Bleachers a sorti Everyone for Ten Minutes le 22 mai 2026 chez Dirty Hit, avec Jack Antonoff comme leader inconsté. Cinquième album studio du groupe américain, le disque arrive après Bleachers en 2024 et au moment où Antonoff reste l’un des producteurs les plus visibles de la pop américaine. La presse musicale y entend un album indie pop plus ample, plus sentimental, souvent très travaillé, parfois trop familier.
L’avis de la presse musique sur Bleachers et Everyone for Ten Minutes
La réception de Everyone for Ten Minutes s’installe vite dans une zone tiède. Pas de naufrage. Pas de consensus extatique non plus. Metacritic recense quatre critiques au 26 mai 2026, avec un score moyen de 74, classé dans les avis « generally favorable ». Deux critiques sont positives, deux plus partagées. Cela résume assez bien le dossier. La presse reconnaît le savoir-faire de Bleachers. Elle entend aussi les murs porteurs : le saxophone, les guitares larges, la voix chargée d’écho, le vieux rêve américain en chemise ouverte. On ne peut pas dire que Jack Antonoff ait perdu son carnet d’adresses musical. On peut simplement se demander s’il l’a rouvert à la même page.
AllMusic et Clash Music défendent clairement le disque. AllMusic insiste sur le mélange de deuil et de joie, en jugeant que Bleachers a rarement sonné aussi « rousingly real » sur ce terrain. Clash Music voit un album large, traversé par la dévotion, le mariage, la mort et le deuil, avec des instruments allant des guitares électriques aux glockenspiels. Dans ce camp, Everyone for Ten Minutes apparaît comme un disque généreux. Il prend de la place, mais pas seulement pour se regarder dans le miroir. Paste Magazine, en revanche, se montre plus réservé. Le média y entend l’œuvre la plus ambitieuse et la plus lâchée d’Antonoff, mais aussi un album incapable de se débarrasser de certains réflexes trop faciles. The Line of Best Fit pousse la critique plus loin : pour Luke Winstanley, Bleachers reste planté dans sa zone de confort.
Un gros morceau indie pop, mais avec les coutures visibles
Sur le papier, Everyone for Ten Minutes coche beaucoup de cases Bleachers. Les titres annoncés par Pitchfork et Dirty Hit alignent onze morceaux, dont « Sideways », « The Van », « We Should Talk », « You and Forever », « Dirty Wedding Dress » et « Upstairs at Els ». Le premier single, « You and Forever », est arrivé avec un clip réalisé par Alex Lockett, où Jack Antonoff et Margaret Qualley apparaissent dans une scène urbaine plus dramatique que légère. Pitchfork indiquait dès février que le disque contenait des moments sombres, tout en étant présenté par communiqué comme « an optimistic record that feels lovestruck and hopeful ». Voilà le paradoxe Bleachers. Le groupe transforme la peine en refrains énormes. Ça sonne ouvert, presque euphorique, mais le fond reste lourd. Puis le saxophone arrive et force l’émotion, parfois jusqu’à l’excès.
La matière sonore reste très reconnaissable. The Line of Best Fit parle de saxophones insistants, de révérence envers Bruce Springsteen période The River et Tunnel of Love, de murs de son décoratifs et de voix volontairement lo-fi. Vogue France, dans un entretien publié avant la sortie, donne une clé utile : Antonoff explique qu’il superpose souvent les voix pour produire une sensation plus étrange, presque éthérée, mais qu’il choisit parfois une seule voix, un seul micro, quand le récit doit paraître plus direct. Cela éclaire le disque. Everyone for Ten Minutes alterne la confession presque nue et le brouillard fabriqué. Le studio devient une pièce pleine d’instruments et autres concepts : cordes, clavecin, guitares, couches vocales, claviers, souvenirs de van, fantômes de New Jersey. C’est riche. Mais parfois trop bien rangé pour paraître vraiment surprenant.
Electric Lady, Dirty Hit et le monde intérieur de Jack Antonoff
Le contexte de fabrication renforce l’image d’un album très contrôlé. Bon, après le garçon est quand même producteurs de Taylor Swift, Lorde ou Lana Del Rey. Pas vraiment les reines du freestyle. Dans Vogue France, Jack Antonoff dit que le disque a été enregistré avec le noyau dur de Bleachers à Electric Lady Studios, à New York. Il indique aussi avoir travaillé environ deux ans sur l’album. La méthode décrite n’est pas celle d’un producteur qui applique un plan marketing au millimètre, du moins dans son récit. Il dit arriver avec des idées, puis suivre ce qui apparaît en studio. La formule est belle, un peu idéale, mais elle correspond à ce qu’on entend.
Vogue France signale aussi la présence de cordes, avec une approche parfois proche de la tradition irlandaise, et Antonoff attribue les cordes non issues du sample de « The Van » à Bobby Hawk. Le même entretien mentionne le sample de « Just Don’t Want to Be Lonely » de Blue Magic sur « The Van ». Ces détails comptent. Ils évitent de réduire Everyone for Ten Minutes à une simple patine Springsteen avec néons de studio. Le disque travaille aussi par petits frottements. Une corde nostalgique entre dans le titre. Une voix se multiplie. Une texture analogique vient contrarier le présent numérique. NPR, via World Cafe, replace d’ailleurs l’album dans un dialogue plus large avec Electric Lady Studios, les années de tournée DIY en van et le refus d’une musique générée par machine. Antonoff défend l’art humain, pendant qu’il polit chaque recoin. Petite contradiction, mais pas la plus mauvaise.
Ce que Everyone for Ten Minutes confirme dans la discographie de Bleachers
Dans la discographie de Bleachers, Everyone for Ten Minutes arrive après le disque homonyme de 2024 et après plus de dix ans d’un projet longtemps perçu comme l’espace personnel de Jack Antonoff. Pitchfork rappelle que l’album sort deux ans après Bleachers et après une période où Antonoff est resté très actif comme producteur, notamment auprès de Sabrina Carpenter, Kendrick Lamar, Gracie Abrams et Paramore. Ce contexte pèse sur l’écoute. On n’entend plus seulement un groupe indie pop. On entend aussi la main d’un producteur devenu personnage public. The Line of Best Fit parle même de « Jack Antonoff fatigue ». La formule est dure, mais elle touche un point sensible. Quand un son devient omniprésent, chaque nouveau disque doit prouver qu’il est personnel. Et là, c’est une autre affaire.
Antonoff sait écrire des morceaux qui brillent. Il sait aussi recycler ses propres techniques sonores avec une assurance presque administrative. Everyone for Ten Minutes ressemble donc à un disque de transition : assez solide pour confirmer Bleachers comme groupe, pas assez instable pour changer vraiment sa trajectoire. Il avance entre la chambre et l’autoroute, entre le studio new-yorkais et le mythe du New Jersey. Le moteur tourne. La route, elle, paraît déjà connue.
Bleachers : Everyone For Ten Minutes (dirty hit) – Sorti le 22 mai 2026
Sources :
- Pitchfork – Bleachers Reveal New Album, Drop Song “You and Forever” – 2026
- Billboard – Bleachers Announce Fifth Album ‘Everyone For Ten Minutes’ – 2026
- Dirty Hit – Bleachers – everyone for ten minutes Standard CD – 2026
- Metacritic – everyone for ten minutes by Bleachers Reviews and Tracks – 2026
- The Line of Best Fit – Bleachers sound like a band in desperate need of reinvention on Everyone For Ten Minutes – 2026
- Vogue France – Rencontre avec Jack Antonoff : “Mes chansons sont comme des petits films dans ma tête” – 2026
- NPR / World Cafe – Watch: Jack Antonoff performs songs from Bleachers’ new album – 2026

















