À Paris, le 3 octobre 2026, le défilé Hermès printemps-été 2027 a placé l’air au centre du travail de Nadège Vanhée. Présentée à la Garde républicaine pendant la Paris Fashion Week, la collection ouvre les vêtements, allège le cuir et transforme fermetures éclair, mailles et découpes en instruments de construction. Quelques mois avant la première collection haute couture d’Hermès, prévue en janvier 2027, ce vestiaire déplace les codes de la maison sans chercher à les effacer.
Défilé Hermès printemps-été 2027 : l’air comme matière
Le défilé Hermès printemps-été 2027 commence par une idée presque trop simple : faire entrer de l’air dans les vêtements. Nadège Vanhée parle d’une matière perceptible et imperceptible, déjà présente dans son travail avant les fortes chaleurs de l’été en France. Ici, le concept ne reste pas dans les notes de collection. Il passe immédiatement dans les vêtements. Des robes transparentes apparaissent sur des bandeaux graphiques, les mailles sont ouvertes, les couches se détachent du corps. Les manteaux perdent de leur masse et les parkas prennent du volume sans donner une impression de poids. La silhouette n’est pas flottante au sens romantique du terme : elle est ventilée. L’air devient moins une image qu’un espace ménagé entre la peau et le vêtement.
Le lieu rend cette intention presque brutalement concrète. Hermès installe le défilé dans l’enceinte de la Garde républicaine, où la relation historique de la maison avec le monde équestre reste immédiatement lisible. Le décor, lui, est blanc et réduit l’environnement à une surface claire. Mais Vogue raconte une chaleur étouffante sous la tente, accentuée par l’attente provoquée par des fermetures de rues. Des invités utilisent leurs programmes comme éventails. La scène pourrait passer pour une ironie involontaire : parler d’air dans un espace qui en manque. Elle rend pourtant la collection plus lisible. Les ouvertures, les mailles fines et les vêtements transformables cessent d’être de simples effets de style. Ce sont aussi des manières très physiques de gérer la chaleur et la circulation de l’air autour du corps.

Ouvrir, fermer, régler : le vêtement devient mobile
Le geste le plus précis de la collection tient dans un objet banal : la fermeture éclair. Nadège Vanhée l’utilise moins pour fermer le vêtement que pour décider de sa forme. Vogue décrit des robes dont les zips modifient la longueur, pouvant faire passer une silhouette d’une version courte à une construction plus longue. Les pantalons suivent le même principe. Une fermeture latérale libère la jambe, resserre le volume ou l’élargit. La coupe n’est donc plus complètement arrêtée lorsque le vêtement quitte l’atelier. Elle reste réglable par celle qui le porte. Cette modularité produit une sensualité assez différente de celle d’une découpe uniquement décorative : le degré d’ouverture devient une décision.
Le cuir subit le même traitement. Il est toujours là, forcément, mais il n’est plus condamné à signaler son poids. ELLE relève des vestes en veau très fin et des bandes de cuir travaillées en treillis puis brodées sur une maille. Reuters observe le même principe sur des robes en résille et sur des sacs crème ajourés. Le cuir est coupé, séparé, aminci. Ailleurs, le pongé de soie sert à construire des parkas dont la forme appartient normalement à un vestiaire plus technique. Une faille de soie froissée apporte encore une autre manière de déplacer la matière sans la faire disparaître. Hermès ne renonce donc pas à son vocabulaire matériel ; la maison travaille plutôt à retirer de la densité là où elle était attendue.
Ce déplacement est important parce qu’Hermès a souvent fait du contrôle de la matière l’un de ses langages les plus immédiatement reconnaissables. Le printemps-été 2027 ne détruit pas cette discipline. Il l’applique au vide. Les bandes verticales de cuir placées sur une robe en maille fine maintiennent encore une structure. Les manteaux restent construits. Les vestes utilitaires conservent une netteté presque militaire, parfois rapprochée par la presse du vêtement d’aviateur. Mais les interstices comptent maintenant autant que les surfaces. La précision Hermès n’est plus seulement visible dans ce qui est assemblé : elle se lit aussi dans ce qui a été retiré.

Montrer le corps sans abandonner le contrôle
La transparence pourrait facilement conduire la collection vers un registre démonstratif. Nadège Vanhée évite en grande partie ce piège. Les robes en maille ou en résille laissent voir des bandeaux et des sous-couches qui organisent immédiatement ce qui est montré. Les fentes remontent haut sur certaines robes et jupes en cuir. Des pans s’écartent en marchant. Pourtant le corps ne semble jamais laissé au hasard. Chaque ouverture possède un cadre, une attache, une couture ou une fermeture. Cette sensualité est mécanique avant d’être théâtrale. Elle vient du rapport entre un vêtement construit et la possibilité de l’ouvrir, et non d’une accumulation de peau nue.
C’est peut-être là que le défilé s’éloigne le plus clairement du registre sombre observé chez Hermès lors des saisons précédentes. ELLE note ce passage d’une esthétique plus sombre et équestre vers une collection plus lumineuse. Les premiers passages restent proches du blanc crème, des bruns et des tons neutres. Puis les couleurs entrent progressivement : jaune tournesol, orange vif, rouge, chocolat, ardoise et vert olive. Reuters remarque notamment une parka orange ample et une jupe zippée jaune portée avec une veste assortie. La couleur n’a pourtant pas à porter toute l’idée de légèreté. Elle arrive lorsque le principe de construction est déjà installé. C’est une différence utile : le printemps n’est pas raconté uniquement par une palette solaire, mais par une modification réelle des proportions et des matières.
Les accessoires obéissent à la même économie. ELLE insiste davantage sur les ceintures et les foulards que sur les sacs, pourtant habituellement au centre de l’attention portée à Hermès. Les ceintures se multiplient, parfois larges, parfois transformées en petits volumes ou prolongées jusqu’aux poignets par des bracelets imposants. Le carré de soie quitte lui aussi son usage le plus évident pour entrer dans la construction de hauts fins et de pièces nouées. Aux pieds, Reuters décrit surtout des sandales plates en cuir, accompagnées de quelques bottes hautes. Vogue relève également une botte plate dont les surpiqûres rappellent celles d’un mocassin. Rien ne cherche vraiment l’accessoire spectaculaire. La plupart de ces éléments servent plutôt à tenir, attacher, envelopper ou régler une silhouette dont la mobilité est devenue le véritable sujet.

Hermès avant la haute couture : alléger sans rompre
Il serait facile de présenter cette collection comme une rupture. Elle ressemble davantage à un changement de pression. Les signes historiques d’Hermès restent présents : le cuir, les sangles, les ceintures, le carré, les bottes, la précision des finitions et, autour du défilé, la Garde républicaine. Nadège Vanhée n’a pas besoin de les citer lourdement pour que la filiation fonctionne. Elle préfère modifier leur comportement. Un cuir peut devenir presque mince comme du papier. Une parka peut se gonfler puis retomber. Une jupe peut changer de longueur. Le patrimoine n’est donc pas traité comme une image fixe, mais comme un ensemble de techniques suffisamment solides pour supporter leur propre allègement.
Le moment donne aussi à cette collection une portée particulière. Reuters et Vogue rappellent que Nadège Vanhée doit présenter en janvier 2027 la première collection haute couture d’Hermès. Ce prochain rendez-vous rend tentante toute lecture du printemps-été comme un laboratoire, mais rien ne permet d’affirmer que la collection en constitue directement le prélude. On peut en revanche observer une méthode commune possible : pousser la matière, la construction et la transformation avant de recourir à l’effet. Dans un marché du luxe que Reuters décrit comme ralenti, Hermès choisit ici de ne pas répondre par davantage de spectacle. Le show reste concentré sur des vêtements dont certaines transformations ne deviennent évidentes qu’en regardant leur fonctionnement. C’est aussi sa limite : lorsqu’elle se contente d’être fluide ou colorée, la collection devient moins spécifique. Elle est plus convaincante lorsque l’idée d’air produit une conséquence technique précise. Donner une forme à l’air était une proposition abstraite ; Hermès la rend crédible quand une fermeture s’ouvre, qu’une bande de cuir se sépare de la suivante et que le vêtement change réellement avec le corps.
Sources
- Vogue France — Hermès imagine un printemps-été 2027 tout en légèreté — 4 octobre 2026. Article de Nicole Phelps sur le concept de l’air, les zips modulables, les matières et la chaleur pendant le défilé.
- Reuters — Hermes shows airy knits and slit skirts in spring/summer 2027 collection — 3 octobre 2026. Source pour le lieu, les vêtements ajourés, les couleurs, les accessoires et le contexte de la future haute couture Hermès.
- ELLE — Hermès Is Embracing Fashion’s Lighter Side — 3 octobre 2026. Analyse des cuirs ultrafins, mailles ouvertes, parkas en pongé de soie, ceintures et foulards.
- Hermès — Défilé Femme printemps-été 2027 — date non indiquée. Source officielle sur le concept, la modularité, les fermetures éclair, les perforations et le mesh de soie.
- Fédération de la Haute Couture et de la Mode — Les collections — Mode Féminine Printemps/Été 2027 — date non indiquée. Le calendrier officiel confirme le défilé Hermès du 3 octobre 2026.
- Le Monde — À Paris, la mode en lignes directes — 5 octobre 2026. Mise en perspective d’Hermès dans une saison parisienne davantage centrée sur la coupe et les tissus.




















