Accueil / Lifestyle / Avec Timbuktu, L’Artisan Parfumeur dessine un voyage sans folklore

Avec Timbuktu, L’Artisan Parfumeur dessine un voyage sans folklore

Un flacon du parfum Timbuktu de L’Artisan Parfumeur est posé devant une composition abstraite t originale.

Créé par Bertrand Duchaufour en 2004, Timbuktu de L’Artisan Parfumeur travaille l’encens, le vétiver et les épices dans une matière sèche. Un parfum fumé, terrestre et lumineux, dont le récit africain mérite mieux que les clichés du voyage.

Timbuktu de L’Artisan Parfumeur, un voyage à tenir à distance

Lancé en 2004, Timbuktu de L’Artisan Parfumeur porte la signature de Bertrand Duchaufour. La maison relie sa création au Wusulan, un rituel malien utilisé pour parfumer la peau et les cheveux. Le point de départ est précis. Le risque, lui, apparaît immédiatement. Il suffit de quelques mots sur l’Afrique, la chaleur et les terres lointaines pour transformer un parfum en prospectus d’aéroport. Timbuktu échappe en grande partie à ce décor convenu. Il ne reconstitue ni un marché, ni un désert, ni un vague coucher de soleil couleur safran. Il construit une sensation de distance avec du bois, de la fumée et de l’air sec.

Cette retenue distingue Timbuktu des parfums qui confondent le voyage avec l’accumulation. Rien ne déborde vraiment. Le poivre rose introduit une tension vive, presque froide. Le karo-karoundé, matière florale mise en avant par la maison, ne produit pas un bouquet aimable. Le vétiver trace ensuite une ligne sombre et fibreuse. L’encens semble passer derrière, comme une fumée saisie dans une pièce peu éclairée. La composition suggère une terre chauffée, puis refroidie à l’ombre.

Un flacon du parfum Timbuktu de L’Artisan Parfumeur est posé devant une composition abstraite t originale.
Timbuktu, L’Artisan Parfumeur – @GOOD timing

Encens, vétiver et lumière basse

Sur la peau, Timbuktu commence par une fraîcheur épicée qui refuse la propreté facile. Le poivre pique sans devenir agressif. Une nuance fruitée peut apparaître, verte et peu sucrée, souvent rapprochée de la mangue non mûre. Elle disparaît vite derrière une matière plus rêche. Le papyrus, l’encens et le vétiver composent alors une surface presque mate. On pense à du bois brut, à une feuille sèche ou à un tissu resté près d’un feu. La fumée ne colle pas aux vêtements. Elle flotte à quelques centimètres, suffisamment présente pour modifier l’air.

L’évolution reste plus lumineuse que le mot « encens » pourrait le laisser croire. Timbuktu n’a rien d’une crypte remplie de velours noir. Sa fumée est mince, traversée par une clarté grise. Le vétiver apporte une fraîcheur de racine plutôt qu’une humidité végétale. Le patchouli, perceptible dans le fond, ne s’alourdit pas de chocolat ou de terre mouillée. La matière demeure sèche, avec une présence tenue près du corps. Cette discrétion peut déconcerter ceux qui attendent une démonstration. Timbuktu préfère laisser une trace plutôt que faire une entrée.

Un parfum à porter comme une veste mate

Timbuktu convient aux vêtements dont la texture compte davantage que le logo. Une veste en coton lavé, une chemise sombre ou un pantalon ample lui donnent un cadre naturel. Les couleurs seraient le tabac, le gris pierre, le vert poussiéreux ou le noir passé. Rien n’interdit un costume, à condition qu’il ne brille pas trop. Le parfum supporte mal l’apparat et les gestes calculés. Il accompagne mieux une silhouette mobile, légèrement distante. Sa sensualité vient de la chaleur retenue sous les matières sèches. C’est moins une séduction frontale qu’un doute laissé dans le passage.

Plus de vingt ans après sa sortie, Timbuktu conserve ainsi une étrange actualité. Il ne cherche pas à rassurer par le sucre, la lessive ou le bois copieusement vanillé. Il ne joue pas davantage au parfum difficile pour collectionneur sévère. Son équilibre repose sur une contradiction simple : évoquer un ailleurs sans le transformer en décor. Le récit proposé par L’Artisan Parfumeur peut sembler daté dans sa formulation. Le parfum, lui, se montre plus intelligent que son emballage narratif. Il laisse parler les racines, la poussière et la fumée sans leur faire enfiler un costume folklorique. C’est déjà beaucoup pour un flacon qui porte le nom d’une ville.

Un flacon du parfum Timbuktu de L’Artisan Parfumeur est posé devant une composition abstraite t originale.
Timbuktu, L’Artisan Parfumeur – @GOOD timing

L’Artisan Parfumeur : Timbuktu, eau de toilette 100 ml – Prix constaté : 170 € – Voir Timbuktu sur le site de L’Artisan Parfumeur

Sources :