Le jeudi 27 août 2026, Rock en Seine a traversé les orages au Domaine national de Saint-Cloud avec Lykke Li, Wednesday, Djo, Kompromat et Lorde. Une journée de contrastes : pop noyée, countrygaze dans la boue, rock très propre, techno froide et tête d’affiche enfin au contact.
Rock en Seine 2026 : Lykke Li se dilue, Wednesday mord sous l’orage
À 18 h 45, Lykke Li retrouve la scène BoursoBank au moment précis où la pluie recommence à s’imposer, sans même avoir payé son billet, d’ailleurs. Le matériel est enveloppé de bâches, tandis que la chanteuse avance dans un long vêtement imperméable. L’image convient presque trop bien à The Afterparty, son sixième album paru le 8 mai, disque de lendemain de fête et de fatigue. Sur le papier, les morceaux mêlent cordes, synthés et désillusion avec une tension nette. À Saint-Cloud, cette tension se relâche. La voix reste posée et le groupe tient sa ligne, mais le concert manque de mouvement et de relief. Même I Follow Rivers, repris par le public malgré l’averse, agit davantage comme un souvenir attendu que comme une secousse. Lorde dira pourtant avoir apprécié le concert depuis sa loge : l’amitié artistique résiste mieux à l’humidité que la plupart des festivaliers.
Encore plus loin, sur le site, Wednesday joue exactement au même horaire sur la scène AXS. Le groupe de Caroline du Nord arrive avec Bleeds et son mélange de country, de rock sudiste et de guitares brouillées. Le public, déjà rincé par le premier orage, observe d’abord avec une prudence très compréhensible. Karly Hartzman rend hommage à Dolly Parton, morte deux jours plus tôt, et la présente comme « une vraie punk ». Le concert se débloque alors. Une nouvelle averse tombe, les pédales disparaissent sous des sacs en plastique et les musiciens reculent pour sauver le matériel. Le son, lui, avance : guitares abrasives, voix à vif et pogo dans la boue. Wednesday dépasse d’environ cinq minutes et termine dans un fracas qui transforme la météo en carburant.





Djo reste propre, Kompromat ouvre la cave
À 19 h 35, Djo prend la Grande Scène devant une foule encore trempée, les pieds dans une eau devenue élément de décor. Joe Keery apparaît en chemise blanche et grosses lunettes de soleil. Ce qui lui vaut direct le prix de la tenue la plus plouc mais assumée du festival. « Are you guys soaking wet? », demande-t-il avant que quelques rayons ne percent enfin les nuages. La scénographie reste sobre et laisse la place au groupe. Trois guitares épaississent une pop rock traversée de touches psychédéliques, sans vraiment lui donner de danger. Le concert est fluide, détendu et très correctement tenu. Évidemment le charisme évident du chanteur fait son effet, mais sa musique se révèle trop polie pour laisser une trace durable.





Kompromat entre sur la scène BoursoBank à 20 h 45, sans préambule ni sourire réglementaire. Only in Your Arms commence autour de la voix presque nue de Rebeka Warrior, puis bascule progressivement vers une techno dure. Les projecteurs battent derrière la fumée et les basses reprennent possession du sol. Vitalic reste derrière ses machines, vêtu de noir, précis et presque impassible tandis que le rythme accélère. Rebeka Warrior, crâne rasé et lunettes sombres, alterne le français et l’allemand avec une froideur qui n’empêche ni l’humour ni les gestes amples. Aucun bavardage ne vient casser la tension. Aux deux tiers du concert, elle se jette dans la foule et se laisse porter sur le dos avant de remonter sur scène, visiblement amusée. Deux minutes suffisent ensuite au duo pour conclure le set et sa tournée dans une dernière accélération, avant un baiser et une sortie presque légère. Surement le meilleur concert de la journée.





Lorde, la grande scène et la distance à réduire
Lorde arrive à 21 h 45 sur la Grande Scène, pour un concert d’une heure et demie enfin épargné par la pluie. Royals apparaît très tôt, comme si la chanteuse voulait solder rapidement l’obligation patrimoniale. La suite accorde une place importante à Virgin, son quatrième album paru en juin 2025. Deux danseurs occupent l’avant-scène autour d’elle. Une caméra filme son visage au plus près, parfois à travers une paroi transparente, jusque dans les gestes ordinaires. D’immenses cubes lumineux changent de position et finissent par soulever Lorde au-dessus du plateau. What Was That et Broken Glass côtoient Buzzcut Season, The Louvre ou Hard Feelings. La mécanique est précise, parfois au risque de donner la même taille à des chansons qui gagneraient à conserver leurs angles.
Les moments les plus justes arrivent quand cette machine cesse justement de montrer sa taille. Liability impose une pause dans un concert très mobile. Supercut, Team et Green Light relancent ensuite les chants collectifs sans demander beaucoup d’efforts au public. Une veste projette des lasers rouges tandis que les battements de cœur de Lorde apparaissent sur les écrans. Pendant David, un vaste drap circule dans la foule afin que les spectateurs puissent y écrire quelques mots. Pour Ribs, dernier titre du concert, Lorde quitte enfin la scène et chante au milieu de la fosse. Un concert qui oscille donc entre communion totale et pop trop formatée.





Festival Rock en Seine 2026 – à Saint Cloud – du 26 au 30 août 2026 – Site officiel
Photos : Louis Comar et Olivier Hoffschir




















