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Matières Fécales, une autre idée du beau

Logo Matières Fécales gravé sur une surface dorée, entouré de plumes noires et de roses rose pâle.

Née du travail commun de Hannah Rose Dalton et Steven Raj Bhaskaran à Montréal, Matières Fécales est devenue une maison parisienne en 2025. Ses épaules rigides, ses étoffes déchirées et ses visages transformés déplacent les critères habituels de beauté sur le podium. La marque défile à Paris ce 28 septembre 2026, à 19 h, pour la paris Fashion Week printemps-été 2027. Reste une question : que devient ce langage une fois accueilli par le luxe ?

Matières Fécales : tailler une place à l’étrange

Ce 28 septembre, Matières Fécales figure au calendrier officiel de la Fashion Week de Paris, avec un défilé annoncé à 19 h. Hannah Rose Dalton et Steven Raj Bhaskaran en assurent toujours la direction artistique. Leur histoire commence loin des salons parisiens, dans une école de patronage à Montréal, où ils se rencontrent en 2014. Leur projet commun devient une marque en 2015. Au départ, ils travaillent avec les moyens disponibles : des pièces récupérées, des vestes déconstruites, des vêtements fabriqués en petites quantités. Ils vendent notamment leurs créations sur Depop. Le nom, volontairement peu aimable, vient de leur regard critique sur les pratiques de l’industrie de la mode. Il annonce aussi leur méthode : prendre ce que la mode préfère cacher et le placer au premier plan.

Cette méthode ne tient pas seulement au maquillage. Sur les vêtements, elle passe par une épaule qui s’élargit, une couture apparente, un bord effiloché ou une étoffe qui semble se défaire. Le premier défilé parisien, en mars 2025, montre des tailleurs noirs aux épaules fortes, des mailles abîmées et des robes ouvertes de longues entailles. La coupe reste précise. C’est ce qui rend l’effet plus troublant : la déchirure semble voulue jusque dans son dernier fil. Les chaussures à plateformes réalisées avec Christian Louboutin prolongent cette silhouette loin du sol. Matières Fécales fait ainsi cohabiter la tenue de cérémonie et le vêtement blessé. Le résultat attire l’œil avant de lui demander pourquoi il s’est arrêté.

Hannah Rose Dalton et Steven Raj Bhaskaran maquillage noir graphique posent en noir et blanc, en tenue de tulle, l’autre en costume
Matières fécales : Hannah Rose Dalton et Steven Raj Bhaskaran – @Matières fécales

Une silhouette reconnue, une place moins simple

Dalton et Bhaskaran ont d’abord rendu leur propre apparence indissociable de leur travail. Crânes rasés, maquillage marqué et transformations du visage circulaient déjà bien avant leur entrée au calendrier parisien. Ils ont travaillé avec Rick Owens et Michèle Lamy, puis bénéficié de l’accompagnement de Dover Street Market Paris pour développer leurs collections. Ce soutien a changé les moyens de production de la marque. Les pièces uniques ont côtoyé des vêtements destinés à la vente, du jersey et du denim aux robes construites pour le défilé. Matières Fécales dispose aujourd’hui d’un espace dédié chez Dover Street Market à Londres.

Sur le podium, cette visibilité sert aussi à montrer des corps et des visages peu présents dans les distributions habituelles. Le défilé printemps-été 2026 associait des tailleurs roses aux épaules marquées, des tweeds effilochés et des robes de tulle. Nikki Lilly y portait une robe à corsage ornée de roses en tissu. En mars 2026, la collection The One Percent changeait de cible au Palais Brongniart, ancien siège de la Bourse de Paris. Gants aux paumes rouges, masques figurant des billets et bandages composaient une caricature des très riches. Le geste était lisible, parfois si lisible qu’il frôlait le costume. C’est une limite réelle pour une marque qui travaille avec des images fortes : le choc peut devenir une formule.

Trois silhouettes Matières Fécales séparées par des traits blancs, sur fond gris et parquet
Trois tenues Matières Fécales réunies – @ Matières fécales

Le luxe face à ce qu’il accueille

Matières Fécales n’est plus seulement le nom que l’on remarque sur une invitation. En juillet 2026, le duo a réalisé trois tenues pour le mariage de Gabbriette, dont une robe en taffetas de soie blanc aux plis travaillés à la main. Une autre pièce reprenait une robe Martin Margiela ancienne appartenant déjà à la mariée, enrichie de tulle blanc. Ces vêtements montrent une facette moins immédiate du travail de Dalton et Bhaskaran. Ils exigent du temps, des essayages et des retouches au ciseau. La marque peut produire une image spectaculaire, puis revenir à la longueur d’un ourlet. Elle explique aussi pourquoi le monde du luxe lui fait désormais une place.

Le défilé annoncé ce 28 septembre arrive à ce moment précis. Matières Fécales doit faire vivre son vocabulaire sans répéter les mêmes blessures sur les mêmes étoffes. Le soutien de Dover Street Market lui donne des moyens et des points de vente, tandis que Dalton et Bhaskaran restent les directeurs artistiques de la maison. Leur critique des normes de beauté et des signes de richesse se formule maintenant depuis l’intérieur du calendrier parisien. Cette position peut rendre leurs vêtements plus complexes. Elle peut aussi rendre leur étrangeté attendue. Une épaule trop haute, un visage transformé, un tissu déchiré ne suffisent plus à surprendre. Matières Fécales a gagné le droit d’être regardée de près ; c’est aussi là que son langage sera le plus éprouvé.

Matières Fécales : Groupe de huit personnes en robes noires, roses et rouges, disposées sur plusieurs niveaux devant un fond sombre
Matières Fécales : Huit personnes posent en robes de soirée noires, roses et rouges devant un fond sombre. – @Matières fécales

Matières fécales : Site officiel

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