American Football sort enfin son LP4 le 1er mai 2026 chez Polyvinyl. Le groupe de l’Illinois, formé autour de Mike Kinsella, Steve Holmes, Steve Lamos et Nate Kinsella, revient avec un quatrième album studio, près de sept ans après LP3. Le disque arrive avec des invités venus de scènes voisines, de Turnstile à Rainer Maria, signe que cette vieille affaire de guitares propres n’a pas fini de circuler. La preuve, encore une fois, qu’un groupe discret peut laisser beaucoup de traces.
American Football, d’Urbana à LP4
American Football vient d’Urbana, dans l’Illinois, et son nom reste collé à une image très précise : une maison blanche, une fenêtre allumée, une lumière de fin de journée. Le premier album, sorti en 1999 chez Polyvinyl, a longtemps vécu comme un disque de chambre, avec ses guitares claires, ses rythmes obliques, sa voix presque de côté. Mike Kinsella venait déjà de Cap’n Jazz et de Joan of Arc, deux noms qui pèsent dans cette branche nerveuse de l’emo américain. Steve Holmes tenait l’autre guitare. Steve Lamos amenait la batterie, mais aussi la trompette, ce petit éclat de cuivre qui évitait au groupe de sonner comme une simple réunion d’étudiants tristes. Le trio n’a pas duré. C’est parfois une bonne méthode pour devenir encombrant : partir trop tôt. En 2014, la réédition du premier album accompagne le retour sur scène, annoncé comme les premiers concerts du groupe depuis quinze ans.
Le retour a changé l’échelle. Nate Kinsella, déjà actif sous le nom Birthmark et lié à Mike dans d’autres projets comme Lies, rejoint American Football à la basse. Le groupe reprend alors une histoire que son public a entretenue sans lui, à coups de forums, de fichiers partagés, de rééditions et de photos devant la maison d’Urbana. LP2, en 2016, remet le nom American Football sur une pochette, avec l’intérieur de la maison plutôt que sa façade. LP3, en 2019, ouvre plus largement la pièce, avec Hayley Williams de Paramore, Rachel Goswell de Slowdive (en concert à Rock en Seine en août 2026) et Elizabeth Powell de Land of Talk. Ce n’est pas un casting posé là pour faire joli. Ces voix montrent à quel point American Football a essaimé, de l’emo au dream pop, du shoegaze au rock indépendant adulte. Un mot pénible, “adulte”, mais difficile de l’éviter quand les chansons parlent moins de départs lycéens que de dégâts qui restent sur la table.
LP4, un nouvel album American Football avec des liens visibles
LP4 sort le 1er mai 2026 chez Polyvinyl. L’album est officiellement intitulé American Football, comme les trois précédents albums studio, ce qui simplifie la discographie à condition d’aimer les parenthèses. Le disque annonce neuf titres, dont “Man Overboard”, “No Feeling”, “Blood On My Blood”, “Bad Moons” et “The One With The Piano”. Les crédits indiquent une production de Sonny DiPerri et American Football, avec des enregistrements à Panoramic House, Shirk Studios, Open House Contemporary et Octopus Beak. Le vibraphone de Cory Bracken apparaît sur tous les morceaux. Le violon de Ben Russell passe par “Bad Moons”. On reste donc chez American Football, mais avec plus de matière, plus d’air autour des guitares, plus de pièces ajoutées au vieux plan. Une extension, pas une démolition.
Les invités dessinent aussi une carte musicale. Brendan Yates, chanteur de Turnstile (en concert au festival Le Cabaret vert), apparaît sur “No Feeling”, morceau sorti en avril 2026 avant l’album. Caithlin De Marrais, de Rainer Maria, intervient sur “Blood On My Blood”. Natalie R. Lu, connue avec Wisp, chante sur “Wake Her Up”. Gelsey Bell, Mike Garzon, Stella Sen, Lila Deckenbach, ainsi que le chœur formé par Yomi George, Chinwe et Ayobami Adebanjo, figurent aussi dans les crédits. Ce n’est pas anodin. Rainer Maria ramène la mémoire emo des années 1990. Turnstile tire vers le hardcore mélodique et les grands gestes de scène. Wisp ouvre vers une sensibilité shoegaze plus récente. American Football se place au milieu, sans bouger beaucoup, ce qui est parfois la manière la plus efficace d’attirer du monde.
Des guitares claires, des cousins, des fantômes
Le son d’American Football tient à peu de choses, mais ce peu demande du travail. Deux guitares qui se répondent, des accords ouverts, des mesures qui penchent, une batterie qui refuse souvent le coup de poing. On entend là des liens avec Steve Reich, souvent cité autour du groupe pour les motifs répétés, mais aussi avec le post-rock de Chicago, Tortoise en tête par la présence de John McEntire dans cet environnement musical. On entend aussi l’ombre de Red House Painters ou de Nick Drake, références évoquées par Steve Holmes pour expliquer cette envie de faire plus lent, plus calme, plus joli que les groupes post-hardcore qu’ils admiraient. À l’époque, Drive Like Jehu représentait un sommet de tension math-rock. American Football a pris l’autre direction. Moins de cris. Plus de lumière froide. On peut appeler ça de la retenue, ou de la timidité bien organisée.
Les liens familiaux et parallèles comptent autant que les influences. Mike Kinsella reste associé à Cap’n Jazz, Joan of Arc, Owls et surtout Owen, son projet solo, plus nu, plus domestique, parfois plus frontal. Nate Kinsella amène une autre manière de construire les morceaux, plus large, plus texturée, déjà sensible sur LP3. Autour d’eux, on croise The Promise Ring, Braid, Sunny Day Real Estate, Mineral, Rainer Maria : pas une famille officielle, plutôt une série de voisins bruyants, de cousins lointains, de disques rangés dans les mêmes bacs. La génération suivante a aussi repris le fil, de Foxing à The World Is a Beautiful Place & I Am No Longer Afraid to Die, jusqu’à des artistes moins attendus. Le nom de Phoebe Bridgers apparaît dans cette histoire comme admiratrice et première partie du groupe. Ethel Cain, Iron & Wine et John McEntire ont participé en 2024 à American Football (Covers), consacré aux chansons de LP1. Quand un disque de 1999 devient un terrain de reprises vingt-cinq ans plus tard, ce n’est plus seulement de la nostalgie. C’est de l’entretien.
La maison, le mythe, le groupe qui continue
La maison du premier album, au 704 West High Street à Urbana, n’est pas un détail décoratif. Elle est devenue un lieu de pèlerinage, avec ses visiteurs, ses photos, ses poses devant la façade. GQ raconte que la maison a été achetée en 2023 par un groupe incluant American Football, Polyvinyl, le photographe Chris Strong, Matt Kellen et le photographe de skate Atiba Jefferson. Le lieu a ensuite été restauré et proposé à la location. Voilà le genre de destin absurde que le rock indépendant produit parfois : une maison d’étudiants devient presque un monument, avec des gens qui viennent regarder une fenêtre comme si elle allait rejouer “Never Meant”. On sourit, mais doucement. Tout le monde a ses reliques. Certaines tiennent dans une boîte à chaussures, d’autres ont trois chambres.
American Football : American Football (LP4) (Polyvinyl records) – Sortie le 1er mai 2026

















