Burberry marque une histoire simple en apparence : un manteau contre la pluie, devenu signe social, puis objet pop. Fondée en 1856 par Thomas Burberry à Basingstoke, la maison s’est d’abord construite sur une idée très concrète : protéger du climat britannique. En 1879, la gabardine donne à Burberry sa matière fondatrice, respirante, résistante, taillée pour l’extérieur. Le trench-coat installe ensuite la maison dans un imaginaire militaire, urbain, cinématographique. Le Burberry Check, introduit dans les années 1920 comme doublure, finit par sortir à la lumière. C’est là que l’histoire devient plus nerveuse. Burberry ne vend plus seulement un manteau. Elle vend une certaine idée de la Grande-Bretagne, avec pluie fine, classes sociales, musique, rue, élégance et malentendus.
Burberry marque : la pluie comme origine, le trench comme langage
Burberry naît d’un rapport au dehors. Il faut marcher sous la pluie, traverser les champs, travailler, voyager, supporter le vent sans ressembler à une bâche. Thomas Burberry part de là. La maison n’arrive pas par le bal, mais par la météo. La gabardine, mise au point en 1879, devient sa réponse textile. Le tissu protège sans figer le corps. Il donne à Burberry une force rare : une invention utile avant d’être un symbole. Dans la mode, c’est presque suspect. Trop solide pour être seulement joli.
Le trench-coat prolonge cette logique. Il garde dans son nom la trace des tranchées, du terrain, de la guerre, des vêtements pensés pour servir avant de poser. Les pattes d’épaule, la ceinture, les rabats, la coupe droite ne relèvent pas d’abord du romantisme. Ce sont des détails d’usage. Puis la ville les récupère. Le manteau militaire devient manteau civil. Le trench passe au cinéma, dans les rues, sur les silhouettes d’hommes pressés et de femmes qui n’ont pas besoin d’en faire trop. Burberry comprend alors qu’un vêtement fonctionnel peut devenir une image durable. La pluie, finalement, travaille très bien pour une marque.
Le check Burberry, de la doublure au symptôme pop
Le Burberry Check est d’abord une doublure. Il reste à l’intérieur du manteau, visible par éclats, au moment où le vêtement s’ouvre. Puis il sort. Il devient foulard, sac, casquette, signe frontal. Le motif est simple : beige, noir, blanc, rouge. Il se reconnaît vite, parfois trop vite. C’est le rêve et le cauchemar d’une maison de mode. Quand un code devient populaire, il rapporte. Quand il devient partout, il inquiète.
Dans les années 1990 et 2000, le check circule dans la rue britannique, dans les tabloïds, dans les clubs, dans une culture populaire souvent regardée de haut. Burberry se retrouve face à une question brutale : comment rester désirable quand son signe le plus fort échappe au contrôle ? Christopher Bailey, arrivé chez Burberry en 2001, participe ensuite à une reprise en main plus culturelle. Le check se raréfie, le trench revient au centre, les campagnes britanniques reconstruisent le décor. Kate Moss, les acteurs, les musiciens, les jeunes visages anglais réinstallent la maison dans un paysage plus maîtrisé. La rue n’est pas effacée. Elle est recadrée, éclairée, rendue présentable. Le luxe appelle souvent cela une renaissance. On peut aussi parler d’un rangement assez méthodique.
Musique, festivals et Britishness sous Daniel Lee
Burberry a toujours eu besoin de sons pour ranimer ses vêtements. Sous Christopher Bailey, la maison a beaucoup travaillé avec la musique britannique, notamment avec Burberry Acoustic au début des années 2010. Le vêtement n’était plus seulement porté dans une campagne. Il vibrait avec une guitare, une voix, une scène, une lumière grise. Ce lien revient fortement avec Daniel Lee, nommé Chief Creative Officer en 2022. Son Burberry regarde les festivals, les clubs, les silhouettes de plein air, les vieilles tensions entre ville et campagne. La collection Summer 2026, présentée à Londres, met en avant l’énergie de la scène musicale britannique et la culture du live. Le décor est clair : la maison veut être britannique, mais pas poussiéreuse.
La campagne festival 2025 pousse cette idée plus loin. Burberry y réunit Goldie, Seungmin, Loyle Carner, Chy Cartier, John Glacier, Cara Delevingne, Alexa Chung, Lennon Gallagher, Molly Moorish-Gallagher et Gene Gallagher. Le casting mélange musique, mode, télévision, héritage Britpop et génération réseau. C’est très calculé, évidemment. Mais cela dit quelque chose de juste sur Burberry. La maison n’est jamais aussi lisible que lorsqu’elle accepte ses contradictions : aristocratique et populaire, rurale et urbaine, patrimoniale et tapageuse. En 2024, Joshua Schulman devient directeur général, avec une stratégie recentrée sur les catégories les plus reconnaissables de la maison. En 2026, Burberry continue d’exploiter ce qu’elle sait faire : trenchs, outerwear, check, météo britannique et célébrités bien choisies. Rien de pur là-dedans. Mais Burberry n’a jamais été pure. Elle est meilleure quand elle laisse un peu de boue au bas du manteau. Même si elle s’intéresse aussi beaucoup à la jeunesse qui fréquente les salles de sport.
Burberry : Site officiel
Sources :
Burberry PLC – History – date non disponible
Burberry – The History of the Trench Coat – date non disponible
Burberry – The Burberry Trench Coat – date non disponible
Burberry PLC – Burberry appoints Joshua Schulman as Chief Executive Officer – 2024
Burberry – Summer 2026 Show – date non disponible
Burberry PLC – The Burberry Summer 2026 collection – 2025
Burberry – Festival Outfits – date non disponible
Reuters – Burberry turnaround tempered by Iran war impact – 2026

















