En cet été, la robe de tennis quitte les courts pour retrouver la ville. Son col sage, ses plis mobiles et ses matières techniques racontent un siècle de liberté gagnée par le geste. Reste à la porter sans transformer le trottoir en annexe du club-house.
La robe de tennis sort du court
La robe de tennis occupe de nouveau le vestiaire urbain. La collection printemps-été 2026 de Lacoste l’a replacée dans un décor inspiré des vestiaires, au lycée Carnot, à Paris. Le piqué, l’éponge et les couleurs des surfaces de jeu composaient une mode située entre le court et la rue. Mais la raquette n’était déjà plus indispensable. La silhouette conserve son col, sa jupe courte et son aplomb très propre. Elle promet le mouvement sans imposer le score. Ce retour accompagne un goût persistant pour les plis, les matières sportives et les coupes nettes, encore visible à l’approche de l’automne 2026. Le vestiaire preppy adore les prolongations, surtout lorsqu’elles n’exigent aucun revers lifté.
La robe de tennis n’a pourtant pas attendu les réseaux sociaux pour sortir du stade. Dans les années 1920, les vêtements de sport féminins entrent dans les collections des maisons de couture. Suzanne Lenglen devient alors une figure centrale de cette rencontre. Jean Patou dessine pour elle des robes à manches courtes, des jupes plissées et des bandeaux assortis. Ses tenues montrent les épaules et raccourcissent les ourlets habituels. Elles accompagnent les gestes amples d’une joueuse dont le jeu attire déjà les regards. À la fin de la décennie, les robes sans manches, proches du genou, sont devenues des silhouettes sportives identifiables. Certaines tenues de sport se portent même au restaurant ou jusqu’à l’heure du cocktail : la sortie du court avait commencé bien avant les campagnes savamment désinvoltes.

L’ourlet comme ligne de fuite
L’histoire de la robe de tennis est souvent résumée à quelques centimètres de tissu abandonnés. C’est plus concret que cela. Une jupe plus courte libère la course, mais aussi la manière d’occuper l’espace. Le pli s’ouvre pendant le déplacement, puis revient en place lorsque le corps s’arrête. L’emmanchure dégage l’épaule au moment du service. La taille basse des années 1920 évite de couper la silhouette en deux. La robe ne cherche plus seulement à présenter correctement la joueuse : elle commence à travailler avec elle. L’émancipation ne se mesure évidemment pas avec un mètre ruban, mais l’ourlet a parfois fourni des indications assez fiables.
Le blanc a longtemps fixé l’image de la robe de tennis. Il attrape la lumière, souligne la ligne et transforme la moindre trace de terre en incident diplomatique. Pourtant, la version contemporaine préfère souvent la technique à la pureté symbolique. Un modèle actuel de Lacoste associe ainsi polyamide, élasthanne, empiècements en maille et short séparé. Le vêtement vise la souplesse, la respiration et l’évacuation de l’humidité. Il peut suivre le corps sans immobiliser ses mouvements. Les couleurs ont également gagné du terrain, du vert gazon aux nuances de terre battue, en passant par le bleu marine et le noir. Hors du court, le blanc reste une possibilité, pas une obligation morale.
Cette évolution ne fait pas disparaître la tension ancienne entre performance et apparence. Une robe de tennis doit supporter une course, un saut, une torsion et plusieurs heures de chaleur. Elle demeure pourtant regardée comme une image avant d’être comprise comme un outil. Sa jupe bouge, son tissu colle parfois, son volume change avec le vent. Rien n’y reste parfaitement sage, malgré le col boutonné. C’est peut-être ce contraste qui intéresse autant la mode. La robe possède les manières d’un club privé, mais son mouvement refuse de rester assis. Sous son air discipliné, elle conserve quelque chose de nerveux.

Le club sans cotisation
En ville, le plus simple consiste à laisser la robe faire la moitié du travail. Une coupe légèrement évasée et une matière mate suffisent à conserver son origine sportive. Le blanc fonctionne si le tissu reste dense et la ligne précise. L’écru, le bleu nuit ou le vert bouteille atténuent immédiatement l’effet de tenue réglementaire. Une chemise ample portée ouverte casse la silhouette sans l’alourdir. Un blouson court ou une veste en cuir apporte une tension plus sèche. Aux pieds, des baskets sobres, des mocassins ou des sandales plates éloignent la robe de son usage littéral. Accumuler la visière, les chaussettes hautes et le sac de raquettes transformerait vite le clin d’œil en reconstitution.
Pour une allure plus construite, la robe de tennis peut passer sous un blazer droit ou un trench souple. Une version courte gagne à être accompagnée d’un short ajusté, surtout lorsqu’une grille de métro décide de participer au stylisme. Le soir, une matière plus lourde et une chaussure nette suffisent à faire oublier le vestiaire. Il faut conserver le contraste entre une coupe sportive et un élément plus calme. La robe fonctionne alors comme un morceau pop très court : une attaque claire, un rythme sec, presque aucun effet inutile. Le pli donne la cadence. Le col retient encore un peu la silhouette, tandis que l’ourlet prépare déjà sa fuite. Et si quelqu’un demande le score, le match s’est terminé à la porte du dressing.

Sources
- Fashion Institute of Technology – Tennis in the ’20s – 2015
- Fashion History Timeline – 1920-1929 – 2020
- Victoria and Albert Museum – Art Deco fashion – 2024
- Vogue – Lacoste Spring 2026 Ready-to-Wear Collection – 2025
- Lacoste – Lacoste Fall-Winter 2026 Runway Show | Washed Out Match – 2026
- Marie Claire – Tenniscore Isn’t Over—It’s Just Entering Its Chicest Era – 2026
- Lacoste – Women’s Stretch Tennis Dress & Shorts – 2026




















