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Artichaut ou Gadjo : le bob selon Jacquemus

Jacquemus Le Bob Artichaut, Jacquemus Le Bob Gadjo, bob en coton, bob baroudeur, bob signature imprimé : ces deux accessoires résument une partie du langage de Simon Porte Jacquemus. La maison fondée en 2009 à Paris travaille ici un objet simple, populaire, déjà très chargé : le bob. L’angle n’est pas l’achat, encore moins la carte postale provençale. C’est le rapport entre une forme utile, une tête exposée, un bord qui protège, un cordon qui retient, et une marque française qui a compris qu’un accessoire peut parfois parler plus fort qu’un manteau. Oui, même un bob. C’est dire l’époque.

Le Bob Artichaut et Le Bob Gadjo : le bob Jacquemus comme objet d’usage

Le Bob Artichaut avance avant le visage. Son bord descend, coupe la lumière, mange un peu le front. Le coton prend la chaleur sans chercher à faire sérieux. Le cordon sous le menton remet l’objet dans le monde réel : vent, vélo, plage, terrasse, marche trop longue entre deux rues sans ombre. L’effet “baroudeur” annoncé par Jacquemus vient de là, plus que d’un imaginaire d’aventure très décoratif. Le bord effiloché donne une fatigue contrôlée. Rien ne dit qu’il a souffert. Tout dit qu’il aimerait bien en avoir l’air.

Le Bob Gadjo, lui, est plus net dans son principe. Jacquemus le décrit comme un bob signature imprimé, en toile de coton. Le cordon se place à l’arrière, moins visible que celui de l’Artichaut. Le bord surpiqué maintient la forme et évite l’abandon complet du tissu. Le logo en métal argenté reste là, petit signal de maison, pas vraiment discret, pas franchement criard. Le Gadjo garde l’esprit du bob urbain : pliable, frontal, vite posé, vite retiré. Il fonctionne mieux quand la tenue ne le regarde pas trop. Dès qu’on le théâtralise, il se venge.

Une forme venue du dehors, reprise par Jacquemus

Le bob n’arrive pas dans la mode par la grande porte. Sa forme vient d’un usage de plein air : protéger la tête, les yeux, la nuque, puis se plier sans drame. Les sources historiques disponibles rattachent souvent le bucket hat aux pêcheurs et agriculteurs irlandais du début du XXe siècle, avec des versions en laine ou tweed pensées contre la pluie. Le mot “bucket hat” apparaît dans l’usage anglais au moins dans les années 1930, selon Merriam-Webster. Ensuite, la forme circule. Travail, campagne, pêche, armée, festival, rue, podium. Le bob fait ce que beaucoup de vêtements techniques font très bien : il change de classe sociale sans changer beaucoup de structure. C’est rarement élégant au sens poli du terme. C’est justement pour cela qu’il tient.

Chez Jacquemus, le bob devient un accessoire de climat et d’image. La maison fondée par Simon Porte Jacquemus en 2009 à Paris revendique des références à un art de vivre français, au cinéma, à la peinture, à la sculpture et à des lieux très construits. Ses défilés ont souvent déplacé la mode hors des salles neutres : piscine parisienne, Musée Picasso, champ de lavande, champ de blé, marais salant de Camargue, plage à Hawaï, canal du château de Versailles, Casa Malaparte. Le bob s’insère bien dans cette géographie. Il a besoin d’air, de lumière, de peau, de déplacement. Il supporte mal les couloirs feutrés.

Coton, bord, cordon : ce que ces deux bobs changent sur le corps

Le Bob Artichaut est le plus physique des deux. Sa fiche mentionne un bob en coton, une doublure coton, un long cordon de menton ajustable, un logo en métal argenté et un bord surpiqué. Selon les versions consultées, Jacquemus le présente aussi comme un bucket hat à large bord ou un chapeau d’expédition effiloché. Le mot “expédition” est à prendre avec calme. On parle d’un accessoire de mode à 150 balles, pas d’un équipement pour traverser le Vercors sous la pluie. Mais la forme agit vraiment. Le bord plus large modifie la posture, baisse légèrement le regard, protège mieux le haut du visage. Le cordon ajoute un geste : nouer, serrer, laisser pendre, accepter d’avoir l’air équipé.

Le Bob Gadjo est plus ramassé. La toile de coton donne une tenue moins molle qu’un coton fin, tout en restant légère. Le cordon arrière ajuste sans faire basculer l’objet dans l’imaginaire randonnée. Le bord surpiqué structure le cercle autour du visage. Ce détail compte : un bob trop mou s’écrase, un bob trop raide se déguise en accessoire de costume. Le Gadjo reste entre les deux. Il marche avec un short net, un pantalon large, une chemise ouverte, un débardeur simple, une veste légère. Il se complique avec trop de logos, trop de couleur, trop d’intention. Le bob accepte le soleil, pas toujours le second degré.

Pourquoi ces bobs durent dans un vestiaire actuel

Le Bob Artichaut et Le Bob Gadjo durent parce qu’ils règlent une gêne simple. Le soleil tape. Les lunettes ne suffisent pas. La casquette impose une ligne sportive. Le panama appelle trop vite la mise en scène de vacances. Le bob couvre sans redresser le corps. Il peut rendre une tenue moins propre, moins décidée, donc plus portable. Sur une terrasse, il protège la nuque. En ville, il casse la verticalité d’un vêtement trop net. En voyage, il se glisse dans un sac. Sur la plage, il évite le grand numéro du chapeau de paille. Ce n’est pas une révolution. C’est plus utile que ça. Le bob reste un objet modeste dans sa construction. C’est la marque qui le charge. Parfois trop. Mais porté simplement, il redevient ce qu’il sait faire : couvrir une tête, tenir une lumière, accompagner un corps qui passe d’un trottoir à une table, puis d’une table à la mer.


Jacquemus : Le Bob Artichaut / Le Bob Gadjo – Site officiel

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