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Défilé Chloé Paris Fashion Week : la romance sous protection

Look blanc Chloé avec cape transparente et grand chapeau au défilé printemps-été 2027 à la Paris Fashion Week.

Le défilé Chloé Paris Fashion Week, présenté le 1er octobre 2026 à l’Observatoire de Paris, installe Chemena Kamali dans un territoire désormais identifiable. Pour le printemps-été 2027, la directrice artistique rassemble broderie anglaise, lingerie, tailoring et vêtements de pluie dans une collection placée sous le signe de ses « obsessions ». Les archives de Gaby Aghion, Stella McCartney et Karl Lagerfeld sont présentes, mais elles servent surtout à construire une tension très actuelle : montrer le corps tout en cherchant à le protéger.

Défilé Chloé Paris Fashion Week : la douceur change de poids

Le 1er octobre au matin, Chloé installe son défilé printemps-été 2027 dans l’Observatoire de Paris, bâtiment du XVIIe siècle dont l’architecture apporte immédiatement une forme de gravité au dispositif. Claire Danes, Cynthia Erivo ou Claudia Schiffer sont au premier rang, mais le spectacle cherche assez vite à ramener l’œil vers les vêtements. Chemena Kamali présente une collection que l’Associated Press désigne sous le titre « Obsession ». Le terme correspond bien à sa méthode : reprendre quelques éléments très Chloé et les pousser jusqu’à saturation. La broderie anglaise domine les premières impressions. Le blanc, l’ivoire, les transparences et les volumes souples installent cette féminité légère que Kamali a replacée au centre de la maison depuis son arrivée. Les manches gonflent, les volants s’empilent, les pompons prolongent les gestes du corps. Rien n’est réellement minimal, même lorsque la silhouette semble simple de loin.

Puis le poids change. Vogue relève huit silhouettes construites autour de très grands imperméables, parfois accompagnés de chapeaux qui amplifient encore leur volume. Les manteaux de pêcheurs deviennent rouges ou jaunes, tandis que des couches de vinyle transparent passent au-dessus des vêtements plus fragiles. La transparence demeure, mais elle n’a plus exactement la même fonction. Elle ne découvre plus seulement le corps : elle forme une enveloppe. Les capes et les imperméables coupent la fluidité des robes, ralentissent visuellement la marche et déplacent le centre de gravité du défilé. Le vêtement de pluie n’est donc pas un contrepoint anecdotique ajouté à une collection romantique. Il constitue son autre moitié, plus massive, plus pratique en apparence, mais aussi plus spectaculaire.

Triptyque du défilé Chloé printemps-été 2027 à la Paris Fashion Week, avec trois silhouettes en beige, noir et jaune.
Trois silhouettes du défilé Chloé printemps-été 2027 présenté à Paris.

La broderie anglaise, archive active de Chloé

La principale obsession de Chemena Kamali vient directement des archives. Lors de la présentation de la collection à Vogue, deux grands volumes anciens contenant des échantillons de broderie anglaise provenant de fabricants français et suisses disparus figuraient parmi ses documents de travail. Sarah Mower rappelle que Gaby Aghion utilisait déjà régulièrement cette matière dans les premières collections Chloé des années 1950. Kamali n’en fait pourtant pas un simple signe patrimonial. Elle découpe la broderie autour de décolletés carrés, bateau ou en cœur. Elle ajoute des franges et des pompons qui prolongent les surfaces. Des robes évoquent la chemise de nuit victorienne passée par le filtre des années 1970. Puis la guipure chargée de fleurs en relief épaissit encore cette idée de décoration, notamment sur des robes trapèze noires ou blanches.

Cette accumulation constitue aussi le point de fragilité de la collection. L’Associated Press relève que fleurs, dentelle, pompons et volants peuvent parfois entrer en concurrence à l’intérieur d’une même silhouette. La remarque touche directement à une question ancienne chez Chloé : comment conserver l’impression de facilité lorsque le vêtement exige beaucoup de travail. La maison a construit une partie de son identité sur ce paradoxe. Le savoir-faire doit se voir sans devenir démonstratif. Ici, certaines silhouettes dépassent volontairement cette limite et montrent presque trop clairement leur fabrication. Kamali assume cette densité puisqu’elle présente précisément le projet comme l’addition de ses fixations personnelles pour Chloé. Le résultat fonctionne mieux lorsqu’un seul élément prend le contrôle de la silhouette que lorsque tous les codes de la maison semblent vouloir parler en même temps.

Deux silhouettes du défilé Chloé printemps-été 2027 à la Paris Fashion Week, en blanc et rose pâle, sur un podium au fond flouté.
Deux silhouettes du défilé Chloé printemps-été 2027 présenté à Paris.

Lingerie et tailoring : montrer, puis reprendre le contrôle

La lingerie introduit une rupture plus nette. Kamali retire progressivement de la matière aux chemisiers de dentelle jusqu’à ne conserver que quelques lignes autour du buste. Elle parle de « romantic harnesses », des sortes de harnais romantiques qui encadrent la peau au lieu de la couvrir. Une bande métallique placée sur la poitrine ajoute parfois un éclat plus dur à cet ensemble de coton, d’organza et de dentelle. Le geste est précis parce qu’il repose sur la soustraction après plusieurs passages marqués par l’accumulation. Sous une veste blanche, ces fragments de lingerie deviennent presque graphiques. La sensualité n’est plus produite par la profusion de transparences, mais par quelques attaches et quelques vides. Vogue y voit l’un des gestes les plus contemporains de la collection.

Le tailoring empêche ensuite le défilé de se dissoudre entièrement dans le flou et la lingerie. Les documents de travail de Kamali comprenaient notamment des images de la collection Chloé printemps 1999 dessinée par Stella McCartney. Le pantalon taille haute et évasé reste présent, tout comme plusieurs combinaisons structurées. L’Associated Press relève également la référence au smoking « Noël » de 1972, lié à l’histoire du costume féminin chez Chloé. Ce rappel est important parce qu’il corrige une lecture trop simple de la maison comme territoire exclusif de robes souples et de romantisme bohème. Chez Chloé, le costume masculin adapté au corps féminin appartient aussi au vocabulaire historique. Kamali utilise cette structure sans la rendre autoritaire. La veste sert surtout à donner une limite aux transparences et à empêcher la lingerie de devenir un effet isolé.

Trois silhouettes blanches du défilé Chloé printemps-été 2027 à la Paris Fashion Week, présentées en triptyque sur fond de podium flouté.
Trois looks blancs du défilé Chloé printemps-été 2027 à la Paris Fashion Week.

Karl Lagerfeld, les imperméables et l’idée de protection

L’autre référence historique passe par Karl Lagerfeld. Vogue rattache les grands manteaux de pêcheurs et les capes transparentes superposées à l’intérêt de Kamali pour le travail réalisé par Lagerfeld chez Chloé dans les années 1980. Elle ne reproduit pourtant pas littéralement une silhouette d’archive. Le manteau est agrandi, étagé, parfois presque disproportionné. Le chapeau élargit encore la partie supérieure du corps. Le vinyle permet de conserver une visibilité sur les vêtements placés dessous tout en créant une nouvelle surface. Le mécanisme est simple : quelque chose de léger est couvert par quelque chose de massif, mais cette couverture reste partiellement transparente. La protection n’efface donc jamais complètement ce qu’elle protège. C’est probablement là que la collection trouve son image la plus claire.

Cette opposition donne au printemps-été 2027 de Chloé une dimension moins nostalgique qu’elle n’en a d’abord l’air. La broderie anglaise regarde vers Gaby Aghion, le tailoring vers Stella McCartney et le vêtement de pluie vers Karl Lagerfeld, mais le résultat ne fonctionne pas comme un catalogue d’anciens directeurs artistiques. Kamali se sert plutôt de ces différentes périodes pour construire plusieurs façons de tenir le corps : le laisser libre, le cadrer, le montrer ou le couvrir. Le futur proposé par Chloé n’est pas technologique. Il repose sur une modification de proportions, de transparences et de fonctions ordinaires. Un imperméable peut devenir immense. Une blouse peut perdre presque toute sa matière. Un costume peut servir d’armature à une lingerie fragile. L’archive n’est utile que lorsqu’elle produit cette transformation visible.

Le contexte économique donne aussi une autre lecture à cette insistance sur les codes de maison. Début septembre, Reuters constatait encore la prudence des investisseurs face à la reprise du luxe européen, après plusieurs années de ralentissement des ventes. Bain estimait en juin une progression de seulement 2 % à 4 % du marché des biens personnels de luxe en 2026, après deux années de contraction. Chloé présente donc sa collection dans un moment où la reconnaissance immédiate d’une maison a une valeur commerciale évidente. Kamali ne cherche pas ici à effacer ce qu’elle a installé depuis son arrivée. Elle répète au contraire la dentelle, les pantalons évasés, les robes flottantes et les accessoires fortement identifiables, puis introduit quelques résistances : costume, métal, vinyle, imperméables lourds. Cette stratégie comporte le risque de voir les signes familiers devenir une formule. Mais le défilé du 1er octobre est précisément plus convaincant lorsqu’il dérange cette formule, lorsqu’un manteau de pêcheur recouvre la dentelle ou qu’un harnais remplace presque entièrement le chemisier.

Chemena Kamali ne change donc pas brutalement la direction de Chloé. Elle resserre plutôt le vocabulaire, puis teste la quantité de tension qu’il peut supporter. Le romantisme demeure, mais il est moins innocent dès qu’un élément rigide vient l’encadrer. Le vêtement reste sensuel, mais il accepte désormais une masse, une protection, parfois même une certaine lourdeur. Le meilleur de la collection ne réside pas dans la citation historique la plus fidèle ni dans la pièce la plus décorée. Il apparaît dans les rencontres : dentelle et vinyle, lingerie et veste, robe légère et manteau de pêcheur. C’est là que les archives cessent d’être un argument et recommencent à produire des vêtements. Chloé conserve son image de liberté, mais elle lui ajoute quelque chose de plus intéressant : la possibilité de se couvrir sans disparaître.


Sources

  • Vogue – Chloé Spring 2027 Ready-to-Wear Collection – 2026
  • Associated Press – At Paris Fashion Week, Chloé bets on stars, lingerie and lace in a tougher luxury market – 2026
  • WWD – Chloé Spring 2027: Broderie Anglaise — and Other Obsessions – 2026
  • FashionNetwork – Chemena Kamali presents ‘obsessions’ and contrasts at Chloé – 2026
  • Reuters – European luxury stocks slide as investors remain cautious about recovery – 2026
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