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Lorde, pop à vif

Lorde se produit jeudi 27 août 2026 à 21 h 45 sur la Grande Scène de Rock en Seine, au Domaine national de Saint-Cloud. Porté par Virgin, son quatrième album, ce concert referme presque la tournée Ultrasound et ouvre un autre chapitre : la chanteuse néo-zélandaise est désormais indépendante, treize ans après « Royals ». Portrait d’une artiste qui a grandi en public, changé de son sans toujours convaincre, puis ramené sa pop vers le corps, ses contradictions et les machines.

Auckland, le luxe vu de loin

Avant Lorde, il y a Ella Marija Lani Yelich-O’Connor, née à Auckland en 1996 et élevée à Devonport, sur la rive nord. Elle décrira ce décor comme un milieu fermé, très éloigné du luxe exhibé par la pop américaine. À douze ans, elle chante « Warwick Avenue » de Duffy lors d’un spectacle scolaire. La vidéo parvient à Scott Maclachlan, alors chargé du repérage chez Universal Music New Zealand. On lui propose d’abord des reprises soul. Elle refuse et demande à écrire, alors qu’elle vient surtout des livres et des nouvelles courtes. L’arrivée du producteur Joel Little donne une forme musicale à ces pages serrées.

À la fin de 2012, The Love Club EP apparaît en ligne sans grosse mise en scène. « Royals » repose sur peu de choses : un battement sec, des claquements, quelques harmonies et cette voix grave qui semble déjà fatiguée du milieu musical. Le morceau regarde les voitures, l’alcool et les bijoux de la pop depuis des vies où le taxi lui-même peut être trop cher. En 2013, il reste neuf semaines en tête du Billboard Hot 100. Aux Grammy Awards 2014, Lorde remporte le prix de la chanson de l’année et celui de la meilleure performance pop solo. Pure Heroine, paru en septembre 2013, étend ce dispositif à tout un paysage adolescent. « Ribs », « Tennis Court » et « Team » parlent de bandes d’amis, de maisons, de trajets nocturnes et de la peur de vieillir sans transformer le lycée en parc d’attractions. L’économie du disque fera école.

Mélodrame, soleil et faux calme

Le succès de « Royals » aurait pu condamner Lorde à répéter la même moue sur des productions toujours plus chères. Elle attend quatre ans et choisit au contraire d’agrandir la pièce. Réalisé principalement avec Jack Antonoff, Melodrama prend le cadre d’une nuit de fête et la matière d’une rupture. « Green Light » part d’un piano presque brutal avant de lâcher les tambours et la course. « Liability » retire le décor, tandis que « Supercut » transforme les souvenirs en montage trop rapide. La production accumule les voix découpées, les synthétiseurs, les silences et les portes qui claquent au petit matin. Nommé pour le Grammy Award de l’album de l’année, le disque installe Lorde ailleurs que dans la simple catégorie des anciennes adolescentes précoces. Sur scène, son corps suit le mouvement : sa danse reste saccadée, libre, parfois peu soucieuse de flatter la caméra.

En 2021, Solar Power coupe une bonne partie de l’électricité. Les guitares acoustiques prennent la place des grands mouvements synthétiques, tandis que la plage remplace les appartements et les fêtes. Lorde y parle de retrait, de célébrité, de nature et de bien-être avec un sourire qui n’est pas toujours dupe. Elle précise alors qu’elle n’a pas enregistré un manifeste climatique, formule utile face à l’envie générale de lui faire porter une planète sur les épaules. La réception critique se divise nettement. Certains saluent les mélodies, le calme et le refus de refaire Melodrama ; d’autres trouvent le disque trop maigre ou trop satisfait de sa torpeur. Le problème n’est pas l’intention, mais une tension qui disparaît parfois avec les percussions. Solar Power reste pourtant un virage nécessaire : Lorde accepte d’y perdre un peu de consensus, denrée dont la pop prétend se méfier tout en surveillant les stocks.

Lorde à Rock en Seine 2026 : le corps au centre

Le retour commence réellement en juin 2024 sur le remix de « Girl, so confusing » de Charli XCX. La chanson originale évoquait la distance, la comparaison et la gêne entre deux chanteuses longtemps rapprochées par la presse. Lorde répond dans son propre couplet en abordant son image corporelle, ses troubles alimentaires et son incapacité à rappeler son amie. Pour une fois, deux pop stars règlent un malentendu sur une rythmique de club plutôt que dans un communiqué bien repassé. Cette franchise annonce directement Virgin. Enregistré principalement à New York avec Jim-E Stack, puis publié le 27 juin 2025, l’album retrouve les machines sans revenir exactement au son de 2017. Daniel Nigro, Devonté Hynes, Fabiana Palladino, Andrew Aged et Buddy Ross participent également au disque. Les rythmes claquent, les voix se fendent et les synthétiseurs laissent assez d’espace pour entendre les mots toucher le sol.

Virgin utilise le corps comme sujet, outil de mesure et zone de conflit. Sa pochette montre une radiographie du bassin de Lorde, avec une boucle de ceinture, une fermeture de jean et un dispositif intra-utérin parfaitement visibles. « Hammer » mêle désir urbain, ovulation et identité mouvante sur un rythme qui trébuche puis accélère. « Man of the Year » joue frontalement avec le genre, jusque dans une vidéo où la chanteuse comprime sa poitrine avec du ruban adhésif. « Clearblue » enferme l’attente d’un test de grossesse dans des voix filtrées et presque sans accompagnement. Lorde a aussi parlé publiquement des troubles alimentaires, de l’angoisse scénique et d’une perception moins fixe de son genre. Le disque ne transforme pas ces éléments en dossier médical ; il les fait passer dans les respirations, les coups de batterie et les surfaces métalliques. Tout n’y est pas également tranchant, et la musique prend parfois moins de risques que les paroles, mais cette réserve évite justement de confondre transparence et perfection.

À Rock en Seine, jeudi soir, Lorde arrive donc avec un spectacle conçu pour rendre le corps difficile à esquiver. Sur les dates en salle de la tournée Ultrasound, un laser bleu, des caméras tenues à la main, un tapis de course et des écrans fragmentés ont accompagné une chanteuse souvent pieds nus, en jean ample ou le torse couvert de ruban. Le dispositif pourra être adapté au format du festival, mais son principe reste lisible : rapprocher une arène jusqu’à lui donner les dimensions d’une chambre. Le corps radiographié sur Virgin devient alors un corps qui court, transpire, danse de travers et reprend possession de son image. En mars 2026, Lorde a annoncé que son contrat avec Universal Music Group avait pris fin en décembre 2025 et qu’elle travaillait désormais comme artiste indépendante. La décision referme une boucle commencée lorsqu’une vidéo de spectacle scolaire avait atteint le bureau d’un découvreur de talents. À 29 ans, elle ne cherche pourtant pas à effacer l’adolescente de Pure Heroine : elle place encore « Royals » au début de ses concerts et dit rester fière de ce morceau, imperfections comprises. Jeudi, sur la pelouse de Saint-Cloud, les machines, les écrans et le public vérifieront comment toutes ces versions tiennent désormais dans le même cadre.


En concert à Rock en Seine 2026 – Du 26 au 30 août 2026 – Domaine de Saint-Cloud – Site officiel

Sources :

  • Rock en SeineLORDE – 2026
  • The GuardianLorde: “I’m just a freak” – 2013
  • GrammyLorde Grammy Awards and Nominations, Song & Bio
  • The GuardianLorde: “I’m not a climate activist. I’m a pop star” – 2021
  • The GuardianLorde: Solar Power review – waking up from the nightmare of fame – 2021
  • The GuardianCharli XCX and Lorde’s conflict resolution is the year’s most powerful pop moment – 2024
  • Le MondeLorde, joyau néo-zélandais de l’électro-pop : « J’avais envie, sur “Virgin”, de documenter ma féminité » – 2025
  • PitchforkLorde: Virgin Album Review – 2025
  • GrammyLorde On The Catharsis Of ‘Virgin’: Femininity, Minimalism & More – 2025
  • PitchforkLorde Leaves Universal Music Group – 2026
  • The GuardianLorde review – viscerally kinetic theatrics and euphoric abandon – 2025
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