The Cure a refermé Rock en Seine 2026 dimanche 30 août au Domaine national de Saint-Cloud, devant environ 40 000 personnes. Pendant plus de deux heures, Robert Smith et son groupe ont relié Songs of a Lost World à près d’un demi-siècle de chansons, sans transformer le concert en visite guidée des années 1980.
The Cure à Rock en Seine 2026 : la foule avant la nuit
Avant même 20 h 55, le concert a déjà commencé dans les allées. Les anciens tee-shirts de tournée croisent les visages de Disintegration, les pochettes délavées et les chats noirs. Un modèle conçu pour Rock en Seine détourne d’ailleurs une affiche de Toulouse-Lautrec, probable clin d’œil à « The Lovecats ». Il est épuisé lorsque The Cure monte sur scène. Le groupe possède donc son uniforme de festival, même s’il n’a jamais vraiment demandé de dress code. Devant la Grande Scène, la foule devient rapidement compacte. Elle déborde jusque sur certains chemins de circulation, au point de compliquer les déplacements. La ferveur explique la pression. Elle ne règle pas les problèmes d’accès.
Robert Smith entre en dernier et parcourt lentement le devant de la scène. Chemise noire, pantalon noir, cheveux toujours en désaccord avec la pesanteur. Il observe longuement le public pendant l’introduction instrumentale de « Alone ». Le geste paraît moins calculé qu’hésitant, presque ému. Puis la voix arrive. Elle conserve cette fragilité tendue qui permet à The Cure de passer de l’intime à quarante mille personnes sans hausser artificiellement le ton. Le groupe ne s’abrite derrière aucun décor monumental. Quelques projections vidéo vieillissent moins bien que les chansons, mais elles restent secondaires. Dès « Pictures of You », la soirée tient sur le son, la précision et la durée.

Le présent au milieu des souvenirs
« Alone » n’est pas une entrée cérémonielle choisie pour faire patienter avant les classiques. Le morceau vient de Songs of a Lost World, premier album de The Cure en seize ans, paru en novembre 2024. Seuls deux titres de ce disque sont joués ce soir-là. Leur place compte davantage que leur nombre. « Alone » ouvre le concert, tandis que « Endsong » en ferme la partie la plus sombre. Entre les deux, The Cure peut parcourir plusieurs décennies sans donner l’impression de feuilleter un catalogue. Les chansons anciennes ne sont pas posées sous verre. La nostalgie est bien présente, mais elle reste tenue à distance par un groupe qui joue encore au présent.
Cette solidité repose d’abord sur les musiciens. La basse de Simon Gallup conserve sa profondeur sèche et immédiatement reconnaissable. La batterie de Jason Cooper pousse les morceaux sans les alourdir. Les claviers de Roger O’Donnell remplissent l’espace sans gommer les guitares. Robert Smith joue beaucoup, chante avec netteté et ne se transforme jamais en meneur de revue. Reeves Gabrels ajoute une virtuosité parfois un peu trop visible. L’apparition du saxophone de Gabriel Cooper sur « A Night Like This » apporte une couleur différente sans casser le mouvement. Dans les passages les plus anciens, notamment autour de « A Forest », le groupe retrouve une tension post-punk qui ne ressemble pas à une reconstitution.





Quand l’ombre laisse entrer la pop
« Endsong » termine la première partie sur une masse lente et grave. Le rappel change ensuite franchement de température. The Cure ouvre les fenêtres et laisse revenir son versant pop. Les rythmes se font plus directs, les mélodies plus légères et les refrains plus immédiatement reconnaissables. Cette bascule révèle l’une des forces du groupe, mais aussi la limite du concert. Après la tension accumulée auparavant, quelques chansons semblent plus décoratives. Certains choix secondaires prolongent également une fin qui aurait pu être plus resserrée. Rien ne s’effondre pour autant. The Cure rappelle simplement que son noir a toujours su danser.
« Boys Don’t Cry » apporte le point final, sans grand geste théâtral. Trente morceaux sont actuellement répertoriés pour ce concert, conclu vers 23 h 15. Robert Smith reste fidèle à son jeu de scène minimal : quelques pas, des regards, puis un retrait presque gêné devant l’accueil du public. Ce refus du spectaculaire crée précisément la relation. La foule remplit l’espace laissé libre par le groupe. Sept ans après son premier passage à Rock en Seine, The Cure ne cherche ni à rajeunir son image ni à défendre péniblement son statut. « Alone » et « Endsong » suffisent à rappeler que l’histoire continue. Le reste montre pourquoi ces chansons anciennes peuvent encore traverser une Grande Scène sans prendre la poussière. Le festival ferme ses portes. The Cure, lui, évite soigneusement de refermer les siennes.

Festival Rock en Seine 2026 – à Saint Cloud – du 26 au 30 août 2026 – Site officiel




















