Lanvin a présenté sa collection printemps-été 2027 le 2 octobre 2026 à Paris, pendant la Fashion Week, sous la direction artistique de Peter Copping. Le créateur part cette fois d’une trentaine de femmes plutôt que d’une muse unique : Jeanne Lanvin, Anjelica Huston, Georgia O’Keeffe, Tina Chow, Pina Bausch, Lee Miller ou Elsa Peretti. Derrière ce casting mental, le défilé Lanvin printemps-été 2027 pose une question très concrète : comment utiliser plus d’un siècle d’archives sans fabriquer des vêtements qui ressemblent à des archives ?
Défilé Lanvin printemps-été 2027 : une femme ne suffit plus
Le calendrier officiel de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode fixe le défilé Lanvin au vendredi 2 octobre, à 15 h 30. Peter Copping est alors directeur artistique de la maison depuis septembre 2024. Son point de départ, cette saison, n’est pourtant ni une période précise ni une silhouette historique. Vogue décrit un tableau de recherches couvert d’une trentaine de photographies, majoritairement en noir et blanc. On y trouve Tina Chow, Anjelica Huston, Georgia O’Keeffe, Anna Piaggi, Elsa Peretti ou Tonne Goodman. WWD ajoute notamment Pina Bausch, Thelma Golden et Lee Miller, aux côtés de Jeanne Lanvin elle-même. Ces femmes appartiennent à des générations et à des milieux différents, mais elles ont en commun d’avoir construit un style reconnaissable sans le transformer en uniforme. Copping répond ainsi assez directement à la vieille question de la « femme Lanvin » : il ne veut pas qu’il y en ait une seule.
C’est une nuance importante, car la maison pourrait facilement se contenter de rejouer Jeanne Lanvin. Ses archives offrent assez de robes, de broderies, d’Art déco, de références aux années 1920 et 1930 pour alimenter longtemps une nostalgie luxueuse. Copping emprunte une autre route. Il utilise l’histoire comme un stock de solutions, pas comme un décor à reconstituer. Le noir et blanc associé à Jeanne Lanvin côtoie ainsi des références beaucoup plus tardives, jusqu’aux femmes du monde de l’art, de la danse ou de la mode de la seconde moitié du XXe siècle. Ce mélange empêche la collection de se fixer sur une décennie. Il déplace surtout le sujet de la maison vers celle qui porte le vêtement. À Vogue, Copping résume sa position en expliquant que les vêtements doivent pouvoir correspondre à différentes circonstances de la vie réelle. Cette phrase assez simple fournit probablement la meilleure clé du défilé.

Peter Copping retire avant d’ajouter
Le premier passage donne immédiatement la méthode. Vogue relève un manteau crème à taille descendue, puis des vestes aux cols châle assouplies, des jupes et un tailoring noir et blanc dérivé du vestiaire masculin. WWD décrit de son côté des manteaux étroits et fluides, associés à des pantalons, puis de longues tuniques qui prolongent la ligne du corps. Rien ne cherche vraiment l’accident spectaculaire. Même les basques, visibles ailleurs sur les podiums parisiens cette saison, restent contenues. Copping travaille davantage la longueur, le tombé et la quantité de matière. Il explique à Vogue retirer autant de tissu que possible afin de laisser à la femme la possibilité de superposer elle-même les pièces. Cette économie produit un vêtement qui paraît moins contraignant sans devenir informe.
Le geste devient plus net encore avec les tailleurs réalisés dans des soies souples, un procédé que Vogue rattache au Lanvin des années 1930. Deux ensembles rouge tomate rompent le noir, le blanc et les tons plus calmes sans modifier la logique générale. La couleur ne sert pas à fabriquer artificiellement un moment de podium. Elle accentue une coupe déjà établie. Il y a quelque chose d’assez peu démonstratif dans cette manière de faire, surtout à une époque où beaucoup de maisons cherchent encore l’image immédiatement identifiable sur un écran. Lanvin prend ici le risque inverse : demander que l’on regarde la construction. Même un pantalon ou un short fluide à entrejambe bas, remarqué par WWD pour son apparence presque semblable à une jupe, reste dans cette politique de déplacement léger. Copping ne détruit pas les catégories du vestiaire ; il les desserre. C’est moins une révolution de silhouette qu’une tentative de supprimer ce qui empêche le vêtement de vivre après le défilé.

Les archives Lanvin sortent du musée
La soirée permet à Copping de se rapprocher davantage du patrimoine de Jeanne Lanvin. Une robe pâle en charmeuse à taille basse semble, selon Vogue, pouvoir provenir directement d’un patron des années 1920. Mais la citation n’est jamais laissée intacte très longtemps. Copping a aussi travaillé à partir de textiles indiens que Jeanne Lanvin avait rapportés de ses voyages et qui sont conservés dans les archives de la maison. Les motifs géométriques très chargés sont dépouillés de leur couleur. Des petits miroirs et des sequins apparaissent sur des éléments brodés ou des plastrons amovibles. WWD insiste précisément sur ce caractère détachable. Le patrimoine devient alors une pièce que l’on ajoute, retire ou déplace plutôt qu’une obligation stylistique. C’est sans doute là que l’archive fonctionne le mieux : quand elle cesse d’imposer la forme entière du vêtement.
Le défilé se relâche encore avec le chiffon fragile, la dentelle lingerie et des robes beaucoup plus transparentes. Vogue note que ces propositions, montrées presque nues, parlent sans doute à une cliente plus jeune que celle visée par une partie du tailoring. La remarque renvoie indirectement à l’histoire de Jeanne Lanvin, dont l’activité s’est aussi construite autour du lien entre mère et fille. Peter Copping ne transforme pourtant pas cette filiation en petite histoire sentimentale. Il élargit simplement le champ du vestiaire. Des vêtements de jour sobres peuvent cohabiter avec une robe de charmeuse, une dentelle légère ou une broderie à miroirs. La collection ne cherche donc pas tellement à résoudre les différences d’âge qu’à les accepter. Une maison ancienne devient ici intéressante précisément quand elle cesse de croire qu’elle doit parler à une femme abstraite et éternelle.

Pina Bausch, Lee Miller et l’idée d’un vêtement qui reste
Quelques références échappent néanmoins au simple tableau d’images. WWD relève des chaussures rouges et des fragments sonores tirés du documentaire Pina réalisé par Wim Wenders en 2011. Pina Bausch n’est donc pas seulement citée comme une photographie parmi d’autres. Elle intervient par le mouvement, la couleur et le son. Ce choix fonctionne assez bien avec des vêtements dont la matière doit précisément rester mobile. Il serait facile de surcharger cette présence de symboles ; le défilé ne l’exige pas. Le rapprochement tient davantage au corps qui marche et à la façon dont une étoffe réagit qu’à une narration compliquée. Lee Miller apparaît elle aussi sur le tableau de références, photographiée à l’époque où elle était mannequin et portait Lanvin. Là encore, le passé revient par une image concrète, pas par une reconstitution historique.
Cette accumulation de femmes produit finalement une collection assez disciplinée. Le paradoxe n’est pas mauvais. Avec autant de références, Lanvin aurait pu fabriquer une série de personnages ; Copping préfère chercher ce qui permet à chacune d’exister sans déguisement. WWD emploie l’expression de « future heirloom », l’idée d’un vêtement susceptible de devenir plus tard une pièce que l’on conserve ou transmet. Le terme peut sonner comme une formule de luxe, mais il décrit assez précisément le pari de la collection. Pour qu’un vêtement dure, il doit d’abord pouvoir sortir du podium, être porté, mélangé, répété et parfois vieillir. Copping semble comprendre que l’avenir d’une maison patrimoniale ne passe pas nécessairement par une réinvention permanente de ses signes. Il peut aussi passer par une coupe juste, une soie légère, un manteau que l’on garde et une robe dont l’origine historique cesse d’être le principal sujet. Le Lanvin printemps-été 2027 n’efface donc pas Jeanne Lanvin : il lui évite le sort le plus banal réservé aux fondatrices de maisons anciennes, celui de devenir un logo accompagné d’une date.
Sources :
- Fédération de la Haute Couture et de la Mode — LANVIN — page maison et calendrier du défilé du 2 octobre 2026.
- Fédération de la Haute Couture et de la Mode — Calendrier définitif Paris Fashion Week — saison Mode Féminine Printemps/Été 2027.
- Vogue — Lanvin Spring 2027 Ready-to-Wear Collection — 3 octobre 2026.
- WWD — Lanvin Spring 2027: I’m Every Woman — 2 octobre 2026.
- The Impression — Lanvin Spring 2027 Fashion Show — galerie complète du défilé.




















