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Kate Bush : les albums essentiels pour découvrir son univers

Kate Bush est une chanteuse, autrice, compositrice, musicienne et productrice britannique. Depuis Wuthering Heights en 1978, elle a construit une œuvre où la pop peut parler de fantômes, de tempêtes, de désir, de maternité, de peur nucléaire ou de neige. Son retour massif dans les écoutes avec Running Up That Hill en 2022 a rappelé une chose simple : ses chansons n’avaient pas attendu TikTok, Netflix ou la nostalgie pour tenir debout.

Une voix, un corps, une étrangeté

Kate Bush apparaît d’abord comme une anomalie très visible. En 1978, Wuthering Heights arrive avec une voix perchée, un piano dramatique, des cordes qui gonflent et une héroïne morte qui parle depuis les landes. Le morceau s’inspire de l’univers d’Emily Brontë, mais il ne sonne pas comme une adaptation littéraire sage. Il sonne comme une possession. Dans le clip, Kate Bush danse en robe rouge ou blanche selon les versions, bras ouverts, regard fixe, gestes trop grands pour le cadre. La pop britannique de l’époque regarde encore le punk, le pub rock, le disco, les studios sérieux. Elle, elle joue Catherine Earnshaw comme si la télévision venait de découvrir le théâtre d’épouvante. On peut trouver cela excessif. Ce serait même un peu le principe.

Ce qui distingue Kate Bush dès le départ, c’est que la chanson n’est jamais seule. Il y a la voix, mais aussi le visage, les mains, les épaules, le costume, le décor mental. Elle a travaillé le mouvement et le mime, notamment dans l’orbite de Lindsay Kemp, figure importante aussi pour David Bowie. Cela s’entend presque autant que cela se voit. Sur The Kick Inside, son premier album sorti en 1978, la jeune artiste chante déjà comme plusieurs personnages enfermés dans la même gorge. The Man with the Child in His Eyes montre une autre face : moins spectrale, plus suspendue, presque domestique. The Kick Inside reste donc la première porte d’entrée. Pas la plus simple, mais la plus nette pour comprendre l’éclosion : une adolescente ne demandait pas la permission d’être bizarre, elle l’était déjà avec méthode.

Kate Bush albums : par où entrer dans le labyrinthe

Entrer dans Kate Bush par les albums demande d’éviter deux pièges. Le premier serait de commencer par une compilation et d’en rester aux tubes. Le second serait de foncer directement dans les zones les plus denses en pensant prouver sa bonne volonté. The Kick Inside donne l’origine, mais Hounds of Love donne la clé. Sorti en 1985, cet album équilibre le format pop et le récit long. La première face contient Running Up That Hill, Hounds of Love, The Big Sky et Cloudbusting. La seconde, The Ninth Wave, suit une femme perdue en mer, entre sommeil, hallucination et survie. Voilà : un disque pop qui se comporte comme un film intérieur.

Avant Hounds of Love, il y a The Dreaming, sorti en 1982. C’est souvent le disque qui fait peur aux nouveaux venus, et il a de quoi. Rythmes cassés, voix transformées, Fairlight CMI, percussions sèches, récits obliques, personnages nerveux. Kate Bush y prend davantage le contrôle de la production et pousse ses chansons vers une forme plus heurtée. Le disque a moins bien fonctionné commercialement que ce qui suivra, mais il reste central pour comprendre son indépendance. C’est l’album où elle cesse définitivement d’être seulement “la fille de Wuthering Heights”. Ce genre d’étiquette colle vite. Elle l’arrache avec des ongles propres et quelques machines coûteuses.

Après Hounds of Love, The Sensual World en 1989 ouvre une zone plus charnelle. La voix est plus basse, les arrangements plus enveloppants, le rapport au désir plus adulte. This Woman’s Work, souvent repris et réutilisé, montre sa capacité à écrire une émotion directe sans perdre son étrangeté. The Red Shoes, sorti en 1993, est plus inégal, plus frontal, parfois plus daté dans ses sons. Il reste important pour ses obsessions de scène, de danse, de conte cruel et de transformation. Kate Bush en tire aussi le moyen métrage The Line, the Cross and the Curve, qu’elle a réalisé et dans lequel apparaît Miranda Richardson. Tout ne fonctionne pas avec la même précision. Mais chez elle, même les excès ont plus de nerfs que bien des réussites confortables.

Ce qui reste : une artiste qui choisit son tempo

Kate Bush compte encore parce qu’elle a montré qu’une artiste pop pouvait construire son propre système. Elle écrit, compose, produit, pense l’image, travaille les clips comme des formes narratives, et disparaît quand elle le juge nécessaire. Ce n’est pas une stratégie de rareté bien emballée. C’est plutôt une manière de refuser le bruit constant. Après The Red Shoes, elle attend douze ans avant de sortir Aerial en 2005. Là encore, le disque avance à son rythme, avec oiseaux, lumière, piano, domesticité, longues plages et formes étirées. 50 Words for Snow, en 2011, va encore plus loin dans la lenteur. Dans une industrie qui adore confondre présence et importance, elle a longtemps choisi l’absence. C’est agaçant pour les calendriers. C’est très bon pour les disques.

Son retour sur scène en 2014 avec Before the Dawn, à Londres, n’a pas pris la forme d’une tournée, mais d’une résidence. À l’Hammersmith Apollo, elle s’appuyait sur des suites de Hounds of Love et Aerial, avec théâtre, récit, projection, personnages et mer noire. Elle ne venait pas refaire la jeune femme de 1978 en robe rouge. Elle venait reprendre possession de ses propres mondes. Là encore, le corps comptait, mais autrement. Moins d’acrobatie, plus de présence. Les chansons avaient vieilli, mais pas dans le sens triste du mot. Elles avaient pris du poids.

Pour découvrir Kate Bush sans se perdre, il faut commencer par Hounds of Love. Ensuite, revenir à The Kick Inside pour entendre le surgissement de Wuthering Heights et la précocité de The Man with the Child in His Eyes. Puis passer à The Dreaming, parce que c’est là que l’indépendance devient sonore, presque physique. Après cela, The Sensual World permet d’entrer dans une Kate Bush plus adulte, moins féerique, plus tactile. Aerial sert de porte vers la seconde moitié de son œuvre, plus lente, plus domestique, plus contemplative. Les morceaux à garder près de soi pour commencer : Wuthering Heights, Running Up That Hill, Cloudbusting, Hounds of Love, Babooshka, This Woman’s Work. C’est assez pour ouvrir la maison de Kate Bush. En sortir est une autre histoire.


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