
- Vogue Business – Celine’s Michael Rider Goes for Continuity, With a Twist – 2025
- Associated Press – Celine’s Rider finds his thread in Paris with flower power and foulards – 2025
- Le Monde – Paris Fashion Week: At Celine and Chanel, bourgeois style takes a new direction – 2026




















