Muse, groupe rock britannique formé à Teignmouth dans le Devon, reste en 2026 une drôle de bête : trio de rock, machine de stade, laboratoire de science-fiction et fournisseur officiel de refrains trop grands pour les pièces normales. Le groupe de Matt Bellamy, Chris Wolstenholme et Dominic Howard prépare son dixième album, The Wow! Signal, annoncé pour le 26 juin 2026, pendant que son site officiel affiche déjà des dates de tournée. Le moment est donc bien choisi pour regarder ce que Muse a fabriqué depuis la fin des années 1990 : du bruit, du drame, des tubes, et quelques excès assumés.
Muse, de Teignmouth aux stades
Muse commence loin des stades. Teignmouth, Devon, bord de mer anglais, ciel gris, salles modestes, amplis trop forts. Matt Bellamy chante, joue de la guitare, du piano, des claviers. Chris Wolstenholme tient la basse, souvent comme une seconde guitare, épaisse, nerveuse, presque sale. Dominic Howard frappe droit, sans transformer chaque morceau en démonstration de batteur, ce qui est déjà une preuve de goût. Le groupe se forme en 1994, selon la Recording Academy, et sort Showbiz en 1999, avant de construire son socle de fans avec Origin of Symmetry. La réédition Origin of Muse, annoncée par le groupe en 2019, rappelait ce premier bloc : démos du Devon, EP, Showbiz, puis le disque qui fixe la grammaire Muse. Piano, distorsion, voix perchée, sueur, ciel qui tombe.
Avec Origin of Symmetry, Muse arrête de ressembler à une promesse anglaise vaguement torturée. Le son devient massif. “New Born”, “Plug In Baby”, “Citizen Erased” installent une méthode assez simple : commencer dans la tension, ouvrir les vannes, regarder le plafond se fissurer. Bellamy tire sa voix vers l’opéra, mais sans les rideaux rouges. Wolstenholme fait gronder la basse comme un moteur mal élevé. Howard garde l’ensemble sur rails. C’est spectaculaire, parfois presque trop. Mais chez Muse, le “trop” n’est pas un accident. C’est le plan.
Le son Muse, entre apocalypse et karaoké cosmique
Muse a toujours eu ce défaut magnifique : le groupe croit à ce qu’il fait. Vraiment. Pas à moitié. Quand il parle de surveillance, de soulèvement, d’espace, d’aliénation ou de fin du monde, il ne baisse pas la voix pour paraître plus fin. Il met le piano, le riff, le chœur, la sirène, et parfois tout en même temps. Absolution en 2003 durcit cette veine dramatique. Black Holes and Revelations en 2006 élargit le terrain : “Supermassive Black Hole”, “Starlight”, “Knights of Cydonia”. Le groupe découvre qu’on peut faire danser une salle avec des obsessions assez peu légères.
La singularité de Muse tient à cette collision. D’un côté, un trio rock très physique. De l’autre, une envie presque enfantine de mettre de la science-fiction partout. Les guitares montent comme des alarmes. Les synthés brillent comme des néons froids. Le piano arrive souvent avec l’air de quelqu’un qui va annoncer une catastrophe. Sur scène, cette matière devient décor : lumières, écrans, structures, personnages, effets. La Recording Academy rappelle que Muse devient en 2007 le premier groupe à remplir le nouveau Wembley Stadium à Londres. Ce genre de d’info dit assez bien le changement d’échelle. Certains groupes rêvent d’intimité. Muse, non. jamais. Si le groupe pouvait se produire sur Mars, ce ne sont pas les six mois de voyage qui ferait peur au trio. Il en sortirait même de nouveaux albums et surtout des clips.
Muse en 2026, groupe rock ou vieux vaisseau spatial ?
Le parcours de Muse n’est pas une ligne droite. The Resistance en 2009 pousse le goût symphonique. The 2nd Law en 2012 regarde vers l’électronique et le dubstep, avec plus ou moins de grâce selon les morceaux. Drones en 2015 revient au concept politique frontal et gagne le Grammy Award du meilleur album rock. Simulation Theory en 2018 plonge dans une esthétique rétro-futuriste. Will of the People en 2022 fonctionne comme un condensé de réflexes Muse : riffs, slogans, menace, grand geste. La Recording Academy crédite aujourd’hui le groupe de deux Grammy Awards, pour The Resistance et Drones. Le rock de stade a parfois mauvaise presse. Les trophées, eux, prennent moins de pincettes.
En 2026, Muse annonce The Wow! Signal, attendu le 26 juin, avec une imagerie fidèle à ses vieux démons : espace, signal, mystère, contact, vertige. Le site officiel du groupe affiche la sortie et les précommandes, pendant que la page tournée liste des concerts à venir. Rien de très discret, donc. Mais Muse n’a jamais été un groupe discret. Sa force reste là : faire tenir dans trois musiciens un opéra électrique, un vieux fantasme de résistance, un clip de science-fiction et un refrain que tout le monde connaît même quand personne ne veut l’avouer. On peut sourire. On peut lever les yeux. Puis “Plug In Baby” démarre, et la basse règle souvent la discussion.
Muse : The Wow! Signal (Torpack Ltd / Warner records) – Sortie le 26 juin 2026






















