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Ghinzu, retour électrique après dix-sept ans de silence

Ghinzu, groupe de rock alternatif formé à Bruxelles, revient le 29 mai 2026 avec W.O.W.A, son quatrième album studio. Dix-sept ans après Mirror Mirror, John Stargasm et ses potes rouvrent une histoire bâtie sur des guitares épaisses, des claviers tendus, des concerts larges et une idée simple : faire du rock belge.

Ghinzu, le groupe belge qui revient de loin

Ghinzu n’a jamais vraiment eu le profil du petit groupe indé poli. Dès ses débuts à Bruxelles, le groupe belge préfère les gestes larges, les titres qui montent, les ruptures qui claquent et les refrains efficaces. Le nom lui-même annonce déjà la couleur, avec cette référence aux couteaux Ginsu, objet de téléachat devenu presque gag culturel. C’est bête, tranchant, efficace, donc assez juste. Autour de John Stargasm, le groupe installe un rock alternatif qui aime les claviers, les basses épaisses, les guitares qui grincent et les fins de morceaux qui ne savent pas toujours s’arrêter. On peut trouver cela trop appuyé. On peut aussi reconnaître que Ghinzu a compris très tôt une chose simple : dans un concert, la retenue ne sauve pas toujours la soirée.

Le premier album, Electronic Jacuzzi, sort en 2000 et pose cette base un peu sale, un peu électrique, un peu nocturne. Il y a dans ce disque une énergie de salle basse, de câbles au sol, de bière tiède, de synthés qui chauffent et de guitares qui cherchent la bagarre. Ghinzu n’est pas encore un nom installé hors de Belgique, mais le groupe a déjà cette manière de charger les morceaux comme si chaque chanson devait finir en poursuite. Le chant de John Stargasm joue avec l’excès. Le rock belge, ici, n’a pas envie de paraître sage pour rassurer Paris ou Londres. Il avance avec ses propres nerfs, ce qui n’est déjà pas si fréquent.

De Blow à Mirror Mirror, le grand théâtre électrique

Avec Blow, en 2004, Ghinzu change d’échelle. L’album contient Do You Read Me?, morceau qui installe le groupe dans les oreilles françaises et belges avec une efficacité assez redoutable. Le disque est enregistré à Bruxelles, sort d’abord en Belgique, puis circule plus largement en Europe. Là, le groupe trouve sa forme la plus nette : un rock ample, frontal, presque cinématographique, mais toujours porté par une tension de club. La pochette belge, avec John Stargasm tenant sa tête coupée devant un micro, résume assez bien l’affaire. Du théâtre, du sang froid, une pointe de mauvais goût assumé. Rien de très discret, donc. Mais Ghinzu n’a jamais vraiment vendu de la discrétion.

Blow donne au groupe un statut particulier. Ghinzu devient l’un de ces noms que le public français découvre en concert, parfois avant de comprendre exactement d’où il vient. L’Olympia, les festivals, les grandes salles : la machine s’élargit. Les morceaux prennent de la place, les arrangements gonflent, le piano devient une arme de scène plutôt qu’un meuble de salon. Le groupe sait tendre un refrain comme un élastique, puis le lâcher au bon moment. Il y a parfois trop de grandiloquence, oui. Mais cette grandiloquence fait partie de son charme, comme un costume trop bien taillé pour quelqu’un qui prétend sortir par hasard. Ghinzu ne fait pas semblant d’être modeste, et c’est peut-être pour cela qu’on s’en souvient.

Ghinzu et W.O.W.A, retour après dix-sept ans de silence

En 2009, Mirror Mirror confirme cette envie d’agrandir encore le cadre. Le son devient plus large, plus électronique, plus travaillé, avec une architecture moins garage et plus panoramique. Ghinzu y pousse son goût du morceau massif, du mouvement interne, du crescendo qui regarde la sortie mais préfère casser une cloison. Le groupe tourne ensuite, joue dans de grandes salles, garde une base de fans fidèle, puis s’éloigne du disque. Pendant des années, le nom circule comme une petite énigme belge pour amateurs de rock francophone non aligné. On réécoute Blow, on cite The Dragster Wave, on se demande ce que fait John Stargasm. Le silence finit par devenir un élément de l’histoire. Pratique, quand on revient : tout le monde a eu le temps de vieillir un peu, même les amplis.

Le 29 mai 2026, W.O.W.A remet Ghinzu dans l’actualité musicale. Le disque arrive dix-sept ans après Mirror Mirror, avec Out of Control en éclaireur et une sortie chez Play It Again Sam. Le groupe parle d’un album longuement préparé, nourri par un stock important d’idées accumulées, puis resserré en une forme plus directe. Il y a là une idée assez ghinzuesque : disparaître longtemps, revenir avec des disques durs pleins, puis prétendre qu’il faut enfin choisir. Le producteur Dave Sardy est associé au projet, avec un travail mené notamment à Los Angeles. Sur le papier, le retour coche les cases attendues : mémoire rock, ambition visuelle, tension lourde, envie de scène. Reste la vraie question, moins polie : Ghinzu peut-il encore sonner dangereux après être devenu un souvenir de festival ?

Ghinzu occupe une place étrange dans le rock belge. Le groupe n’a jamais eu la sécheresse arty de certains voisins, ni le confort pop d’autres formations plus immédiatement aimables. Il aime le spectaculaire, les claviers sombres, les guitares épaisses, les mots anglais, les poses un peu excessives et les morceaux qui se voient déjà sur grand écran. C’est parfois trop. C’est aussi ce qui lui donne une identité. Dans un paysage où beaucoup de groupes apprennent à lisser les angles pour passer partout, Ghinzu garde ce côté couteau de téléachat : pas très subtil, mais capable de couper net. Le retour de W.O.W.A ne réécrit pas son histoire. Il la rouvre, avec assez de bruit pour qu’on l’entende. Et en annulant un premier concert prévu à Paris…


Ghinzu : W.O.W.A (PIAS) – Sorti le 29 mai 2026

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