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Brandon Flowers, Las Vegas derrière lui et l’Utah dans la voix

Brandon Flowers publie Thrasher le 21 août 2026, son premier album solo depuis The Desired Effect en 2015. Le chanteur de The Killers quitte les synthétiseurs de Las Vegas pour une country enregistrée à Nashville, sans vraiment abandonner les grands gestes. Ce virage éclaire un parcours partagé entre refrains de stade, foi religieuse, costumes de scène et souvenirs d’une petite ville de l’Utah.

Brandon Flowers, deux villes dans la voix

Sorti le 21 août 2026, Thrasher est le troisième album solo de Brandon Flowers. Il arrive onze ans après The Desired Effect, un silence assez long pour éviter de parler d’une simple parenthèse entre deux tournées de The Killers. Le disque a été enregistré au Historic RCA Studio A de Nashville avec les producteurs Shawn Everett et Jonathan Rado. David Rawlings joue de la guitare, Bruce Bouton de la pedal steel et Charlie McCoy de l’harmonica. Les cordes glissent, le métal résonne et les chansons avancent à une allure moins pressée. Brandon Flowers ne se contente pourtant pas d’enfiler un chapeau de cow-boy en espérant que le reste suive. Il revient vers la musique country et western écoutée par son père pendant son enfance. Thrasher prolonge ainsi un mouvement commencé avec Pressure Machine, mais avec davantage de poussière sur les bottes.

Ce retour conduit à Henderson, dans le Nevada, où Brandon Flowers grandit près de Las Vegas. En 1989, lorsqu’il a huit ans, sa famille déménage à Nephi, une petite ville rurale de l’Utah. Le paysage change brutalement : montagnes, rodéos, fermes et longues routes remplacent les enseignes lumineuses. Son père conduit de vieilles voitures et écoute des chansons anciennes, notamment de la country. La famille appartient à l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, une foi que Brandon Flowers conservera à l’âge adulte. À Nephi, il se décrit plus tard comme un enfant déplacé, placé dans un décor qui semblait avoir quelques décennies de retard. Cette sensation d’être à côté du cadre deviendra l’un de ses sujets les plus persistants. Henderson lui donne les néons, Nephi les personnages qui vivent loin derrière.

À la fin de son adolescence, Brandon Flowers retourne à Las Vegas avec l’idée de monter un groupe. Il travaille notamment comme runner au Josef’s Brasserie, sur le Strip, et répond à des petites annonces musicales. En 2001, il rencontre ainsi le guitariste Dave Keuning. Les deux hommes partagent un goût pour The Cure, The Smiths, New Order et David Bowie, des références plutôt humides pour deux garçons installés dans le désert. La découverte de l’EP The Modern Age de The Strokes agit ensuite comme une sévère remise à niveau. Flowers racontera que le groupe jette alors ses premières chansons, à l’exception de « Mr. Brightside ». Mark Stoermer et Ronnie Vannucci Jr. complètent bientôt The Killers. En 2004, Hot Fuss transforme leur tentative locale en affaire internationale.

Écrire plus grand que la salle

Hot Fuss possède la tension sèche d’un groupe qui joue encore comme si la prochaine date pouvait être la dernière. « Mr. Brightside » répète presque le même couplet, accélère la jalousie et laisse la guitare de Dave Keuning tourner sans issue. « Somebody Told Me » ajoute des synthétiseurs coupants et une batterie qui ne s’attarde pas. « All These Things That I’ve Done » vise déjà le chant collectif avec des moyens qui paraissent presque raisonnables à côté de la suite. Brandon Flowers chante haut, tend les syllabes et semble toujours placé une marche au-dessus de sa respiration. Sa silhouette mince, ses vestes ajustées et son regard appuyé donnent un visage à cette nervosité. Le succès prend d’abord au Royaume-Uni, où les références du groupe sont immédiatement reconnues. Une formation de Las Vegas vient alors rappeler aux Britanniques le contenu de leurs propres étagères.

Le piège de Hot Fuss consiste à rendre toute suite raisonnable assez terne. Avec Sam’s Town en 2006, The Killers quitte donc les clubs anglais imaginaires pour les routes américaines, Bruce Springsteen bien visible dans le rétroviseur. Les guitares s’élargissent, les chœurs montent et Brandon Flowers adopte moustache, gilet et imagerie western. L’album reçoit un accueil partagé, son ambition étant parfois confondue avec un défaut de réglage du volume. « When You Were Young » et « Read My Mind » résistent cependant au décor et deviennent des pièces centrales des concerts. En 2008, Day & Age, produit par Stuart Price, remet du chrome sur les synthétiseurs avec « Human » et « Spaceman ». Flowers monte alors sur scène dans une veste aux épaules couvertes de plumes, nourrie selon lui par Bryan Ferry, Brian Eno, Freddie Mercury et une touche western. Il n’a jamais vraiment choisi entre l’autoroute américaine et la piste de danse européenne.

Ses disques solo servent moins à fuir The Killers qu’à déplacer les meubles. Flamingo, publié en 2010, reste profondément attaché à Las Vegas, à ses motels, ses routes et ses promesses un peu défraîchies. La voix demeure large, mais le décor laisse davantage entrer le désert. En 2015, The Desired Effect, réalisé avec Ariel Rechtshaid, resserre les chansons autour d’une pop brillante et très construite. « I Can Change » utilise un fragment de « Smalltown Boy » de Bronski Beat et accueille Neil Tennant des Pet Shop Boys, comme si Flowers rangeait enfin sa discothèque sans chercher à la dissimuler. Cette production plus stricte montre que son chant gagne parfois à rencontrer une porte fermée. Wonderful Wonderful en 2017 puis Imploding the Mirage en 2020 conduisent ensuite The Killers vers des textes plus personnels, liés à la famille, au couple et à la foi. Le refrain reste monumental, mais ce qu’il doit porter devient plus lourd.

Quand le stade baisse la lumière

L’arrêt des tournées pendant la pandémie offre à Brandon Flowers une chose devenue rare : du silence. De cette immobilité naît Pressure Machine, publié par The Killers en 2021. Le disque revient à Nephi et fait entendre, entre les chansons, des voix enregistrées auprès de ses habitants. Les guitares acoustiques, le violon et les arrangements retenus remplacent une partie de l’éclairage habituel. Flowers écrit sur le deuil, les dépendances, la violence, la religion et l’étroitesse sociale des petites villes. « Quiet Town », « West Hills » ou « Terrible Thing » ne cherchent pas à fournir une nouvelle sortie triomphale de festival. Sa voix reste parfois trop imposante pour ces chansons parfois étroites, comme un lustre installé dans une cuisine. Cette friction donne pourtant au disque sa force et révèle un auteur plus attentif aux détails qu’aux slogans.

Thrasher reprend cette manière de raconter, mais l’installe franchement dans la country. « One of Us » rend hommage à un beau-frère disparu et observe ce que le deuil laisse dans une famille. « Miss America » puise dans l’histoire d’une sœur enfermée dans une relation violente avant de trouver refuge dans l’Utah. « Paradise » imagine les vies qui auraient pu continuer dans l’économie des casinos si la musique n’avait pas ouvert une autre sortie. L’harmonica, la pedal steel et les guitares de Nashville donnent à ces récits une matière nette, sans rendre Flowers soudain discret. La critique du Guardian a salué son engagement dans cette nouvelle forme tout en pointant la lourdeur et la maladresse de certains personnages, particulièrement dans « Angel ». Le reproche compte, car l’empathie déclarée ne suffit pas toujours à rendre juste un changement de point de vue. Thrasher n’est donc pas un disque parfaitement maîtrisé, mais il montre jusqu’où Brandon Flowers accepte désormais de déplacer sa voix.

À 45 ans, Brandon Flowers parle plus ouvertement du coût des tournées et de son besoin de trouver du sens hors de la scène. Il s’est récemment demandé combien de temps il souhaitait encore maintenir ce rythme. Il ne s’agit pas d’une annonce de retraite, et The Killers reste un groupe actif. Un prochain album est toujours évoqué, sans être présenté comme imminent. Sa foi, sa vie familiale dans l’Utah et le souvenir d’un père satisfait d’une existence modeste compliquent désormais l’image du chanteur en costume brillant. Sur scène, « Mr. Brightside » appartient presque au public dès que la guitare commence. En studio, Flowers cherche au contraire des histoires qui lui appartiennent encore, même lorsqu’elles résistent ou sortent de travers. Les néons de Las Vegas restent allumés, mais Thrasher les regarde depuis une route beaucoup moins fréquentée.


Brandon Flowers : Thrasher (Brandon Flowers / Island records / Universal music) – Sorti le 21 août 2026

Sources

  • Brandon Flowers Official StoreTHRASHER Standard LP – 2026
  • The GuardianBrandon Flowers’ teenage obsessions: ‘I considered an Oasis tattoo’ – 2021
  • TimeBrandon Flowers on His New Album: ‘I’m Still Proving Myself as a Solo Flier’ – 2015
  • EsquireBrandon Flowers Is Dressing Like His Dad Nowadays. Here’s Why – 2021
  • PitchforkThe Killers Announce New Album Pressure Machine – 2021
  • The New YorkerThe Killers’ Return to Las Vegas – 2024
  • NPR / WUNCThe Killers’ Brandon Flowers takes a western approach for his solo album, ‘Thrasher’ – 2026
  • The GuardianBrandon Flowers: Thrasher review – Killers frontman’s country pivot is a rootin’ tootin’ cowboy-bootin’ hoot! – 2026
  • The TimesThe Killers’ Brandon Flowers: ‘How much longer do I want to do this?’ – 2026