Directeur artistique de Courrèges depuis mai 2026, Drew Henry présentera sa première collection à Paris le 30 septembre, pendant la Fashion Week printemps-été 2027. Le créateur sud-africain de 38 ans succède à Nicolas Di Felice après un parcours mené chez Céline, JW Anderson, Phoebe Philo et Burberry. Son défi consiste à devenir visible sans effacer une relance qui, elle, l’est beaucoup.
Drew Henry chez Courrèges, un inconnu très expérimenté
À Paris, le 30 septembre à 10 h 30, Courrèges doit présenter la première collection conçue sous la direction de Drew Henry. Ce créneau figure encore sur le calendrier provisoire de la Fashion Week printemps-été 2027. Le designer sud-africain occupe le poste de directeur artistique depuis mai 2026. Sa nomination, annoncée le 30 mars, a suivi de six jours le départ de Nicolas Di Felice. La maison n’a donc pas laissé le fauteuil refroidir. Henry arrive à 38 ans avec un CV fourni, mais peu de signes distinctifs accessibles au public. Il a travaillé dans des studios très observés sans devenir lui-même le visage de leurs collections. Septembre transformera cette expérience collective en responsabilité personnelle.
La curiosité autour de Drew Henry vient précisément de cette faible exposition. Jusqu’à Courrèges, son travail restait fondu dans les équipes de directeurs artistiques beaucoup plus connus. Sur le portrait de nomination signé Jan Lehner, il apparaît assis, vêtu de noir, devant un fond clair. Le cadre est neutre et la tenue ne tente pas de livrer une collection en avance. Dans un secteur où certains créateurs commentent presque leur propre commentaire, ce silence a quelque chose d’inhabituel. Il ne prouve pourtant rien sur son esthétique et reporte simplement la réponse aux vêtements.
Une carrière au second rang du générique
Le fil le plus net de cette carrière s’appelle Phoebe Philo. Né dans le Mpumalanga, en Afrique du Sud, Drew Henry commence sa formation à LISOF, à Johannesburg, avant de rejoindre Londres. Il sort en 2014 du master de mode de Central Saint Martins. Pendant ses études, il effectue un stage chez Céline, alors dirigé par Phoebe Philo. Il intègre ensuite pleinement l’équipe de création de la maison. En 2018, il devient directeur du prêt-à-porter chez JW Anderson. Il retrouve Phoebe Philo en 2020 pour participer, comme responsable du design, au développement de sa marque personnelle, finalement lancée en 2023. La même année, il rejoint Burberry comme directeur principal du design sous Daniel Lee.
La collection de master présentée en 2014 reste ce qu’il y a de plus précis sur son style. Henry y travaillait des formes tirées de l’uniforme militaire et du vêtement utilitaire. Des manteaux, robes et pièces séparées associaient des laines kaki ou bleu marine à des peaux laissées brutes. Les poches et les panneaux semblaient moulés dans des volumes stricts. La coupe disciplinée rencontrait des bords irréguliers, presque sauvages. Fashionista avait jugé cet ensemble particulièrement portable, tandis que Dazed insistait sur la précision militaire des silhouettes. Douze ans plus tard, cette collection constitue un indice sérieux, pas une bande-annonce du prochain Courrèges.
Courrèges n’est plus une maison à réveiller
Drew Henry n’entre pas dans une maison endormie qu’il suffirait de repeindre en blanc. Nommé en septembre 2020, Nicolas Di Felice a remis en place le logo originel de Courrèges. Il a repris les combinaisons seconde peau, les mailles côtelées et les vêtements en vinyle, désormais fabriqués dans des matières revues. Il a relié les lignes géométriques d’André Courrèges à la culture des clubs, aux tailles basses, aux fentes et aux découpes. Des vestes courtes, des minijupes, des jeans bootcut et des robes près du corps ont formé un vestiaire immédiatement reconnaissable. Les défilés ont ajouté une installation qui semblait respirer, une pluie de confettis ou des décors minéraux qui se fissuraient sous les pas. Les ventes de la maison ont doublé en 2023, selon Le Monde.
Lors de sa nomination, Drew Henry a rappelé l’intérêt d’André Courrèges pour des vêtements adaptés à la manière dont les gens vivent. Il a également décrit son propre travail comme moderne, utile et direct. Ce vocabulaire rejoint les principes de la maison et certains éléments de sa collection de 2014. Sur le papier, la continuité paraît presque trop bien rangée. Elle ne peut pourtant pas consister à reproduire le Courrèges de Nicolas Di Felice avec un autre nom sur la porte. Conserver seulement le vinyle, le logo AC et les découpes transformerait la relance en formule. Tout supprimer gaspillerait la clarté retrouvée depuis 2020. Le 30 septembre, Drew Henry devra enfin montrer ce qui reste, ce qui bouge et ce qui lui appartient.
Sources :
- Vogue – Courrèges Appoints Drew Henry as Artistic Director – 2026
- Harper’s Bazaar – Courrèges Appoints Drew Henry as Artistic Director – 2026
- Dazed – Central St Martins MA 2014 Womenswear – 2014
- Fashionista – 4 Standout Collections From the Central Saint Martins M.A. Fashion Show – 2014
- Le Monde – Nicolas Di Felice, le designer qui a réveillé Courrèges – 2024
- Fédération de la Haute Couture et de la Mode – Provisional Calendar | Paris Fashion Week






















