Accueil / Mode / Show Must Go Wow / Défilé Jean Paul Gaultier printemps-été 2027 : Duran Lantink tord les codes de la maison

Défilé Jean Paul Gaultier printemps-été 2027 : Duran Lantink tord les codes de la maison

Mannequin portant une robe marron à lanières de cuir et ornements métalliques lors du défilé Jean Paul Gaultier printemps-été 2027 à Paris.

Le défilé Jean Paul Gaultier du 4 octobre 2026 a présenté au Palais de Tokyo, pendant la Paris Fashion Week, la collection prêt-à-porter printemps-été 2027 imaginée par Duran Lantink. Miroirs, tailoring déformé, soutien-gorge conique, peau découverte et grelots : le créateur poursuit son travail sur le corps tout en rendant la garde-robe Gaultier plus lisible. Une collection moins occupée à citer les archives qu’à chercher ce que la maison peut devenir.

Défilé Jean Paul Gaultier : le corps vu en trois dimensions

Le sous-sol du Palais de Tokyo est devenu blanc. Des panneaux de miroir renvoient les silhouettes et fragmentent le public. Le dispositif n’est pas seulement décoratif. Chez Duran Lantink, regarder un vêtement de face ne suffit plus vraiment. Une veste paraît presque sage, puis son profil révèle une épaule poussée vers l’avant, une poitrine saillante ou une taille déplacée. Le premier manteau blanc donne immédiatement la règle : épaules rondes, col sculpté, construction nette et volume légèrement inquiétant. Le tailoring reste identifiable, mais quelque chose a bougé. Le vêtement ne repose plus simplement sur le corps, il négocie avec lui.

Lantink parle d’ailleurs de vêtements pensés en trois dimensions et insiste sur la vue de trois quarts. Cela se voit partout. Une robe blanche drapée s’éloigne du buste au lieu de le suivre. Des cols se détachent du cou. Des vestes déplacent l’épaule vers la poitrine. Une camisole de dentelle se prolonge par une construction tubulaire. Même les pièces les plus ordinaires semblent avoir reçu une greffe. Il y a quelque chose d’un peu absurde dans ces volumes, mais l’absurde est construit avec précision. Chez Gaultier, le corps a rarement été un simple support ; Lantink préfère désormais en faire une architecture mobile.

Trois silhouettes du défilé Jean Paul Gaultier printemps-été 2027 à la Paris Fashion Week, entre manteau blanc structuré, cuir brun et robe blanche.
Trois silhouettes du défilé Jean Paul Gaultier printemps-été 2027 à Paris.

Le soutien-gorge conique n’est plus une relique

Évidemment, le soutien-gorge conique revient. Difficile d’entrer chez Jean Paul Gaultier sans croiser cette forme devenue presque aussi identifiable que le nom de la maison. Lantink évite pourtant la copie appliquée. Les bonnets s’allongent, remontent, pointent parfois comme des cornes et apparaissent dans des ouvertures ménagées au milieu des vêtements. Sur un costume sombre, la lingerie devient une pièce dure et presque mécanique. Ailleurs, elle surgit d’une silhouette couleur terre ou se fond dans le denim. La référence à Madonna et au Blond Ambition Tour existe forcément dans l’œil du spectateur, mais elle n’est plus le sujet unique. Le cone bra cesse d’être une relique des années 1990 pour redevenir un problème de construction.

Le plus intéressant arrive peut-être lorsque Lantink baisse légèrement le volume. Des jeans taille basse apparaissent avec des chemises courtes, des hauts blancs et des pièces en maille. Le kilt revient, porté sans grand discours, rappel évident du travail de Gaultier sur les jupes masculines. Des bombers oversize côtoient des robes en jersey et des manteaux beaucoup plus stricts. Les carreaux rouges, les tartans et les chemises donnent à certaines silhouettes une familiarité presque rassurante. Presque. Une découpe, un ourlet rigide ou une poitrine déplacée vient généralement casser l’équilibre. Même les chaussures à orteil séparé participent à cette petite anomalie permanente. La collection est plus portable, mais Lantink semble avoir compris que « portable » n’oblige pas à devenir poli.

Trois silhouettes du défilé Jean Paul Gaultier printemps-été 2027 à Paris : maillot blanc à pois, ensemble kaki découpé et robe-manteau beige à capuche.
Jean Paul Gaultier printemps-été 2027 : jeux de découpes, volumes architecturaux et tons neutres à la Paris Fashion Week.

Folklore, grelots et bruit dans les couloirs de Gaultier

Puis le défilé change de registre. Le folklore entre dans la pièce avec des carreaux, des broderies, des jupes plissées, des foulards noués et des volumes qui regardent vers les costumes traditionnels néerlandais et alpins. Une coiffe de nonne apparaît au-dessus d’une silhouette en denim. Plus loin, certaines pièces accumulent les volants et les ornements. Rien n’est traité comme une reconstitution. Lantink prélève les signes, les agrandit et les mélange aux vêtements de nuit, au tailoring ou à la lingerie. Le résultat peut parfois frôler le costume, mais c’est précisément dans ce frottement que le défilé retrouve l’humour de Gaultier. Le sacré, le provincial, le sexuel et le bourgeois finissent dans la même garde-robe.

Et soudain, les vêtements font du bruit. Des grelots cousus sur des jupes, des jeans, des manteaux ou des coiffes annoncent les mannequins avant même qu’ils soient complètement visibles. Le point de départ est minuscule : Lantink explique avoir trouvé dans les archives un gant Gaultier de 1989 décoré de clochettes. Il en retient moins la forme que le son. C’est une bonne manière de comprendre cette collection. L’archive sert de déclencheur, pas de mode d’emploi. Un accessoire oublié devient une série de vêtements sonores, comme le soutien-gorge conique devient une structure plutôt qu’une citation. L’héritage reste là, mais il est utilisé, déplacé, parfois malmené.

Trois silhouettes du défilé Jean Paul Gaultier printemps-été 2027 : jupe à carreaux, maillot ajouré à franges et tailleur rose à carreaux.
Jean Paul Gaultier printemps-été 2027 : les carreaux se déclinent entre jupe plissée, maillot échancré et tailleur structuré.

Jean Paul Gaultier était lui-même présent au défilé. Sa présence pourrait facilement transformer chaque collection de son successeur en examen de passage. Duran Lantink semble justement commencer à sortir de ce piège. Il reprend les jupes, le tailoring, la lingerie et le goût de la provocation, mais il ajoute ses propres obsessions : les volumes gonflés, les corps artificiellement remodelés, les vêtements qui ne fonctionnent pas de la même manière selon l’angle. Le résultat n’efface pas Gaultier et ne cherche d’ailleurs pas à le faire. Il montre plutôt comment une maison saturée d’images connues peut encore produire quelques formes imprévues. Tout ne demande pas d’être transformé en monument. Parfois, un soutien-gorge pointu et une poignée de grelots suffisent à remettre la machine en marche.


Sources

  • Vogue — Jean Paul Gaultier Spring 2027 Ready-to-Wear Collection — 5 octobre 2026
  • Vogue France — Chez Jean Paul Gaultier, Duran Lantink fait renaître le soutien-gorge conique — 5 octobre 2026
  • Vogue Business / Vogue — Behind the Scenes: Duran Lantink Defines His Vision for Ready-to-Wear at Jean Paul Gaultier — 4 octobre 2026
  • ELLE — Jean Paul Gaultier Makes the Bizarre Beautiful—and Wearable — 4 octobre 2026
  • W Magazine — Duran Lantink’s Jean Paul Gaultier Is Bolder Than Ever — 5 octobre 2026
  • Fédération de la Haute Couture et de la Mode — Jean Paul Gaultier — calendrier officiel du 4 octobre 2026
Étiquetté :