Pierre de Maere, né à Bruxelles en 2001, s’est imposé dans la pop francophone avec “Un jour je marierai un ange”, puis avec Regarde-moi et une Victoire de la musique en 2023. Mais chez lui, la chanson n’arrive jamais seule. Elle avance avec un cadre, une allure, une manière de se montrer, de tenir un regard, de porter un vêtement comme on pose une note. En 2024 avec Dua Lipa, puis en 2026 avec “Je pense à vous”, son portrait s’éclaire moins comme celui d’un simple chanteur que comme celui d’un garçon belge qui a compris très tôt que l’image fait aussi partie du refrain.
La Belgique, les chambres calmes et le goût du cadre
Pierre de Maere naît à Bruxelles avant de grandir en partie dans la campagne wallonne, après le départ de sa famille hors de la ville. Le décor compte parce qu’il dit déjà beaucoup de sa pop. Il y a d’un côté Bruxelles, son énergie, ses lignes plus nerveuses, sa culture du passage. De l’autre, la campagne, l’ennui, les pièces trop calmes, les journées qui s’étirent et qu’il faut bien remplir avec autre chose. Dans ce genre de paysage, certains se taisent. Lui commence à fabriquer. Très tôt, il bricole sur GarageBand, touche à la batterie, regarde les images autant qu’il écoute les morceaux. On sent vite qu’il ne veut pas seulement chanter. Il veut composer une apparition.
Cette affaire d’apparition ne relève pas du détail décoratif. Avant même d’être identifié comme chanteur, Pierre de Maere s’intéresse à la photographie, au cadre, à la lumière, à la façon dont un visage change selon l’angle choisi. Cela explique beaucoup de choses dans sa manière d’exister publiquement. Chez lui, un vêtement n’habille pas après coup. Il participe au personnage, à la distance, à la tension. Il y a quelque chose du dandy dans cette mécanique, mais un dandy belge, donc moins théorique, moins amidonné, plus joueur aussi. Pas le dandy de musée. Plutôt un garçon qui sait qu’une chemise, un manteau, un col, une coupe, peuvent déjà raconter la chanson avant qu’elle commence.
Pierre de Maere, ou l’art d’entrer en scène avant le refrain
Quand “Un jour je marierai un ange” arrive, le morceau frappe évidemment par sa mélodie et par cette voix haut placée, presque suspendue. Mais il frappe aussi parce qu’il vient déjà avec une image nette. Pierre de Maere n’apparaît pas comme un garçon qu’on aurait tiré du quotidien pour le mettre en studio. Il arrive composé. Non pas artificiel. Composé. Il y a dans sa présence une forme de précision qui tranche avec la pop française souvent trop soucieuse d’avoir l’air simple. Lui préfère le tracé visible. Le maquillage du personnage reste discret, mais le dessin est là, et il tient.
C’est aussi pour cela que sa pop ne se dissout pas dans la seule confession. Beaucoup de jeunes chanteurs sont sommés d’être bruts, nus, spontanés, comme si tout le monde devait prouver son authenticité par le relâchement. Pierre de Maere prend un autre chemin. Il construit. Il cadre. Il choisit. Il laisse l’affect passer, mais à travers une matière déjà travaillée. Regarde-moi prolonge ce geste avec des chansons qui avancent comme des petites scènes, avec des amours un peu dramatiques, des personnages, des élans plus romanesques que strictement documentaires. On n’est pas dans le carnet ouvert. On est dans une chambre avec miroir, rideaux tirés juste ce qu’il faut, veste bien choisie sur le dossier d’une chaise, et une chanson qui sait très bien sous quelle lumière elle veut être entendue.
Le vêtement, le panache, puis la fatigue du métier
Le plus intéressant chez Pierre de Maere, c’est peut-être sa manière d’assumer le panache sans tomber dans la pose vide. Dans la pop francophone récente, beaucoup jouent la neutralité, le flou, le vêtement passe-partout censé rassurer sur la sincérité du produit. Lui fait l’inverse. Il choisit des tenues qui accrochent l’œil, travaille son allure, accepte l’idée d’être regardé. Ce n’est pas de la coquetterie hors-sol. C’est une manière de tenir sa place. Un artiste pop, après tout, n’est pas seulement une voix dans un fichier audio. C’est aussi une surface publique, un corps mis en circulation, un visage qu’on recadre sans fin. Pierre de Maere l’a compris plus vite que d’autres. Et il en fait quelque chose de plus fin qu’un simple habillage.
Cette attention portée à l’image a pourtant un revers. Quand le succès accélère, l’image se fige vite, et le personnage risque de manger le chanteur. Après “Un jour je marierai un ange”, après Regarde-moi, après les prix et les tournées, la question devient presque brutale dans sa simplicité : comment ne pas rester prisonnier d’une première apparition réussie. C’est là que le dandy devient un travailleur. Derrière les tissus, les coupes et les regards, il y a les concerts, les kilomètres, la répétition, la fatigue, le doute très concret d’être réduit à un seul titre ou à une seule allure. La mode peut donner de l’élan. Elle ne protège pas du temps. Elle ne protège pas non plus de la suite, qui demande toujours plus qu’une belle entrée.
Revenir avec du style, mais pas seulement
Le duo avec Dua Lipa sur “These Walls” en 2024 éclaire bien cette tension. Sur le papier, la rencontre pourrait écraser un jeune chanteur francophone encore en construction. Dans les faits, Pierre de Maere ne s’y dissout pas. Il apporte son phrasé, sa diction, son goût pour la ligne un peu théâtrale, et surtout cette manière de faire exister le français comme une matière plus coupante, plus dessinée. Là encore, le vêtement au sens large compte. Pas seulement ce qu’il porte, mais ce qu’il donne à porter à la chanson elle-même. Il habille le morceau autrement. Il y met de l’allure. Pas de surcharge. De l’allure.
Puis vient “Je pense à vous” en 2026, avec l’idée d’un retour plus personnel, plus frontal dans la relation au public. Il faudra voir ce que le prochain album fera de cette promesse. Mais une chose apparaît déjà assez clairement. Pierre de Maere n’est pas seulement un chanteur belge à succès, ni seulement une figure bien habillée de la pop francophone. Il travaille un point de rencontre plus rare entre la chanson, l’image et le vêtement. Chez lui, un refrain se regarde presque autant qu’il s’écoute. Et c’est peut-être là, dans cette manière très belge de mêler l’élégance, le léger décalage et la fabrication minutieuse de soi, que son portrait devient le plus juste.
Pierre de Maere : Je pense à vous (Cinq 7 / Wagram Music) – Sortie le 15 avril 2026
Sources
- Le Monde – Pierre de Maere, nouvelle figure du vivier de la pop urbaine belge – 2023
- France Télévisions – Victoires de la Musique 2023 : les révélations se révèlent – 2023
- Le Bonbon – [Portrait] L’ascension fulgurante de Pierre de Maere – 2023
- ACP Concerts – Pierre de Maere – 2023
- Larsen – Pierre de Maere | Regarde-Moi – 2023
- Numéro – Rencontre avec Pierre de Maere, la nouvelle sensation de la chanson francophone
- Numéro – Pierre de Maere : interview du chanteur – 2024
- Lessentiart – INTERVIEW. Pierre de Maere : « Le costume avant le lit. C’est tout moi » – 2023
- RFI – L’année Pierre de Maere – 2023
- Aficia – Pierre de Maere en interview ‘sans filtre’ : “Oui, j’ai peur d’être l’homme que d’un succès !” – 2023
- Le Mensuel – Pierre de Maere en interview pour son album et sa tournée de concerts – 2024
- Apple Music – These Walls (feat. Pierre de Maere) – Single – 2024
- NRJ – Pierre de Maere en duo avec Dua Lipa : il dévoile les coulisses de cette collaboration formidable – 2024
- Spotify – Je pense à vous – 2026
- NRJ – Pierre de Maere dévoile le single « Je pense à vous », une lettre d’amour au public – 2026






