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EPiC: Elvis Presley in Concert, Luhrmann face aux archives

Il y a quelque chose de vertigineux dans l’idée même du projet. Non pas un acteur grimé, non pas une voix imitée, non pas la reconstitution soigneuse d’une époque mais Elvis Presley lui-même, tel qu’une caméra l’a un jour saisi, restitué à l’écran cinquante ans plus tard avec toute la précision du grain original.

EPiC: Elvis Presley in Concert, que Baz Luhrmann présente le 25 février 2026, repose sur un pari d’une simplicité presque provocatrice : laisser les archives parler. Des concerts à Las Vegas dans les années 1970, des images de tournée en 16 mm, des films personnels en 8 mm conservés à Graceland — tout cela dormait, dans des boîtes de pellicule entreposées dans des mines de sel au Kansas, sous les archives de Warner. L’image de ces containers enfouis dans la roche, préservés du temps par l’obscurité et le minéral, est peut-être l’une des plus belles que le cinéma documentaire puisse offrir sans même avoir encore commencé.

Luhrmann face à Elvis Presley

Ce qui distingue ce film de l’exercice habituel de la rétrospective, c’est précisément cette matérialité. On n’est pas dans le territoire du biopic ni dans celui de l’hommage calibré. Le projet a d’ailleurs commencé autrement : les archives avaient été explorées lors de la préparation du film Elvis de 2022, avant que l’évidence ne s’impose : ces images méritaient d’exister pour elles-mêmes, sans intermédiaire, sans doublure.

Luhrmann, dont l’instinct est naturellement celui du spectacle total, se retrouve ici dans une position inhabituelle : le matériau lui précède et lui résiste. Le décor est déjà là. La lumière a déjà choisi son angle. La sueur est déjà dans le cadre. Son rôle n’est plus d’inventer mais d’assembler, de restituer, de permettre à des images longtemps muettes de retrouver leur son.

Elvis se raconte…

Car le documentaire intègre également un enregistrement intime de quarante cinq minutes dans lequel Elvis se raconte. Et ce détail change totalement la nature du film. Un concert filmé, même exceptionnel, reste un document de scène… une performance adressée à une foule. Une confidence enregistrée, elle, appartient à un autre registre : elle suppose un interlocuteur, une intimité, une vérité non jouée. Ces deux dimensions coexistent dans le montage final, EPiC est du coup davantage qu’un film de concert : une tentative, rare, d’approcher l’homme derrière la figure.

Reste la question du procédé qui rend tout cela possible. Authentic Brands Group, propriétaire des archives et coproducteur du film, rappelle qu’Elvis Presley est aussi un patrimoine administré, un catalogue géré, une marque dont les images continuent de circuler selon des logiques qui dépassent la seule célébration artistique. Cela n’invalide pas le film, mais cela fait partie de ce qu’il est, et il serait naïf de l’ignorer.


EPiC: Elvis Presley in Concert de Baz Luhrmann – Sortie au cinéma le 25 février 2026