Givenchy a présenté sa collection printemps-été 2027 le 2 octobre 2026 à Paris, pendant la Paris Fashion Week. Sarah Burton y poursuit le travail engagé depuis son arrivée à la direction artistique de la maison : définir une silhouette immédiatement lisible sans enfermer Givenchy dans une formule. La collection compte 56 looks. Cette fois, le vocabulaire passe d’abord par la coupe : cuir, tailoring, asymétries, panneaux déplacés et robes suspendues construisent un vestiaire où la précision sert autant le mouvement que la forme.
Défilé Givenchy printemps-été 2027 : la précision avant l’effet
Le premier passage donne le mode d’emploi. Une robe noire en cuir serre le corps, tandis que deux fermetures courbes découvrent un envers jaune vif. Le contraste est immédiat, mais le vrai sujet se trouve dans la construction. Sarah Burton explique à Vogue avoir voulu retrouver de l’équilibre dans un monde qu’elle juge précaire. Sa réponse n’est pas de simplifier jusqu’à l’effacement. Elle parle au contraire d’une coupe très construite, nette, presque destinée à « couper à travers le bruit ». Les vêtements vont donc être découpés, déplacés et parfois reconstruits devant le regard. Dès cette première silhouette, la sensualité vient moins de la quantité de peau montrée que de la manière dont la matière organise le corps.
La collection reste pourtant un vestiaire et non une démonstration de patronage. On trouve des jeans droits, des débardeurs simples, des chemises blanches, des manteaux croisés et des tailleurs qui pourraient quitter le podium sans passer par une traduction commerciale. À côté, Burton dérègle volontairement les habitudes. Les jupes remontent devant et descendent sur les côtés. Les trenchs laissent leurs rabats partir de travers. Une robe en maille s’accroche sur une seule bretelle qui tourne autour d’un soutien-gorge. Le cuir, très présent, perd une partie de son poids visuel et peut se comporter presque comme une étoffe souple. C’est cette alternance entre vêtements reconnaissables et interventions beaucoup plus radicales qui empêche la collection de devenir un exercice abstrait.

Sarah Burton n’a plus besoin de recommencer Givenchy
Lorsque Sarah Burton présente son premier défilé Givenchy en mars 2025, elle repart directement de la fondation de la maison. Elle consulte notamment les images de la première collection d’Hubert de Givenchy de 1952. Ce qui l’intéresse alors est moins une citation précise qu’une méthode : des formes graphiques, une construction nette et des vêtements pensés sous plusieurs angles. Son premier vestiaire fixe rapidement quelques signes. Une épaule solide mais pas rigide. Une taille construite. Des bras courbés par les coutures et des pantalons généreux. Burton explique alors vouloir penser le vêtement à 360 degrés, avec autant d’attention portée au dos qu’à la face.
Depuis, ce vocabulaire a bougé. Au printemps-été 2026, elle avait déjà retiré une partie des structures internes des vestes afin de donner au tailoring la légèreté d’un cardigan ou d’une chemise. Pour l’automne-hiver 2026, cela s’était encore relâchée et la collection avait multiplié les personnages plutôt que d’imposer une femme Givenchy unique. Le printemps-été 2027 pousse cette évolution plus loin. WWD note que Burton retourne encore aux premières collections d’Hubert de Givenchy, notamment à leurs tailleurs noirs et à certains imprimés animaliers, mais qu’elle cherche désormais leur équivalent contemporain. C’est une nuance importante. L’archive ne sert plus à prouver qu’elle connaît la maison. Elle fonctionne comme une base technique dont elle peut maintenant s’écarter sans perdre Givenchy en chemin.

Le tailleur Givenchy se découpe et change de comportement
C’est dans les costumes que la collection devient la plus précise. Certains panneaux avant sont inclinés puis croisés vers le bas. Vogue compare leur mouvement à celui de jambes qui se croisent. Ailleurs, Sarah Burton tranche les manches depuis l’épaule avant de les plaquer contre le torse. La manche cesse alors simplement d’être une manche. Elle devient revers, panneau ou protection. Des pantalons voient leur taille prolongée par de longues parties de tissu qui retombent sur les côtés. WWD relève aussi des vestes dont les flancs sont ouverts afin de faire basculer les pans vers l’avant. Le tailoring reste reconnaissable, mais chacun de ses composants peut désormais changer de fonction.
Tout ne fonctionne pas avec la même évidence. Vogue juge certains pantalons aux ceintures prolongées et certaines vestes amputées de leurs manches moins faciles à rapporter à un vestiaire quotidien. Cette résistance n’est pas forcément un défaut. Elle indique surtout l’endroit où Burton accepte de faire passer le laboratoire avant l’efficacité immédiate. Autour de ces essais, les manteaux croisés en prince-de-galles ou bleu marine rétablissent une stabilité presque stricte. Des vestes à basque en satin sont associées à des jeans. Des chemises surdimensionnées rencontrent des jupes ouvertes sur les côtés. La collection avance ainsi entre une forme très contrôlée et des détails qui semblent vouloir lui échapper. Givenchy ne choisit pas entre discipline et relâchement : le défilé organise leur confrontation.
Ce travail ne vient pas seulement d’une fascination pour la technique. Burton insiste régulièrement sur la relation entre le vêtement et la personne qui le porte. Elle explique à Vogue que les essayages du défilé sont pensés comme des conversations avec les mannequins. Les modèles peuvent dire ce qu’elles aiment, ce qu’elles refusent et les vêtements auxquels elles se sentent liées. WWD rapporte la même logique lorsque la créatrice affirme ne pas vouloir « imposer » la mode mais proposer des moyens d’expression différents selon les femmes et les moments. Le casting devient alors une partie de la construction de la collection. Une robe de cuir et un costume ne racontent pas la même autorité. Un débardeur sur un jean ne cherche pas non plus à produire le même corps qu’une robe suspendue. Chez Burton, l’unité se trouve moins dans une silhouette obligatoire que dans la précision avec laquelle chacune est pensée.
Cette manière de travailler explique aussi pourquoi le défilé résiste à une lecture purement bodycon. ELLE voit dans ces volumes élargis et ces vêtements qui occupent physiquement l’espace une forme de contrepoint à l’omniprésence actuelle des silhouettes moulantes. C’est une interprétation du magazine, pas un manifeste formulé par Givenchy. Elle éclaire néanmoins certains choix. Les péplums s’éloignent franchement des hanches. Certaines robes développent leurs structures autour des épaules. Même les pantalons peuvent générer des volumes supplémentaires sur leurs côtés. Le corps n’est pas gommé, mais le vêtement refuse parfois de lui rester docilement collé. La silhouette ne cherche plus seulement à dessiner une anatomie : elle prend possession de l’espace autour d’elle.

Calder, le métal et une robe qui ne repose plus tout à fait sur le corps
Le soir permet à Sarah Burton de pousser cette logique sans tomber dans la robe spectaculaire traditionnelle. Deux modèles en jersey fin sont suspendus à des arabesques de fil de laiton. La structure métallique sort du vêtement, contourne le haut du corps puis maintient l’étoffe à distance. Burton cite à Vogue l’idée de « suspension », de sensualité et de fluidité. Elle évoque également le Cirque Calder, créé par Alexander Calder en 1926. Dans cette œuvre, l’artiste manipulait lui-même de petites figures de fil, de bois et de tissu pour produire un cirque miniature en mouvement. Burton n’en reprend pas littéralement les personnages. Elle retient surtout une relation entre fil métallique, équilibre, corps et mouvement.
C’est probablement ici que la collection dit le plus clairement ce qu’elle cherche. Le vêtement n’a plus besoin d’être lourd pour être construit. Une ligne de métal suffit à donner une architecture à une étoffe souple. The Impression décrit notamment une robe dont la structure est formée à partir d’une pièce de laiton courbée autour du corps, accompagnée de chaînes fines. L’effet est presque contradictoire : une mécanique visible produit une impression de légèreté. Burton utilise donc la technique non pour démontrer son autorité sur le vêtement, mais pour réduire la quantité de matière nécessaire à sa construction. Elle revient ainsi à cette idée de clarté annoncée au début. Pas une simplicité neutre, encore moins un minimalisme convenu. Plutôt une tentative de comprendre jusqu’où une coupe, une articulation ou un fil peuvent suffire à fabriquer une silhouette Givenchy.
La collection ne rompt donc pas avec le Givenchy que Burton construit depuis 2025. Elle le resserre. Le premier défilé existe encore en arrière-plan, mais il n’est plus la réponse systématique. Le tailoring peut désormais se croiser, perdre ses manches ou s’ouvrir. Le cuir peut protéger puis devenir presque liquide. La robe peut quitter le corps pour tenir sur une armature extérieure. Même l’héritage d’Hubert de Givenchy semble utilisé avec davantage de distance. Sarah Burton n’est plus seulement en train d’installer des codes. Elle commence à montrer ce qu’elle peut faire lorsqu’elle accepte de les déplacer.
Il reste d’ailleurs une petite zone de résistance dans ce Givenchy. The Impression estime que certains passages de jour sont plus familiers que les constructions les plus ambitieuses et que la multiplication des propositions peut affaiblir l’idée d’une silhouette unique. C’est précisément là que se joue le risque de Burton. Réduire Givenchy à une formule rendrait la maison plus facilement identifiable, mais beaucoup moins intéressante. Refuser cette formule oblige en revanche chaque collection à produire sa propre cohérence. Le printemps-été 2027 la trouve principalement dans la coupe. Tout part d’un vêtement connu, puis quelque chose glisse, pivote, s’ouvre ou se détache. À Paris, le 2 octobre, Sarah Burton n’a pas changé de langage : elle a commencé à mieux maîtriser ses écarts.
Sources
- Vogue — Givenchy Spring 2027 Ready-to-Wear Collection — 3 octobre 2026.
- WWD — Givenchy Spring 2027: Balance of Power — 2 octobre 2026.
- ELLE — Givenchy Spring 2027 Does Subversive Shapes Through the Female Gaze — 2 octobre 2026.
- The Impression — Givenchy Spring 2027 Fashion Show Review — octobre 2026.
- Fédération de la Haute Couture et de la Mode — Givenchy Womenswear Spring/Summer 2027 — 2 octobre 2026.
- Vogue — Givenchy Fall 2025 Ready-to-Wear Collection — 7 mars 2025.




















