En août 2026, Le Monde revient sur la relation entre Isabella Blow et Alexander McQueen, au cœur de la mode britannique des années 1990. Cette actualité suit l’annonce de Wild Bird, un court métrage tourné à Londres en juin 2026 avec Olivia Colman et Russell Tovey. Isabella Blow est morte le 7 mai 2007, dans le Gloucestershire, après avoir ingéré un herbicide ; un coroner a conclu au suicide.
Découvreuse d’Alexander McQueen et soutien décisif de Philip Treacy, elle savait largement influencée leurs carrières. Sa propre position, entre presse, conseil et mise en relation, resta pourtant moins solide que les réputations qu’elle contribua à construire. Son parcours expose un système qui rémunère les produits, capitalise les noms et laisse parfois le regard créatif hors du partage.
Fabriquer la lumière des autres
Dans les bureaux gris de News International, à Londres, l’odeur de tubéreuse annonçait Isabella Blow avant son arrivée. Un chapeau de Philip Treacy suivait, puis le rouge à lèvres, les talons et une silhouette trop construite pour le décor. The Guardian, où son ancienne assistante Emine Saner signe sa nécrologie, décrit ce contraste presque comme une méthode de travail. Blow dirige la mode au Sunday Times Style de 1997 à 2001, après des passages par Tatler et British Vogue. Elle ne se contente pas de sélectionner des vêtements.
En 1989, Blow commande à Philip Treacy une coiffe pour son mariage à la cathédrale de Gloucester. Il est encore peu connu, et elle porte ensuite ses créations jusqu’à en faire une signature indissociable de son propre visage. Avec Alexander McQueen, le geste est plus directement financier. Elle repère sa collection de diplôme à Central Saint Martins en mars 1992 et achète un ensemble important de pièces. Les sources divergent sur l’étendue exacte de l’achat : certaines parlent de toute la collection, Le Monde de nombreux vêtements. Le détail change le folklore, pas l’acte. Blow paie aussi, selon Le Monde, des tissus, des factures et des amendes, tout en ouvrant au créateur son réseau et Hilles House. Elle investit de l’argent, du temps et sa propre image, trois apports que la mode additionne volontiers sans toujours les inscrire sur le même contrat.

Isabella Blow, le talent sans contrat
La bascule devient visible en 1996, quand Alexander McQueen est nommé à la direction artistique de Givenchy. Blow a fourni des contacts, de la presse, des conseils et une présence publique. Elle espère qu’une place professionnelle suivra. Aucun poste ni salaire ne lui est proposé, rapporte Le Monde. Le créateur et sa découvreuse restent proches, mais l’économie de leur relation apparaît sans fard. Lui entre dans une maison soutenue par LVMH. Elle conserve un rôle de styliste, de consultante et de rédactrice, fait d’influence réelle et de revenus discontinus.
En décembre 2000, Gucci Group acquiert 51 % de la maison Alexander McQueen, date confirmée par les archives de Kering. L’opération donne à la griffe un actionnaire et des moyens de développement. Blow ne participe pas à la valeur capitalisée autour du nom qu’elle a contribué à installer. Elle n’est d’ailleurs pas l’héritière fortunée que sa naissance et ses vêtements laissent imaginer. Les sources convergent sur l’écart mais divergent sur le détail : The Guardian indique qu’elle reçoit 5 000 livres, tandis que Le Monde attribue cette somme aux trois filles d’une fortune évaluée à 6 millions. Une coupe se protège, une marque se vend, une société distribue des parts. Le regard d’une rédactrice reste souvent rémunéré par un salaire, une pige ou une mission, quand il l’est. La mode sait chiffrer un sac ; elle devient soudain plus rêveuse devant l’origine d’une réputation.

La consécration après la chute
La fin ne doit pas être réduite à une facture impayée par l’industrie. Isabella Blow souffrait d’une grave dépression, avait connu plusieurs tentatives de suicide et affrontait aussi des problèmes de santé. Le 5 mai 2007, elle est retrouvée malade à Hilles House, dans le Gloucestershire, après avoir ingéré un herbicide. Elle meurt le 7 mai au Gloucestershire Royal Hospital, à 48 ans. Le 5 décembre 2007, le coroner du Gloucestershire conclut au suicide, comme le rapporte The Guardian. L’enquête évoque plusieurs facteurs personnels et médicaux, ainsi que son inquiétude devant le recul de sa carrière et l’incertitude de ses revenus. Isoler une cause unique serait faux, et un peu trop commode pour tout le monde. Le système professionnel n’explique pas seul sa mort ; il appartient néanmoins au paysage documenté de ses dernières années.
Avant sa mort, Blow était déjà reconnue : le Design Museum avait consacré en 2002 une exposition à ses collaborations avec Philip Treacy. La ferveur posthume change pourtant l’échelle et la forme de cette reconnaissance. Daphne Guinness rachète sa garde-robe pour éviter sa dispersion lors d’une vente. De novembre 2013 à mars 2014, Somerset House expose plus de cent pièces dans Isabella Blow: Fashion Galore! Les vêtements de McQueen, les chapeaux de Treacy, les chaussures et les portraits deviennent alors un récit cohérent, éclairé, légendé et protégé. En mai 2026, Variety annonce Wild Bird, court métrage d’Andrew Haigh avec Olivia Colman en Isabella Blow et Russell Tovey en Alexander McQueen ; Le Monde en reparle en août après un tournage londonien en juin. La fiction remet la découvreuse au centre, près de vingt ans après sa disparition.

Sources :
Le Monde – Alexander McQueen and Isabella Blow: Fashion, friendship and tragedy – 6 août 2026, mise à jour le 15 août 2026
Variety – Olivia Colman, Russell Tovey to Lead Alexander McQueen Short Film Wild Bird, Directed by Andrew Haigh – 11 mai 2026
The Guardian – Isabella Blow – 7 mai 2007
The Guardian – Fashion guru killed herself, coroner rules – 5 décembre 2007
Kering – Alexander McQueen and Gucci Group appoint Sarah Burton as Creative Director – 26 mai 2010
Somerset House – Isabella Blow: Fashion Galore! – date non indiquée




















