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À qui appartient une chanson après la mort de l’artiste ?

Michael Jackson et Prince réunis dans un double portrait

Après la mort d’un artiste, une chanson continue de produire des droits d’auteur, des revenus de streaming et des redevances sur ses masters. Les successions de Prince et Michael Jackson montrent comment héritiers, exécuteurs testamentaires, labels, éditeurs et investisseurs peuvent se partager ce patrimoine musical. En 2026, alors que Sony Music et le fonds souverain GIC poursuivent leurs achats de catalogues, la question devient très concrète : qui contrôle encore la musique lorsque son créateur n’est plus là ?

Droits d’auteur après la mort : une chanson, plusieurs propriétaires

En janvier 2026, Sony Music Group et le fonds souverain singapourien GIC ont annoncé une alliance destinée à acquérir des catalogues musicaux. L’argent continue donc d’affluer vers des chansons parfois enregistrées depuis plusieurs décennies. La mort de l’artiste ne ferme pas les comptes. Elle ouvre plutôt un dossier juridique, fiscal et familial. Les successions de Prince et Michael Jackson en donnent deux versions particulièrement nettes. Prince est mort sans testament, laissant le tribunal identifier ses héritiers et répartir ses actifs. Michael Jackson avait organisé sa succession, mais certaines décisions de ses exécuteurs ont tout de même été contestées. Dans les deux cas, les chansons ont continué à tourner pendant que les avocats travaillaient.

Une chanson n’est pas un bloc appartenant à une seule personne. Les paroles et la composition forment une première propriété, généralement administrée avec un éditeur. L’enregistrement constitue un autre actif : le master. Celui-ci peut appartenir à l’artiste, à son entreprise, à un label ou à plusieurs partenaires selon les contrats. Le streaming, la radio, les reprises, les films et la publicité ne rémunèrent donc pas toujours les mêmes acteurs. En France, les droits patrimoniaux d’un auteur profitent en principe à ses ayants droit pendant soixante-dix ans après son décès. Le droit moral reste, lui, perpétuel et peut être exercé par les héritiers. Les situations de Prince et Michael Jackson relèvent du droit américain, mais la séparation entre composition, master et gestion successorale reste essentielle pour les comprendre.

Prince : six années pour partager un royaume sans testament

Prince est mort le 21 avril 2016 dans son complexe de Paisley Park, dans le Minnesota. Il n’avait laissé aucun testament connu. Il n’avait pas non plus d’enfant reconnu pouvant recueillir directement sa succession. Sa sœur Tyka Nelson et cinq demi-frères et demi-sœurs ont finalement été désignés comme héritiers. Avant cela, près de trente personnes avaient tenté de faire reconnaître un lien de parenté. Le tribunal a dû inventorier les biens, examiner les créances et fixer une valeur fiscale. En janvier 2022, l’administration fiscale américaine et les représentants des héritiers se sont accordés sur une estimation de 156,4 millions de dollars. La répartition définitive a été approuvée quelques mois plus tard, soit plus de six ans après la mort du musicien.

Entre-temps, certains héritiers avaient vendu leurs participations à Primary Wave, société spécialisée dans l’achat et l’exploitation de droits musicaux. Ces parts comprenaient notamment des intérêts liés aux royalties des masters, aux droits d’auteur, au nom de Prince et à Paisley Park. La succession s’est ainsi retrouvée divisée entre un groupe d’héritiers et une entreprise extérieure à la famille. Londell McMillan, ancien avocat de Prince et conseiller de plusieurs héritiers, avait affirmé qu’ils allaient « se battre pour préserver l’héritage de Prince ». Le verbe préserver laisse toutefois beaucoup de place aux contrats. Il faut décider des rééditions, des titres inédits, des licences publicitaires et de l’utilisation de l’image du musicien. Chaque projet peut faire entrer de l’argent, mais aussi modifier la manière dont l’œuvre est présentée. Prince avait passé une partie de sa carrière à réclamer le contrôle de sa musique ; après sa mort, ce contrôle est devenu une copropriété.

Michael Jackson : un catalogue géré comme un empire

Michael Jackson est mort le 25 juin 2009 en laissant un testament et une structure de gestion. L’avocat John Branca et le producteur John McClain ont été chargés d’administrer la succession. Les documents judiciaires rendus publics en 2024 décrivaient pourtant une situation financière très lourde au moment du décès. Les dettes et créances dépassaient alors 500 millions de dollars. Les exécuteurs ont développé des spectacles, des films, des rééditions et des productions scéniques autour du catalogue. En 2024, Sony Music a acquis la moitié de certains droits sur les masters et l’édition musicale de Michael Jackson. Selon Billboard, l’opération aurait atteint au moins 600 millions de dollars, pour une valorisation totale supérieure à 1,2 milliard. Le montant précis n’a pas été officialisé par les parties.

Katherine Jackson, la mère du chanteur, a contesté cette vente devant la justice californienne. Elle estimait notamment que Michael Jackson souhaitait conserver ses principaux actifs au sein de la famille. Une cour d’appel a toutefois jugé en août 2024 que le testament donnait aux exécuteurs un large pouvoir de vente. Les enfants de Michael Jackson sont bénéficiaires du trust, mais cela ne signifie pas qu’ils administrent directement chaque chanson. Les décisions courantes reviennent aux gestionnaires désignés, sous le contrôle des tribunaux lorsque survient un conflit. Les héritiers peuvent donc recevoir les revenus d’une œuvre sans posséder seuls ses masters ni choisir chaque exploitation. Le label, l’éditeur, le trust ou un investisseur peuvent tous détenir une partie de la même musique. Après la mort d’un artiste, une chanson appartient rarement à une seule personne ; elle appartient surtout à l’architecture des contrats qu’il laisse derrière lui.


Sources

  • Reuters — « Singapore’s GIC, Sony Music partner to buy music catalogs », 29 janvier 2026.
  • Légifrance — Code de la propriété intellectuelle, droits moraux et durée de protection, version en vigueur en 2026.
  • Sacem — « Fiche succession », droits des créateurs et transmission aux ayants droit.
  • Reuters — « Minnesota judge denies claims of 29 would-be heirs to Prince estate », 29 juillet 2016.
  • Primary Wave — « Primary Wave Partners with Prince Estate », 2 août 2021.
  • Pitchfork — « Prince Estate Legal Battle Over Assets Finally Resolved After 6 Years », 2 août 2022.
  • Billboard — « Michael Jackson Estate Sells Music Rights to Sony at $1.2B Valuation », 9 février 2024.
  • The Guardian — « Michael Jackson was more than $500m in debt when he died in 2009 », 28 juin 2024.
  • People — « Katherine Jackson’s Latest Appeal Denied in Ongoing Legal Battle over Michael Jackson’s Estate », 22 août 2024.