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Blue Morpho, le disque le plus Radiohead d’Ed O’Brien ?

Ed O’Brien publie Blue Morpho le 22 mai 2026 chez Transgressive Records. Le guitariste de Radiohead signe son deuxième album solo après Earth, paru en 2020 sous le nom EOB. Cette fois, il avance sous son vrai nom, avec un disque plus sombre, plus resserré, travaillé entre psych-folk, trip-hop, cordes et guitares en suspension. Nous pouvons y voit moins une échappée hors de Radiohead qu’un disque où Ed O’Brien assume enfin ce qu’il a longtemps fait dans l’ombre : fabriquer de l’espace salutaire dans le groupe, parfois de la tension, et souvent une lumière froide.

L’avis de la presse musique sur Blue Morpho : Radiohead en creux, Ed O’Brien au centre

La presse musicale accueille Blue Morpho comme un disque plus fort que Earth. Pas une révolution, donc. Plutôt un recentrage. A.V. Club donne un B+ à l’album et parle d’un disque hanté, mieux dirigé, où Ed O’Brien assemble des arrangements proches de ce qu’il a souvent apporté à Radiohead : contrechants, textures, nappes, guitares qui ne veulent plus vraiment sonner comme des guitares. Le média insiste sur un point important : O’Brien paraît plus à l’aise quand il travaille l’espace que lorsqu’il cherche à s’imposer comme chanteur frontal. Pas exactement un détail. C’est presque le sujet du disque. Chez lui, la présence passe par les effets, les cordes, les frottements, les lentes montées.

The Irish Times pousse la lecture plus loin. Pour le journal irlandais, Blue Morpho pourrait être “the most Radiohead side project” issu de la maison-mère. Le projet solo le plus Radiohead sorti de la maison-mère. La formule est un peu encombrante pour Ed O’Brien, mais elle vise juste. Les cordes, les guitares qui carillonnent, les voix enfouies, le goût de l’inquiétude : tout renvoie à une mémoire Radiohead très assumée.

XS Noize lit davantage Blue Morpho comme un album de guérison. Le site rappelle le contraste avec Earth, disque plus lumineux, marqué par le Brésil, et présente Blue Morpho comme une œuvre plus sombre, née d’une période de dépression au début de la pandémie. Le média décrit un mélange de folk psychédélique, de textures trip-hop et de guitares rayonnantes. Le mot “healing” flotte autour de l’album, comme souvent dès qu’un disque parle de crise et de nature. Il faut s’en méfier un peu. Il reste trouble, parfois lourd, souvent beau.

Un disque post-confinement, mais sans grand discours réparateur

Le contexte de fabrication de Blue Morpho pèse sur toutes les critiques. Pitchfork rapporte que le disque est né après une période difficile, liée notamment à une profonde dépression à la fin de 2020. The Line of Best Fit précise qu’Ed O’Brien a passé plusieurs années à jouer de la guitare dans son studio londonien, puis à faire évoluer ces idées entre le pays de Galles et Londres. L’album est produit par Paul Epworth, avec Riley MacIntyre à l’ingénierie, des cordes arrangées par Tõnu Kõrvits et jouées par le Tallinn Chamber Orchestra. Shabaka Hutchings intervient à la flûte. Ben Baptie signe le mixage. Flood est crédité pour une aide au séquençage. C’est beaucoup de monde pour un disque qui donne souvent l’impression d’un homme seul face à un mur.

Une phrase revient dans les communiqués de presse : Ed O’Brien cite Wendell Berry, “To know the dark, go dark”. Pour connaître l’obscurité, va dans l’obscurité. Elle pourrait vite sonner comme une devise de carnet en cuir. Dans Blue Morpho, elle fonctionne pourtant parce que le disque ne prétend pas illuminer tout de suite la pièce. “Incantations” avance sur une guitare acoustique fragile, puis s’épaissit. “Teachers” déplace la tension vers un terrain plus anguleux, entre groove, trip-hop et malaise adulte. “Thin Places” et “Solfeggio” agissent comme des seuils. “Obrigado” étire presque dix minutes de prière cosmique, de claviers et de guitare finale. On a connu des sorties de crise plus concises. Mais celle-ci prend son temps, ce qui est aussi une manière de ne pas tricher.

La presse insiste aussi sur le passage d’EOB à Ed O’Brien. Pitchfork présente Blue Morpho comme son premier album sur Transgressive et aussi son premier projet solo sous son nom complet après Earth. Ce changement paraît mince sur le papier. Il ne l’est pas tout à fait. EOB sonnait comme des initiales posées devant soi, une protection légère, un paravent poli. Ed O’Brien, c’est plus simple. Plus exposé. Le disque reste pourtant pudique. La voix n’écrase pas les morceaux. Elle traverse, elle insiste peu, elle accepte parfois d’être prise dans la matière. Pour un album censé sortir de l’ombre, il garde une vraie fidélité aux pénombres.

Blue Morpho dans la discographie d’Ed O’Brien : moins d’évasion, plus de gravité

Dans la discographie d’Ed O’Brien, Blue Morpho ressemble à un disque de reconnexion. Earth, sorti en 2020, cherchait l’élan, la couleur, la sortie large. La presse rappelle souvent son lien avec le Brésil et son énergie plus ouverte. Blue Morpho choisit une autre direction. Moins de soleil. Moins de paysages. Plus de bois sombre, de cordes, de guitares qui s’infiltre comme une lumière sous une porte. A.V. Club parle d’un “do-over”, une sorte de reprise réussie après un premier essai riche mais moins naturel. La formule est sévère. Ed O’Brien ne recommence pas à zéro. Il enlève ce qui encombrait.

La comparaison avec Radiohead reste impossible à éviter. Elle peut même devenir paresseuse. Pourtant, ici, elle aide à comprendre la place d’O’Brien. Dans Radiohead, il a souvent été celui qui épaissit (ou éclaircie…) l’air autour des chansons, celui dont le geste se repère parfois moins au premier plan qu’à la température du morceau. Blue Morpho prolonge cette fonction, mais la place au centre. Les critiques ne disent pas vraiment qu’il échappe à Radiohead. Elles disent plutôt qu’il assume mieux sa manière d’y avoir existé.

L’actualité de Blue Morpho tient donc à cette tension. Ed O’Brien publie un deuxième album solo au moment où chaque projets venant de Radiohead, de The Smile à des projets parallèles du groupe reste observé comme un bulletin météo. Le disque arrive avec un film court, Blue Morpho: The Three Act Play, annoncé en même temps que l’album. Il arrive aussi avec une promesse de scène, encore à traduire en concert. Mais son vrai enjeu est moins là.


Ed O’Brien : Blue Morpho (Transgressive) – Sorti le 22 mai 2026

Sources :

  • A.V. Club – Ed O’Brien finds direction on the haunting Blue Morpho – 2026
  • The Irish Times – Ed O’Brien: Blue Morpho review – Like a sobbing friend you’d spend all night in the pub with – 2026
  • XS Noize – ALBUM REVIEW: Ed O’Brien – Blue Morpho – 2026
  • Pitchfork – Ed O’Brien Announces New Solo Album Blue Morpho – 2026
  • The Line of Best Fit – Ed O’Brien announces second solo album, Blue Morpho – 2026
  • XS Noize – Ed O’Brien announces new album Blue Morpho out 22 May 2026, and shares title track – 2026

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