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Défilé Chanel : Matthieu Blazy libère le tailleur

Mannequin portant un tailleur Chanel en tweed blanc à franges noires, composé d'une veste et d'une jupe assortie, lors du défilé printemps-été 2027 à Paris.

Le 5 octobre 2026, au Grand Palais, Matthieu Blazy présente le défilé Chanel printemps-été 2027, un an après ses débuts à la direction artistique de la maison. Sous une nuée d’oiseaux suspendus, les 83 silhouettes explorent les différentes vies de Gabrielle Chanel. Tweed extensible, lingerie transparente, vestiaire masculin et robes du soir composent une collection où le vêtement cherche moins à imposer une allure qu’à accompagner le corps. L’héritage demeure, mais ses règles commencent à changer.

Défilé Chanel printemps-été 2027 : sous les oiseaux, une autre idée de la liberté

Au Grand Palais, le regard monte d’abord vers le plafond. Sous la verrière, une nuée d’oiseaux blancs semble suspendue dans son élan, éclairée par une lumière qui transforme progressivement l’espace. Une lune domine la scène, tandis qu’un sol miroir aux couleurs changeantes renvoie les silhouettes vers le ciel. Le dispositif, auquel a collaboré le scénographe Richard Peduzzi, donne au monument parisien une dimension presque irréelle. Quelques chants d’oiseaux précèdent l’apparition du premier mannequin, comme si le décor possédait sa propre bande-son. Plus tard, la musique circule entre la pop d’a-ha, des lectures enregistrées de Orlando de Virginia Woolf par Nicole Kidman, puis le « Gimme More » de Britney Spears qui accompagne les derniers passages. Le contraste entre ces registres ne cherche pas particulièrement la discrétion, mais il introduit une certaine légèreté dans un exercice traditionnellement chargé de solennité. Matthieu Blazy installe ainsi un défilé où Chanel semble moins préoccupé par sa gravité historique que par les différentes manières de s’en affranchir.

Dyanira Hurbuscher ouvre le défilé dans une robe blanche proche de la lingerie, dont la maille légère laisse apparaître le travail du corsage, ponctué d’une fleur plissée. Rien ici de la silhouette Chanel immédiatement identifiable, avec sa veste en tweed et ses boutons dorés. Pourtant, le mannequin tient à la main un objet qui appartient directement à l’histoire de la maison : le véritable sac 2.55 de Gabrielle Chanel, sorti des archives du patrimoine. Le cuir est marqué, assoupli par l’usage, loin de la perfection des accessoires présentés en boutique. Ce sac personnel réapparaît à la fin du défilé, porté par le même mannequin, cette fois vêtu d’un tailleur noir. Entre ces deux silhouettes, Blazy déploie plusieurs interprétations de l’identité de Gabrielle Chanel, sans chercher à reconstituer fidèlement les étapes de son existence. La créatrice devient le point de départ d’une réflexion sur les vêtements que l’on porte, ceux que l’on abandonne et ceux qui continuent de nous définir malgré nous. Cette manière d’aborder l’héritage évite le musée : elle considère les archives comme une matière encore disponible, plutôt que comme un ensemble de règles à respecter.

Trois silhouettes du défilé Chanel printemps-été 2027 à Paris : robe en maille claire, robe volumineuse en tulle gris bleuté et ensemble rouge corail avec veste écrue.
Chanel printemps-été 2027 : jeux de transparence, volumes en tulle et broderies colorées sur le podium parisien.

Le tailleur Chanel abandonne sa rigidité

La transformation la plus convaincante concerne le tailleur, cette pièce qui concentre à elle seule une bonne partie de l’identité de Chanel. Matthieu Blazy en conserve les éléments immédiatement reconnaissables, mais modifie le rapport entre le tissu, la coupe et le corps. Les vestes perdent de leur raideur, les épaules paraissent moins autoritaires et les jupes accompagnent davantage le mouvement de la marche. Certaines vestes se portent directement sur la peau, sans chemisier pour maintenir la distance habituelle entre le vêtement et le corps. D’autres sont simplement tenues à la main, parfois suffisamment longues pour frôler le sol, comme si leur présence devenait facultative. Les tailles descendent sur les hanches, tandis que les jupes fendues libèrent la démarche sans transformer systématiquement la silhouette en exercice de séduction. Le tweed smocké, développé pour donner au tissu une élasticité proche de celle du sportswear, constitue l’une des recherches techniques les plus significatives de cette collection. Chanel ne renonce pas à son tailleur, mais lui retire une partie de son autorité physique, ce qui revient presque à modifier la relation entre la maison et les femmes qu’elle habille.

Cette volonté de relâchement traverse également les références historiques convoquées par Matthieu Blazy. Les corsets de l’époque édouardienne ne disparaissent pas complètement, mais leurs armatures deviennent visibles, parfois réduites à quelques lignes qui structurent une pièce de lingerie. Les cols à volants, les basques et les constructions anciennes subsistent sous forme de fragments, détachés de leur fonction première. À l’inverse, le vestiaire masculin apporte ses pantalons, ses gilets et ses vestes aux bords volontairement laissés bruts. Certaines silhouettes associent ainsi une précision presque cérémonielle à une manière beaucoup plus désinvolte de porter les vêtements, les mains glissées dans les poches ou les chemises ouvertes. Un corsage brodé de perles peut accompagner un pantalon noir relativement simple, sans que l’ensemble cherche à dissimuler ses contradictions. Le vêtement reste construit, travaillé, parfois très ornementé, mais sa fabrication ne doit plus nécessairement se traduire par une posture rigide. C’est peut-être là que Blazy se rapproche le plus de Gabrielle Chanel : non dans la répétition de ses créations, mais dans cette idée que l’élégance commence aussi lorsque le corps cesse d’obéir au vêtement.

Trois silhouettes du défilé Chanel printemps-été 2027 à Paris : ensemble graphique multicolore, costume noir masculin et veste rouge sur jupe crème.
Chanel printemps-été 2027 : imprimés graphiques, tailoring noir et veste rouge à bordures contrastées sur le podium parisien.

Entre transparence, couleurs et désordre maîtrisé

La collection prend ensuite une direction plus libre, où les matières deviennent presque aussi importantes que les silhouettes. Des robes en soie superposée reproduisent les variations d’un ciel, du bleu pâle de la journée aux couleurs plus sombres de la nuit. Les tissus se soulèvent légèrement pendant la marche, laissant apparaître différentes épaisseurs de transparence, sans que le vêtement perde complètement sa structure. Certaines robes du soir empruntent aux années 1930 leurs coupes en biais, leurs broderies et leurs surfaces perlées, mais cherchent à conserver la souplesse d’un vêtement beaucoup plus quotidien. À côté de ces propositions légères, des ensembles aux motifs multicolores évoquent les peintures d’Édouard Vuillard, tandis que le tweed accueille des rayures animalières rouges et blanches. Les couleurs se heurtent parfois, les broderies débordent des contours et les finitions effilochées donnent à certaines pièces une apparence volontairement imparfaite. Les souliers bicolores, les imprimés léopard ou tigre et les sacs matelassés prolongent cette accumulation, jusque dans les détails les plus petits. Les oiseaux du décor réapparaissent sur les boutons et les bijoux, tandis qu’une minaudière en forme de cage vide reprend, de manière plus littérale, le thème de la liberté.

Cette profusion donne au défilé son rythme, mais elle en révèle également les limites. Avec 83 passages, Matthieu Blazy multiplie les directions, au risque de rendre certaines silhouettes moins lisibles lorsqu’elles accumulent trop de références, de couleurs et de textures. Là où Vogue France insiste sur la légèreté du travail textile et la souplesse nouvelle du tailleur, l’Associated Press relève notamment que certaines associations de motifs et plusieurs références au tutu de ballet se rapprochent davantage du costume. Cette différence de lecture est révélatrice : la collection réussit lorsqu’elle transforme concrètement la manière de porter un vêtement, mais devient moins convaincante lorsqu’elle cherche à illustrer toutes ses idées simultanément. Le décor, les oiseaux, les archives, les robes transparentes et les accessoires participent d’une même volonté d’émancipation, sans toujours posséder la même force. Blazy semble parfaitement capable de déplacer les codes de Chanel, mais pas encore décidé à renoncer à la démonstration qui accompagne leur transformation. La silhouette finale, un tailleur noir porté avec le sac personnel de Gabrielle Chanel, rappelle pourtant qu’il n’est pas nécessaire de multiplier les effets pour affirmer une direction. Un an après son arrivée, la question n’est donc plus de savoir si Matthieu Blazy peut changer Chanel, mais jusqu’où il acceptera de simplifier son propre langage pour laisser les vêtements parler.

Trois silhouettes du défilé Chanel printemps-été 2027 à Paris : ensemble en tweed noir et gris, robe fluide bleu ciel et tailleur court en tweed blanc.
Chanel printemps-été 2027 : le tweed noir et blanc encadre une robe bleu ciel vaporeuse sur le podium de la Fashion Week de Paris.

Sources :

  • Chanel — Printemps Été 2027 — Présentation officielle de la collection.
  • Vogue Runway — Chanel Spring 2027 Ready-to-Wear Collection — 5 octobre 2026.
  • Vogue France — Tout ce qu’il faut admirer de la collection Chanel printemps-été 2027 — 6 octobre 2026.
  • Reuters — Chanel unveils tiger-print tweed and sheer skirt suits in spring/summer Paris show — 5 octobre 2026.
  • Associated Press — Nicole Kidman, Zendaya and hovering cars see Paris Fashion Week go out on a high — 6 octobre 2026.
  • Numéro — Au défilé Chanel, Matthieu Blazy raconte les mille vies de Gabrielle — 5 octobre 2026, modifié le 9 octobre.
  • Madame Figaro — L’envol exceptionnel de Chanel au Grand Palais — 6 octobre 2026.
  • Harper’s Bazaar — Matthieu Blazy Gives Us More at Chanel — 6 octobre 2026.
  • Harper’s Bazaar — Matthieu Blazy Sent Coco Chanel’s Own 2.55 Bag Down the Runway — 6 octobre 2026.
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