Accueil / Musique / Les vies de Bloc Party

Les vies de Bloc Party

Photo presse du groupe anglais Bloc Party.

Bloc Party publie ce 11 septembre 2026 son septième album, Anatomy of a Brief Romance. Produit par Trevor Horn, le disque prolonge une carrière commencée à Londres à la fin des années 1990. De Silent Alarm aux changements de formation, le groupe anglais a traversé plusieurs vies sans accepter de rester sagement dans la case indie rock.

La carrière de Bloc Party commence dans le Londres pré-indie

La carrière de Bloc Party débute autour de Kele Okereke et Russell Lissack, qui décident de former un groupe après s’être retrouvés au festival de Reading en 1999. Le projet cherche encore sa forme et change plusieurs fois de nom. Gordon Moakes arrive à la basse après une petite annonce publiée dans le NME. Matt Tong prend la batterie et complète la formation qui enregistrera les quatre premiers albums. Les musiciens répètent à Londres et font circuler leurs démos à la main. Okereke en remet notamment à Alex Kapranos de Franz Ferdinand et au présentateur de radio Steve Lamacq. Ce dernier soutient rapidement le groupe sur les ondes britanniques. Avant les grands festivals, Bloc Party avance donc avec des CD gravés, des enveloppes et une certaine obstination.

Le premier album, Silent Alarm, paraît en février 2005 chez Wichita Recordings. Paul Epworth produit un disque où chaque instrument semble courir après les trois autres. La batterie de Matt Tong frappe vite, coupe les mesures et relance les morceaux avant qu’ils aient le temps de s’installer. La basse de Gordon Moakes ne meuble rien : elle pousse, déplace et parfois commande. Russell Lissack joue des motifs aigus et secs, loin des grands accords épais alors en circulation dans le rock britannique. Kele Okereke chante avec une voix tendue, capable de passer du murmure inquiet au cri sans prévenir le voisinage. Banquet, Helicopter, Like Eating Glass et This Modern Love installent ce mélange de post-punk, de pop et de pulsation dansante. Silent Alarm atteint la troisième place du classement britannique et reçoit une nomination au Mercury Prize, ce qui transforme rapidement quatre garçons appliqués en affaire nationale.

Bloc Party arrive alors au milieu d’une scène britannique déjà très encombrée. Franz Ferdinand a remis les guitares sur les pistes de danse, tandis que The Libertines occupent les pages culture avec une méthode plus inflammable. Kaiser Chiefs, The Futureheads, Maxïmo Park et The Rakes complètent bientôt la photo de groupe. Bloc Party partage avec eux les chemises étroites et les rythmes nerveux, mais le décor s’arrête là. Ses chansons parlent aussi de solitude, de désir, de guerre, d’ennui et de rapports de pouvoir. La précision des arrangements évite au groupe de devenir seulement une machine à remplir les soirées étudiantes, secteur pourtant prospère en 2005. Okereke se tient également à distance du personnage de rockeur jovial attendu par une partie de la presse anglaise. Dans une scène très blanche et volontiers bravache, la présence d’un chanteur noir, gay et réservé ne correspond pas exactement à la recette livrée avec la guitare.

Après Silent Alarm, le refus de rester immobile

Le succès de Silent Alarm aurait pu fournir un mode d’emploi rentable pour plusieurs albums. Bloc Party choisit plutôt de déplacer les murs dès A Weekend in the City, publié en 2007. Produit par Jacknife Lee, le disque agrandit les espaces, épaissit les batteries et laisse entrer davantage d’électronique. Londres y apparaît vue depuis les rues, les clubs, les appartements et les trajets nocturnes. The Prayer avance avec des percussions massives et une ambition presque cérémonielle. I Still Remember raconte un désir entre deux adolescents avec une retenue inhabituelle dans le rock grand public britannique du moment. Ailleurs, Okereke écrit sur la violence raciste, la surveillance, l’isolement et les lendemains de fête peu photogéniques. Le disque est moins immédiat que son prédécesseur, mais il montre que Bloc Party possède autre chose qu’un bon réglage de Telecaster.

Le single Flux, sorti à la fin de 2007, ouvre plus franchement la porte des clubs. Les guitares demeurent, mais les synthétiseurs et la mécanique électronique prennent le premier rang. Intimacy, publié en 2008, poursuit cette direction avec Paul Epworth et Jacknife Lee à la production. Le groupe y assemble rythmes programmés, guitares abrasives et chansons de rupture. L’album est proposé en téléchargement quelques jours seulement après son annonce, manière assez nette de bousculer le calendrier promotionnel traditionnel. Cette vitesse correspond au disque, mais aussi à un groupe fatigué par plusieurs années de studio, de presse et de tournées. Bloc Party fait une pause en 2009, pendant que Kele Okereke développe en solo un travail plus directement tourné vers la musique électronique. La séparation n’est pas encore prononcée, mais personne ne semble pressé de réserver une salle de répétition.

Le quatuor original se retrouve pour enregistrer Four, sorti en 2012. Le titre annonce le quatrième album et réaffirme, avec une discrétion toute relative, l’existence des quatre musiciens. Produit par Alex Newport, le disque remet les amplificateurs au centre et durcit considérablement les riffs. Kettling et Coliseum montrent un Bloc Party plus lourd, parfois proche du grunge ou du rock américain des années 1990. Ce retour physique ne retrouve pourtant pas toujours la précision des débuts. La critique accueille l’album avec des réserves, pointant des chansons moins souples et une direction difficile à lire. Le problème n’est pas simplement que Four ne ressemble pas assez à Silent Alarm. Il ressemble surtout à un groupe qui tente de retrouver un langage commun alors que les conversations sont déjà devenues compliquées.

Bloc Party, les départs et les nouvelles formations

En 2013, la fatigue interne devient impossible à ranger derrière les amplis. Matt Tong quitte le groupe après une période marquée, selon Kele Okereke, par une mauvaise ambiance persistante. Le concert donné au festival Latitude en juillet 2013 scelle ensuite la rupture avec Gordon Moakes. Les versions des tensions ont parfois varié et tous les intéressés n’en ont pas livré le même récit public. Le résultat, lui, ne prête guère à discussion : la formation originale cesse d’exister. Okereke et Lissack conservent Bloc Party et cherchent de nouveaux partenaires. Le bassiste Justin Harris, passé par Menomena, rejoint le projet, tandis que Louise Bartle s’installe à la batterie. Un groupe de rock reste parfois une histoire d’amitié, parfois une petite entreprise où certains collègues ne prennent plus leur café ensemble.

Cette nouvelle formation enregistre Hymns, publié en 2016. Le disque ralentit le mouvement et travaille des textures issues du gospel, de la musique électronique et du rock atmosphérique. Okereke s’appuie notamment sur les chants religieux entendus pendant son enfance, sans présenter l’album comme une profession de foi. La guitare de Lissack se brouille davantage dans les effets, tandis que la rythmique abandonne une partie de l’urgence ancienne. Le résultat divise, notamment parce que le nom Bloc Party évoque encore pour beaucoup une batterie lancée à pleine vitesse sous deux guitares tranchantes. Cette attente devient le compagnon encombrant de chaque nouvel album. Elle résume aussi le paradoxe de la carrière du groupe : changer lui est reproché, se répéter le serait probablement tout autant. Hymns n’efface donc pas le passé, mais confirme que Bloc Party préfère le déplacement au musée de lui-même.

Avec Alpha Games en 2022, le groupe retrouve une attaque plus directe. Nick Launay et Adam Greenspan produisent cet album où Louise Bartle participe pleinement à l’écriture avec Justin Harris. Les guitares redeviennent sèches, les batteries plus nerveuses et les textes observent les rapports de force dans le monde du travail. Le disque ne recrée pas la secousse de 2005, exercice devenu aussi réaliste que de remettre Londres au tarif de 2005. Il rappelle cependant que l’alchimie de Bloc Party dépend moins d’un genre précis que de la friction entre rythme, guitare et inquiétude. Justin Harris quitte ensuite la formation et Harry Deacon prend la basse. En 2023, Bloc Party accompagne Paramore sur plusieurs dates, signe visible de son influence sur une génération arrivée après l’explosion indie britannique. En 2025, Okereke, Lissack, Moakes et Tong reçoivent ensemble un Ivor Novello pour leur catalogue, tandis que les concerts célébrant les vingt ans de Silent Alarm replacent les premières chansons devant de grandes foules.

Le 11 septembre 2026, Anatomy of a Brief Romance ouvre un nouveau chapitre. Trevor Horn produit les quatorze morceaux de ce septième album, construit autour d’une relation vécue par Kele Okereke. Le récit suit cette histoire depuis la rencontre jusqu’à la rupture, dans un ordre volontairement précis. Les synthétiseurs occupent davantage l’espace, mais les motifs anguleux de Russell Lissack restent immédiatement reconnaissables. Okereke utilise les pronoms masculins sans les détours qui accompagnaient parfois ses premiers textes. À ses débuts, il refusait que les journalistes réduisent son travail à sa sexualité ; vingt ans plus tard, il choisit lui-même ce qu’il montre et comment il le raconte. Cette évolution dit assez bien sa place dans Bloc Party, à la fois chanteur, auteur, moteur et source régulière de déplacement. Le groupe conserve ainsi son geste le plus constant : prendre une forme familière, la dérégler légèrement, puis vérifier si elle tient encore debout.


Bloc Party : Anatomy of a Brief Romance (Contagious records / Virgin records) – Sorti le 11 septembre 2026

Sources

  • The Guardian‘I will outshine them all’: the enduring genius of Bloc Party – 2022
  • The GuardianArguments, apologies and scouring YouTube for drummers: how Kele got Bloc Party restarted – 2015
  • PitchforkBloc Party: Silent Alarm Album Review – 2005
  • PitchforkBloc Party: Four Album Review – 2012
  • The GuardianCharli xcx named songwriter of the year at Ivor Novello awards – 2025
  • PitchforkBloc Party Ready New Album Anatomy of a Brief Romance – 2026
  • Rolling Stone UKBloc Party’s Kele Okereke: “I was starting to believe that love and romance wasn’t real” – 2026
  • musicOMHBloc Party – Anatomy Of A Brief Romance – 2026