Kevin Morby publie Little Wide Open le 15 mai 2026 chez Dead Oceans. Le songwriter américain, ancien membre de Woods et The Babies, poursuit une trajectoire commencée en solo avec Harlem River en 2013. Entre Kansas City, Los Angeles, New York et Memphis, il écrit une folk-rock droite, traversée par les villes, les morts, les photos, les guitares et quelques couchers de soleil qui ne demandent pas d’effet spécial.
Kevin Morby, un songwriter américain sur la route
Kevin Morby n’a pas vraiment l’allure du chanteur qui entre dans une pièce sans ressentir. Il avance plutôt comme quelqu’un qui regarde les murs, les fenêtres, la lumière sur le plancher, puis garde tout pour une chanson. Né au Texas, lié à Kansas City, passé par Brooklyn et Los Angeles, il a fait de ces déplacements une matière de travail. Avant son nom seul sur les pochettes, il y a eu Woods, où il tient la basse, et The Babies, projet monté avec Cassie Ramone des Vivian Girls. On entend dans ses disques cette école des groupes indépendants américains : peu de pose, beaucoup de kilomètres, des morceaux qui se tiennent avec trois accords et une fatigue bien placée. En 2013, Harlem River lance sa carrière solo avec une obsession claire pour New York. La ville n’est déjà plus seulement un décor, plutôt une vieille machine qui grince.
Ce qui frappe chez Kevin Morby, c’est sa manière de chanter comme s’il racontait quelque chose à moitié déjà perdu. La voix n’écrase rien. Elle passe, un peu nasale, un peu lasse, jamais spectaculaire. Ses chansons aiment les lieux plus que les slogans. Une rivière, une chambre, un hôtel, une route, un porche, une ville… Still Life en 2014, puis Singing Saw en 2016, affinent ce geste. La guitare reste devant, mais l’air circule autour. On entend du folk, du rock, parfois un souffle gospel, parfois une batterie qui donne envie de marcher plutôt que de danser.
Des villes dans les chansons
Avec Singing Saw, Kevin Morby trouve une forme plus nette. L’album est enregistré à Los Angeles avec Sam Cohen, et la ville y apparaît moins comme une carte postale que comme un terrain de déambulation. Les collines, les maisons, les rues latérales, les ombres du soir : tout semble passer dans une musique plus ample, sans perdre sa sécheresse. Pitchfork y voit alors son disque le plus fort, notamment parce que son écriture devient moins référentielle et plus ancrée. La formule est utile. Morby regarde toujours vers Dylan, Lou Reed ou le vieux rock américain, mais il commence à moins montrer les disques rangés derrière lui. Il garde les fantômes, il enlève les pancartes. C’est finalement mieux pour tout le monde.
City Music, en 2017, répond à Singing Saw par l’autre versant. Là où Singing Saw travaillait la solitude et le paysage, City Music revient vers la rue, le bruit, l’élan urbain. Dead Oceans présente l’album comme un pendant du disque précédent. Kevin Morby a toujours cette façon de faire circuler les chansons entre intérieur et extérieur. Une chambre devient une avenue. Une avenue devient une phrase. Une phrase devient un refrain un peu râpeux, avec juste ce qu’il faut de désordre. Il ne cherche pas à moderniser la folk américaine avec des néons neufs. Il la laisse traîner dans les villes.
Memphis, Kansas, et les photos qui restent
En 2020, Sundowner ramène Kevin Morby vers le Kansas. L’album regarde les grands espaces, les fins de journée, cette lumière du Midwest qui peut rendre un trottoir presque métaphysique. Le mot “sundowner” désigne aussi un malaise du soir, et Morby l’utilise pour creuser une inquiétude simple : que faire quand la nuit tombe et que la ville n’est plus là pour tenir compagnie. Pitchfork parle d’une lettre d’amour au Kansas, avec des routes, des couchers de soleil et des silhouettes un peu mythifiées. On peut sourire devant le risque de carte postale. Morby le sait sans doute. Il reste sur la ligne, entre sentiment sincère et poussière bien rangée.
Deux ans plus tard, This Is a Photograph déplace l’objectif vers Memphis. L’album sort en 2022 chez Dead Oceans et prend appui sur la photographie, la mémoire familiale, la mortalité, les traces laissées par les lieux. Memphis, avec son poids musical et historique, pourrait avaler n’importe quel songwriter venu chercher des vibrations. Morby évite en partie le piège parce qu’il n’entre pas dans la ville en touriste bruyant. Il écoute les studios, les rues, les noms, les ombres. Pitchfork décrit le disque comme une quête à Memphis, ambitieuse, liée à la famille, à la nostalgie et à la mort. More Photographs (A Continuum) prolonge ensuite ce cycle en 2023, comme si la première pellicule n’était pas tout à fait sèche. Là encore, pas de grand geste héroïque. Juste un homme qui regarde une image et comprend que la chanson commence souvent après coup.
Little Wide Open, retour au centre
Little Wide Open, annoncé pour le 15 mai 2026, arrive comme son huitième album studio. Le disque est produit par Aaron Dessner, membre de The National, avec des contributions annoncées de Lucinda Williams, Justin Vernon, Amelia Meath et Katie Gavin. The Guardian parle d’un album traversé par les grandes questions de la vie, mais dans une écriture retenue. C’est assez cohérent avec Morby : le sujet est vaste, la chanson garde les mains dans les poches.
Kevin Morby : Little wide open (Dead Ocean) – Sortie le 15 mai 2026
Sources :
- Pitchfork – Life and Death in Kevin Morby’s Midwest – 2026
- Dead Oceans – Kevin Morby Little Wide Open – 2026
- Pitchfork – Kevin Morby Announces Album and Tour, Shares Video for New Song “Javelin” – 2026
- The Guardian – Kevin Morby: Little Wide Open review – 2026
- Pitchfork – Singing Saw Album Review – 2016
- Pitchfork – Kevin Morby: This Is a Photograph Album Review – 2022
- Vulture – Kevin Morby Breaks Down the Best Lyrics on His New Album This Is a Photograph – 2022
- Vogue – A Wanderlust Soundtrack of L.A.: Kevin Morby on His New Album, Singing Saw – 2016
- Dead Oceans – Kevin Morby City Music – année non disponible

















